La rédemption ou la mort!

Guilde RP sur Kirin Tor - World of Warcraft
 
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 Transes

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Arliden
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Messages : 118
Date d'inscription : 17/07/2015
Age : 21

MessageSujet: Transes    Sam 1 Juil - 13:55

La fumée s’élevait en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval. Le parfum tranchant des plantes avait, étrangement, quelque chose d’apaisant.
J’avais très vite quitté le cercle de lumière orange du feu de camp, fuyant la compagnie des autres mercenaires, pour me retrouver seul, enfin, à l’extrême bordure du camp et de la retraite d’Orendil, face à la lisière de la forêt profonde.
Entre mes mains, la petite boîte gravée de corbeaux et de feuilles de chêne pesait lourd. Je savais qu’il était imprudent de se lancer dans une telle entreprise seul, mais elle me semblait nécessaire pour apaiser mon trouble.

La fumée s’élevait en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval.
Leur lente valse, les contorsions des spires, avaient quelque chose d’hypnotique, quelque chose qui entraînait mon esprit et le poussait à s’élever avec la même inconsistance.
Le calme et l’attente régnaient, ici. Mais on devinait dans la forêt les soupirs de la vie sauvage qui s’éveillait et se mettait en chasse.
J’inspirai une nouvelle fois la fumée, avec la lenteur du passage des saisons.
Et tout d’un coup, j’étais fait d’os, de branches, des rameaux qui obstruent le passage de la lumière. Mes membres étaient les troncs et ma tête la canopée dans le ciel. Et mes mains à l’infini bruissaient dans le vent.
Tourbillon étourdissant de sensations. L’épatante certitude de ne plus être un mais multitude, de sentir partout à la fois, le soleil et la pluie et le vent et la terre -et le feu- et les murmures, qui s’échangent à petits bruits, de proche en proche, d’arbre en arbre, et les chants, les rêves verts, comme une conscience supérieure à laquelle tout est rattaché.

C’est comme ça que je veux mourir.
Mais un éclat perce, distant. Des fragments de souvenirs. J’ai oublié mon individualité.
Je me focalise sur un frêne immense alors que la panique commence à me gagner. Je supplie l’arbre sans obtenir de réponse. Dans la toile de bruns, de verts et d’ors il m’envoie fuser, sans attaches, d’if en if en chêne, en orme et charme, et saule et aulne et d’un coup -

Je m’étouffe et me réveille. Les quintes de toux me secouent longtemps avant que je ne parvienne à les calmer. Je rassemble de nouveau herbes, pipe et boîte. Je suis déjà glacé jusqu’aux os, tremblant, mais je ne peux pas abandonner maintenant.
La fumée s’élève en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval.
Entre mes doigts, le coquillage nacré est un lien vers la réalité.

Se concentrer, tout d’abord. La torpeur me gagne et je me laisse doucement glisser dans la transe. Se concentrer. Garder la conscience de son identité. Je ne suis qu’une flèche de volonté, droit vers le ciel. Une étoile d’argent.

Cette fois je m’éveille allongé dans l’herbe haute d’une clairière baignée de la lumière d’un soleil invisible. Les frondaisons, loin au-dessus de moi, se mêlent au ciel.
Je reconnais cet endroit. J’entends derrière moi le clapotis de l’eau contre les pierres sculptées.
«Tu es prêt ? questionnent les visages. Tu es prêt ?» Leurs voix sont un concert de rocailles qui roulent et grondent, longtemps après que les mots aient résonné.
Comme la première fois, je me suis enfui.
«Couard, ont ricané les visages de pierre. Couard.»

Le mouvement a rendu le monde autour de moi flou, et mouvant, comme la peinture ruisselant sur une toile détrempée. J’ai dégringolé un escarpement, heurtant les roches, jusqu’à ce que le vent me recueille.
Je survole une étendue de givre où sommeillent des arbres dénudés, aux troncs blancs. Leurs branches pâles sont parées de guirlandes de coquillages nacrés, et de l’endroit se dégage une sérénité qui tinte parfaitement.
En moi, le vent a soufflé, et toute souillure, toute peine, toute confusion a été nettoyée. Il a glissé ses mots de vie à mon oreille.
Nulle passion désormais, rien que la sérénité infinie. La leçon que je n’avais jamais apprise.

Dans la brise, les coquillages alignés chantent. Dans ma main, le coquillage nacré raconte les mystères de la mer.
Mes sens mirent un temps considérable à s’ajuster de nouveau au monde réel. J’étais courbatu, la gorge sèche, et à mes perceptions exacerbées tout semblait douloureux; l’éclat pourtant étouffé des lunes, le souffle léger du vent sur ma peau, l’herbe piquante et l’écorce dure...
De mes mains tremblantes, j’ai rangé la pipe usée dans la boîte. La fumée avait fini par se dissiper dans l’air bleui, et je savais que le contrecoup serait difficile.
Les mains à plat, pour en atténuer les tressaillements.

J’ai rêvé que j’étais la forêt.
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Transes
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