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 L'âme soeur

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Findol
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MessageSujet: L'âme soeur   Mar 17 Jan - 16:15

Rencontre



Ha Lordaeron, ses grasses prairies, ses civils pieux et amènes, toute sa diversité. Que ne ferais-je pas pour y vivre découvert, apprécier chaque matin le chant du rossignol. Pourtant je ne m'y sens toujours pas en sécurité après cent années, et des poussières, passées à errer çà-et-là, égayer mon auditoire, étoffer mon répertoire.
L'instinct m'avait poussé à déployer tout un arsenal d'illusions pour dessiner ma propre personne, préparer cette vie à laquelle j'aspirais. Mon maître à chanter, et quel mauvais chanteur, m'avait enseigné l'office du ménestrel, alors que je n'étais qu'un fugitif, sauvageon de surcroît. Aussi n'avais-je pour seule compagnie qu'une meute de loups en manque de gibier.
Je suis un menteur.

Je suis un artiste. Les gens s'arrêtent pour m'entendre et me voir bondir, conter, gratter les cordes de ma lyre noire. Pour vivre, je dois sans cesse me renouveler, maîtriser les courants pour les mieux déconstruire. Avant que la fleur ne se fane, l'arroser de la plus belle liqueur qui soit.
Je pense être plutôt bon à cela. Dès l'enfance, j'y étais préparé : mes oreilles perçoivent ce que d'aucuns n'appréhendent pas. Le sang qui coule dans nos veines, les battements d'un coeur fatigué. Rien ne m'échappe, et j'en fais une symphonie colorée. Les gens me prennent pour un fou, ou bien un sorcier, ce que je suis également, or la magie n'a rien à voir là-dedans. Ils me pensent surtout homme, comme eux.
Je ne viens pas d'ici.

Chapeau:
 

Plus tôt, je m'étais installé en bordure de la croisée de Corin, dans une petite cabane surélevée, et de peu branlante. Il y fait bon vivre tant que les arbres ne commencent à perdre leurs feuilles, lorsque je me prépare à plier bagage. Et là, j'arpente les rues en jouant pour attirer le regard des badauds. Je ne suis pas seul, d'autres artistes et vagabonds jaugent mes apparats (surtout ma tunique rendue miteuse par un patchwork d'étoffes) et agitent leurs couvre-chefs avec bon espoir, le mien est garni d'une plume d'oie fraîchement arrachée. Quelques pièces suffisent à ensoleiller ma journée, même sans valeur. Je n'attendais toujours qu'une reconnaissance : des compliments, le sourire d'un enfant.

Ils n'entendent pas le hennissement des chevaux, ni même le fracas des sabots et des roues sur le sentier pavé. Encore quelques secondes, et le carrosse serait en vue. Je ne me suis pas trompé, le voilà. A en croire les arabesques dorées qui ornent ses portières, et la diligence des cochers, il doit s'agir d'une noble famille, ou de la haute bourgeoisie. Aucune différence à mes yeux.
Je bondis sur une caisse pour ne pas être renversé. Un rideau avait été tiré, et j'aperçus au travers de la vitre la plus belle chose qui fût. Mon étincelle, ma muse. De quoi exploser dans le ciel en une ribambelle d'étoiles.
D'épaisses boucles blondes encadraient son délicat visage. Des prunelles vertes illuminaient ses pommettes rosées. Un tableau idéal à mes yeux. Il y avait plus de grâce et de noblesse dans son regard que dans ces soirées mondaines organisées par mon père. Bientôt, je me noyais dans sa peau lisse et parfaite, fixais à jamais son portrait sur ma rétine.
Le carrosse s'était déjà éloigné quand j'ai retrouvé mes esprits, mais il n'était pas question d'en rester là.

Un pair m'interrogea, curieux de savoir pourquoi je quittais les lieux sans conclusion au récital.
"L'amour n'attend pas", rétorquais-je en faisant tourner mon chapeau autour du doigt.
Sans même le réaliser, j'avais suivi les deux sillons laissés par les roues aux flancs nacrés sur le chemin. Il n'était pas question de laisser cet éclat se perdre dans l'obscurité des sous-bois.
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Findol
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MessageSujet: Re: L'âme soeur   Mer 25 Jan - 11:57

Pouilleux



Cela faisait déjà bien longtemps que le carrosse n'était plus en vue, mais le ciel étant tout-à-fait dégagé, il n'était pas difficile d'en suivre les traces, si tant est que l'on avait des yeux corrects. J'ai toujours été bon marcheur, endurant, juste de quoi mener une vie de bohème; quand bien même ces bottes trouées par endroit évoquaient d'anciennes ampoules, cependant que ma quête arrivait à son terme. Heureusement. La première seulement, puisqu'il me fallait encore conquérir le cœur de Dulcinée : ravissant sobriquet n'est-il pas ? En tout cas mes pieds enduraient sans fléchir ce supplice nécessaire.

Lorsque je revis enfin ces maudites roues dorées, après dix longues heures de marche sans pause ni arrêt, ce qu'elles supportaient avait déjà été vidé.
Alors, comme si les branches parsemant le sentier coupé s'étaient écartées à ma vue, j'aperçus au loin une bâtisse reposant au bord du lac rendu étincelant par l'astre éternel.
Elle vivait ici, loin du monde, des gens heureux ou moins. J'en avais même la certitude. Qu'est-ce qui aurait pu me mettre la puce à l'oreille sinon les chevaux s'abreuvant à deux pas, le flanc battu par leurs queues noires ?
Gonflé d'assurance, je saisis ma lyre aigüe et m'approchai à bon rythme de cette maison faite de rocs empilés et polis avec la plus grande finesse.

Le manoir:
 

On se serait cru dans un de ces vieux romans de chevalerie où le héros explore une terre inconnue de tous, à la recherche d'une relique, ou d'une jeune femme en détresse. J'étais le vaillant, elle ma princesse adorée, même si elle l'ignorait encore.
"Hé là, pouilleux, de quel droit frayes tu ce domaine ?" Je reconnus le cocher barbu au crâne dégarni, à la chemise ouverte laissant entrevoir une musculature usée par le temps. Le ton se voulait courroucé sans l'être vraiment, en fait son cœur battait si lentement qu'il eût semblé idiot de le trouver menaçant.
Je répliquais donc avec un commun fleuri : "Fier cocher, tu n'es pas sans savoir qu'une ravissante demoiselle vit ici avec sa solitude. J'entends même ses plaintes, et on me dit barde vois tu, aussi viens-je de loin pour l'égayer."
Un mensonge maquillant l'autre, trop de mots eurent raison de l'homme grisonnant et on me laissa aller plus avant.

Hélas, cette victoire fut aussi de courte durée car on vint me saisir par l'aisselle dès lors que la poignée à tête de lion fût à ma portée. "Personne ne vient ici, vagabond.", "Ne crois pas être accueilli par charité." Voilà donc ce qu'ils baragouinaient en me reconduisant à hauteur du sentier, mon point de départ du deuxième paragraphe. Eût-il paru également que ma tenue miteuse n'était pas à leur goût - alors il me suffisait d'en changer.
D'un coup de baguette, c'est une image, je devins un beau prince aux bas bleus mais n'attirait pourtant pas moins de regards hostiles.
"L'as tu volé, malpropre ?" S'écriait-on à mon retour, "Mademoiselle n'est pas prête à recevoir". Pourquoi l'avais-je alors surprise, penchée sur sa fenêtre à compter les feuilles striées des bois environnants ?

Il me fallait ruser de mieux pour attirer son attention. Au moyen d'un charme, je me fondis dans la nuit qui tombait à peine, passant un garde, puis l'autre, et atteignant la porte arrière qui donnait sur un vaste verger. Non sans quitter mon voile enchanté, je tournai enfin la chevillette, refermant aussitôt, après être entré évidemment.
Des tableaux à perte de vue, un corridor à l'odeur du bois ciré et le tic-tac discontinu d'une horloge certainement déréglée. Ainsi aux couloirs vides succédait un escalier grinçant, et à ce dernier un nouveau couloir. La poussière dansait sur les murs envahis par des œuvres plus ou moins convaincantes, et pas un chat ne montrait le bout de son museau.
C'était une sorte d'antre du malheur ou règnent l'ennui et les figures du passé. J'allais donc tirer la douce de cet édifice plus froid encore que la mort, mais un premier obstacle survint : quelle porte choisir sans craindre d'être surpris ? A cette heure, chacun termine son plat et s'en va au sommier. Moi aussi j'avais faim, et mes pas étaient ponctués de brefs gargouillements que j'étais bien à même d'étouffer.

"Chien de ventre, tais toi donc." J'avais haussé le ton, heureusement dissimulé par le dixième coup du soir.
J'avançais donc à tâtons dans une maison endormie, priant pour qu'aucun domestique ne me barre la route, et ce n'était pas une mince affaire.
Comme par miracle, une porte s'était ouverte au détour d'un couloir identique à tous les autres, et bien qu'elle puisse être mauvaise, je m'en suis approché sans frémir, guidé par mon seul instinct.
Le maigre entrebâillement suffit, car mon cœur ne fit qu'un tour à sa vue : s'il paraissait y avoir quelque chose de lumineux et divin dans sa longue chevelure, son air pensif digne des statues anciennes me fascinait plus encore, si près.
J'entrais donc, ayant le vent chaud comme prétexte au glissement de la porte sur le parquet.
La fenêtre était grande ouverte.


Dernière édition par Findol le Mer 8 Fév - 1:07, édité 1 fois
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Findol
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MessageSujet: Re: L'âme soeur   Jeu 26 Jan - 23:12

La pluie


Il s'était mis à pleuvoir. Les gouttelettes retombaient ainsi sur le rebord de la fenêtre et glissaient jusqu'à la terre pour s'écouler en rigole.
Clap, elle soufflait dans son harmonica.
Clip, ses larmes inondaient le ciel de nuit.
Clap, la jeune fille pleurait aussi ; enveloppée dans ses couvertures, ses yeux brillaient tristement, en écho à la flamme vacillante du chandelier.
"Clap, clip, clap, quand le ciel se voile.. Sans me voir, elle pivota, et c'est à son insu que je soutins enfin ce regard assombri par la fatigue, mais toujours aussi délicieux. Ta mélodie est un enchantement."
Je dissipai enfin ce voile pour m'exposer, et m'inclinai, chapeau à la main pour saluer comme il se doit la noble demoiselle qui sécha ses larmes aussitôt. Loin d'être apeurée par cette venue soudaine d'un parfait inconnu, elle restait digne et fidèle à sa condition ; plus mature que ses seize ou dix-sept années le laissaient présager. Impossible même d'imaginer cette femme en devenir serrer contre elle son oreiller comme le fait un enfant chagriné.
"Il y a des gardes à l'entrée. Sa voix cristalline s'élevait pour retomber en averse de sons et lumières dans mes oreilles arrondies en l'instant.
- Je le sais." Elle fronça les sourcils, peignant l'air mutin des beautés sauvages. J'ajoutai alors en improvisant : "Les vents m'ont emporté jusqu'ici, j'ai entendu vos pleurs et suis entré par votre fenêtre."

Elle contemplait le silence, ne sachant quoi penser de ce pieux mensonge. La perspective d'être vu fée ou esprit frappeur ne m'était pas si désagréable, mais je sentais son regard peser sur ma conscience toute entière. Tirant mon instrument, j'en pinçai les cordes au rythme des battements de cils, et me laissai porter par la fougue d'une jeunesse lointaine. Les notes volaient en arpège et sifflaient au vent d'avril.
Elle cessa de me questionner, et je vis à nouveau ses yeux s'humidifier, lâcher une perle scintillant comme les filles de la voûte.
Clap, clip, clap, giboulée d'étoiles,
Larmes de joie, symphonie de cristal.
N'importe quel être sensé m'aurait déjà chassé de sa chambre, mais elle me laissait jouer et dire la pluie sans bouger d'un pouce.

Ces minutes ressemblèrent bientôt à l'infini, et je me suis enfin présenté. Elle en retour, nous nous connaissions désormais. Mes sentiments n'avaient plus lieu d'être, car nous atteignions un seuil de résonance que seuls une muse et son serviteur savaient évoquer. Je lui contais mon aventure, comment je l'avais suivie ; comment j'avais été écarté. Parfois elle riait, et moi aussi. On le dit contagieux. Mais une question devait être soulevée, l'ennui seul n'était pas source de peine.

"Est-ce la pluie qui vous émeut, peut-être ces chants affectueux ? M'enquis-je avec conviction.
- Je suis prise en mariage. Un homme que je ne connais pas, si loin." Elle s'élança vers moi, saisit mes mains tremblantes. Je sus que cette jeune fille n'allait pas quitter ma vie.
"Ho monsieur, promettez moi que vous resterez à mes côtés, ces notes m'enchantent plus que le meilleur des contes.
- Je vous le promets mademoiselle Elizabeth. Sans révocation, vous m'entendrez faire l'éloge du printemps au matin et au soir, car c'est en ces jours que je vous ai rencontrée.


Pour les vingt années à venir, j'abandonnai les rues. J'allais cesser de mentir au monde et à moi-même.
Je suis Citerio.



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