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Guilde RP sur Kirin Tor - World of Warcraft
 
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 Transes

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Arliden
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MessageSujet: Transes    Sam 1 Juil - 13:55

La fumée s’élevait en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval. Le parfum tranchant des plantes avait, étrangement, quelque chose d’apaisant.
J’avais très vite quitté le cercle de lumière orange du feu de camp, fuyant la compagnie des autres mercenaires, pour me retrouver seul, enfin, à l’extrême bordure du camp et de la retraite d’Orendil, face à la lisière de la forêt profonde.
Entre mes mains, la petite boîte gravée de corbeaux et de feuilles de chêne pesait lourd. Je savais qu’il était imprudent de se lancer dans une telle entreprise seul, mais elle me semblait nécessaire pour apaiser mon trouble.

La fumée s’élevait en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval.
Leur lente valse, les contorsions des spires, avaient quelque chose d’hypnotique, quelque chose qui entraînait mon esprit et le poussait à s’élever avec la même inconsistance.
Le calme et l’attente régnaient, ici. Mais on devinait dans la forêt les soupirs de la vie sauvage qui s’éveillait et se mettait en chasse.
J’inspirai une nouvelle fois la fumée, avec la lenteur du passage des saisons.
Et tout d’un coup, j’étais fait d’os, de branches, des rameaux qui obstruent le passage de la lumière. Mes membres étaient les troncs et ma tête la canopée dans le ciel. Et mes mains à l’infini bruissaient dans le vent.
Tourbillon étourdissant de sensations. L’épatante certitude de ne plus être un mais multitude, de sentir partout à la fois, le soleil et la pluie et le vent et la terre -et le feu- et les murmures, qui s’échangent à petits bruits, de proche en proche, d’arbre en arbre, et les chants, les rêves verts, comme une conscience supérieure à laquelle tout est rattaché.

C’est comme ça que je veux mourir.
Mais un éclat perce, distant. Des fragments de souvenirs. J’ai oublié mon individualité.
Je me focalise sur un frêne immense alors que la panique commence à me gagner. Je supplie l’arbre sans obtenir de réponse. Dans la toile de bruns, de verts et d’ors il m’envoie fuser, sans attaches, d’if en if en chêne, en orme et charme, et saule et aulne et d’un coup -

Je m’étouffe et me réveille. Les quintes de toux me secouent longtemps avant que je ne parvienne à les calmer. Je rassemble de nouveau herbes, pipe et boîte. Je suis déjà glacé jusqu’aux os, tremblant, mais je ne peux pas abandonner maintenant.
La fumée s’élève en volutes bleutées dans la nuit d’Orneval.
Entre mes doigts, le coquillage nacré est un lien vers la réalité.

Se concentrer, tout d’abord. La torpeur me gagne et je me laisse doucement glisser dans la transe. Se concentrer. Garder la conscience de son identité. Je ne suis qu’une flèche de volonté, droit vers le ciel. Une étoile d’argent.

Cette fois je m’éveille allongé dans l’herbe haute d’une clairière baignée de la lumière d’un soleil invisible. Les frondaisons, loin au-dessus de moi, se mêlent au ciel.
Je reconnais cet endroit. J’entends derrière moi le clapotis de l’eau contre les pierres sculptées.
«Tu es prêt ? questionnent les visages. Tu es prêt ?» Leurs voix sont un concert de rocailles qui roulent et grondent, longtemps après que les mots aient résonné.
Comme la première fois, je me suis enfui.
«Couard, ont ricané les visages de pierre. Couard.»

Le mouvement a rendu le monde autour de moi flou, et mouvant, comme la peinture ruisselant sur une toile détrempée. J’ai dégringolé un escarpement, heurtant les roches, jusqu’à ce que le vent me recueille.
Je survole une étendue de givre où sommeillent des arbres dénudés, aux troncs blancs. Leurs branches pâles sont parées de guirlandes de coquillages nacrés, et de l’endroit se dégage une sérénité qui tinte parfaitement.
En moi, le vent a soufflé, et toute souillure, toute peine, toute confusion a été nettoyée. Il a glissé ses mots de vie à mon oreille.
Nulle passion désormais, rien que la sérénité infinie. La leçon que je n’avais jamais apprise.

Dans la brise, les coquillages alignés chantent. Dans ma main, le coquillage nacré raconte les mystères de la mer.
Mes sens mirent un temps considérable à s’ajuster de nouveau au monde réel. J’étais courbatu, la gorge sèche, et à mes perceptions exacerbées tout semblait douloureux; l’éclat pourtant étouffé des lunes, le souffle léger du vent sur ma peau, l’herbe piquante et l’écorce dure...
De mes mains tremblantes, j’ai rangé la pipe usée dans la boîte. La fumée avait fini par se dissiper dans l’air bleui, et je savais que le contrecoup serait difficile.
Les mains à plat, pour en atténuer les tressaillements.

J’ai rêvé que j’étais la forêt.
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Arliden
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MessageSujet: Re: Transes    Mar 22 Aoû - 18:32

Dans le Rêve, il y a des endroits où le temps se roule en boule comme un chat maussade. A d’autres, il semble si étiré que vous avez l’impression d’être funambule sur un fil.
Et quelques fois, les moments défilent sans réel ordre, sans même posséder une égale durée; aussi avais-je en ma possession l’objet de ma quête avant même de le trouver - déroutant pour peu qu’on conserve un esprit linéaire, pour peu qu’on s’attache par trop aux conventions de la réalité. Ici, il faut garder l’esprit ouvert, et flotter librement d’une idée à l’autre, calmement. Sereinement. Paisiblement.

Hêtre et sorbier. Serpentaire, langue de serpent. Ma conscience fait changer le monde autour de moi. Des herbes hautes.. Des fougères. Desséchées. Non. La terre rouge. La courbe douce de la rive d’un lac trop noir… Non. Ca ne va pas du tout.

Un instant je pense à la jeune mage, et à la prêtresse. J’aurais voulu… Mais non. Un seul écho ténu et soufflé par le vent ne suffit pas.
Ce qu’il faut, c’est l’apaisement. Se sentir lié. Une famille. Noué aux tripes, jamais seul. Mais… Ou alors la mère ? Uruz, la nuit et le pouvoir de création. Non, ça n’irait pas.
Autour de moi le paysage ne se fixe plus. Toutes les formes s’enchevêtrent, et par transparence, j’en distingue toutes les couches; les frondaisons au-dessus de moi, les feuilles encombrées, et le réseau infini des racines qui court sous mes pieds. Pendant une seconde, je ressens cette étrange sensation d’ubiquité -

Alors le sacrifice, et la nécessité. Oui. C’est ce qu’il fallait. La rune de l’épreuve. De l’aventure. De la guerre.

Les bribes d’une autre idée me parviennent, très doucement. A peine un contact, une possibilité, comme un avenir incertain, désiré puis oublié… Ne plus se contenter de survivre d’une campagne à l’autre. De l’ambition !
Je noue ce fil de pensée à la branche de mon esprit. Plus tard. Plus tard. Il y a des moments à respecter, des moments définis pour chaque acte important. Et l’heure est à la quête.

«Abattez le worgen.»

Un éclat de rouge. Violent. Comme si un nuage avait masqué le soleil, une ombre noire envahit tout, et dessine, sculpte, effile la silhouette épineuse des ronces. Ca n’allait pas du tout.
De nouveau la terre meuble sous mes pieds - mes pattes ?

Des murmures sinuent à terre comme les lignes d’une partition.






Je file à travers cette obscurité, de noir et d’écarlate, qui laisse vite place à la douce fourrure de la nuit, qui ondule sous une rosée d’étoiles, délicatement, pour ne pas en déloger les perles.
J’avance dans cette lande infinie sans rien d’autre que le ciel au-dessus de moi, et l’herbe vire, et tourne, et s’envole - devient blé, d’abord vert puis d’or, et coquelicots aveuglants sous un soleil invisible mais rayonnant - toujours. Puis disparaissent. La roche affleure de nouveau, comme de grandes lames brandies vers le ciel, nettes et acérées comme au premier jour, préservées de toute érosion.
Il faut aller plus loin, encore.

Les flancs de la falaise se font moins ventrus, plus cassants - de la poussière noire vole à mes pas, et je distingue le pâle éclat du ciel réverbérée par le minerai vitreux. J’en ramasse un éclat, et le serre fermement - convenable. Pas parfait, mais bien convenable. On n’exige rien du Rêve. On prend ce qu’il nous donne.

«Abattez le worgen !»

Je trébuche et glisse et roule. Il y a comme des mains qui me redressent fermement, et me retiennent, et je ne vois rien qu’une brume noire ourlée de pourpre. Un seul éclat perce : un grand oeil incandescent, fracturé, d’un feu émeraude plus qu’ardent, à mon aplomb, donnant subitement un sens à ce qui n’en avait plus. Je déteste sentir son regard peser sur moi.
Je suis pris dans les ronces. J’ai beau forcer pour me dégager, rien ne semble y faire, et j’entends, tout autour de moi, les échos tantôt lointains, tantôt proches, d’une bataille - éclats de voix - coups de feu - sifflement des flèches - ordres donnés, reçus, exécutés.

Et puis la peur - panique - comme ce jour-là. Ce n’est qu’une réminiscence, un souvenir qui se rejoue, et dont les restes du Cauchemar profitent. Pourtant c’est une vraie douleur qui m’assaille lorsque les quatre balles se fichent dans mon dos. Je les sens, une à une, en traits de feu lancinants, s’enfoncer comme au ralenti - brisant les chairs, disloquant muscles et tendons pour se nicher contre l’os.

Une douleur bien réelle, comme le voile noir qui s’abat sur mon esprit.

Je perce la surface de la transe comme un noyé celle de la rivière qui a failli l’emporter. A bout de souffle.
Dans ma main serrée, la lame d’obsidienne a percé jusqu’au sang.
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Arliden
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MessageSujet: Re: Transes    Mar 12 Sep - 12:05

J’avais trouvé un endroit élevé - un toit en fait, près du flanc de la montagne, là où un creux se dessinait pour laisser s’écouler le vent. Il ne se taisait jamais, ici.

Pas de temps à perdre. L’équinoxe approchait à grands pas.

Brins d’osier et herbes à fumer. La lueur timide de la pipe n’attire pas l’attention.


Et tout à coup elle était là. En une longue silhouette, élancée comme un jeune saule, toute de mèches noires entortillées et de plumes de corbeau, comme drapée d’un voile de nuit douce et profonde, sans étoiles ni lunes si ce n’était son pâle visage inchangé -
Elle était baignée non pas de la lumière d’or fauve et bronze du Rêve, mais d’un ardent émeraude, malsain, et auréolé de l’écho bleu d’un astre immense dévorant le ciel comme la gueule d’un ours.

«Ansuz !»

Aucune réaction. Je voyais les lumières danser sur elle alors qu’elle évoluait sans pourtant bouger, grand corbeau à faciès humain, au regard perdu sur des mondes invisibles.

«Saeunn.»

Une douce surprise a teinté ses traits, et son regard perdu a gagné en intensité, comme un fauve focalisé - la lumière dorée du Rêve a couru sur elle, comme la surface d’une eau dans laquelle on plonge.

«Arliden ?»

Elle paraissait voir à travers moi. J’aurais voulu avancer la main pour l’effleurer mais savait que je n’aurais rencontré qu’un vide atroce. Combien d’années à la penser morte ? Plus qu’il ne fallait en compter. Et pourtant…

«Vous êtes sur Argus. Je croyais que vous aviez péri.»

Elle a eu un sourire rêveur, et a repris comme si elle ne m’entendait pas.

«Il y a quelques années tu étais même incapable de déceler la présence du Rêve dans l’avers des ombres de la forêt. Et te voilà à l’arpenter.»

Sourire fugitif.

«Il a fallu que je meure une fois pour ça.»

Ma réponse lui a tiré un froncement de sourcils. Elle s’est redressée comme une biche ressentant un soudain danger.

«Tu y passes beaucoup trop de temps. Tu te coupes de la réalité. Qu’essaies-tu d’accomplir ici ?»

J'ai tissé pour elle mon idée de fils d’argent et d’étoiles bleues. Je lui parlais de l’équinoxe, et de la mauvaise saison qui revenait, du moment décisif, qui arrivait comme offert par le destin. Je lui disais, bien sûr, mes doutes et mes peurs - ne pas y parvenir, ne pas être à la hauteur, ce qui m’avait hanté toute ma vie. Et la peur de rester bloqué, de perdre toute humanité. Mais je lui disais aussi ma volonté de ne pas rendre le mal pour le mal; comme la Malédiction, d’accepter, comprendre et croître. Il n’y avait nulle autre voie possible.

«Je serais là.»

Elle a étendu ses ailes autour de moi jusqu’à ce que tout devienne noir, et qu’il coule même jusqu’à mes os étendus. Il s’est mis à ondoyer comme un ramage irisé, comme un pelage broussailleux - et soudainement moucheté d’éclats et d’un souffle qui vous prenait au coeur.

Qui s’est tu.
Le temps que résonnent ses mots.

«Je serais là.»
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Arliden
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MessageSujet: Re: Transes    Hier à 20:34

Le silence est factice.

La nuit murmure à mon oreille attentive, susurrant ses mots bruissants de feuillages dans la brise, et toute l’intensité de son langage scandé, injonction par injonction, par les cris des renards dans l’ombre, le hululement des chouettes - voiliers de pénombre doux et tranchants - scansion aléatoire, sur les rythmes du vent, capricieux - et sa ponctuation du tintement de chaque goutte de pluie, virgule, point, exclamation !
Secrets éblouissants, prononcés tout bas par cette gorge qu’est le monde, que mon esprit inconscient perçoit et comprend - sitôt audibles, sitôt oubliés.

L’équinoxe. Le moment où jour et nuit s’enlaçaient en égaux, avant que l’un ne prenne le pas sur l’autre - vers la mauvaise saison. Le moment était alors venu de se débarrasser de ce que l’on ne souhaitait pas emporter durant l’hiver; le moment de s’alléger, de se purifier, de renaître.

L’ocre avait fini de sécher sur ma peau. Je la sentais se craqueler, alors même que je demeurais immobile comme la pierre. Difficile de croire que de simples cercles tracés pouvaient aider à garder sauve mon individualité.

L’oeil sinistre d’Argus balafrait le ciel comme un affreux présage. Je l’entendais par-dessus la nuit glisser des paroles que je ne voulais pas écouter. Faire écho à mes doutes.

Incapable.

Tu vas échouer. Tu n’es pas assez puissant. Pas assez doué.

Et pourtant, pourtant… J’avais toujours dédaigné certains pans de l’enseignement de mon maître. Car trop effrayants, inquiétants. Douloureux. Je n’avais ni l’intuition ni la sensibilité nécessaires, et je manquais de volonté à cet égard - des excuses, toujours différentes. Pardonnez-moi mon ignorance.

Le ciel était noir comme la suie, comme le charbon, comme les corbeaux, et bas, si voilé que ni les lunes ni les étoiles ne parvenaient à distiller leur lente clarté entre les voiles si épais de la nuit.

Le silence était factice, et la bruine ne défaisait pas les cercles. Sa froidure humide remontait depuis le sol, et délivrait les parfums de petrichor et d’humus brun; la tourbe, l’ardoise détrempée, et le bois moisi. Une paix distante et relative.

Lorsque les premières visions sont venues, j’ai rivé mon regard vers ceux qui m’observaient - les yeux noirs d’un corbeau, au plumage gonflé pour se protéger de la pluie, et ceux si jaunes d’une chouette hérissée. Je n’étais pas seul. Ne l’avais peut-être jamais été.

La minuit a dû passer. Aussi je me concentre. Je ferme les yeux -noir sur noir- descend en moi. Il y a là de la vie qui broussaille. En sommeil - comme prise par un hiver tenace et pourtant intangible. Doucement - délicatement - j’en inventorie chaque spire, chaque rameau, chaque brindille. Chaque racine et chaque épine. J’en dessine la carte et le réseau. Et tout aussi lentement, gentiment, je commence à me dissocier d’eux, comme on détache le lierre d’un arbre qu’il menace d’étouffer.
Je ne peux pas les tuer, ou les éliminer, ou les expurger. Il y aura toujours une bouture, une infime graine qui prendra de nouveau pied, qui envahira de nouveau.
Mais je peux les rediriger. Je peux les orienter.
J’accélère leur croissance et de moi jaillit l’arbre. Je suis propulsé par la porte.

Je sens mon maître guider mon esprit depuis le Rêve. Je sens son maître nouer les brins entre eux, afin que rien ne soit perdu, que rien ne puisse s’échapper.

Je ne sens plus mon corps, mon enveloppe si lourde et si rassurante de chair fluide, de sang bouillant, je ne suis que sève et bois froid - la panique m’étreint un instant, je perds le fil - où suis-je ? - quoi maintenant ? des cauchemars ?.. pitié.
Mais je ne suis pas seul. Une main renoue pour moi les fils échappés de la trame de mon être. Je me concentre sur le mouvement du tissage; je ne suis pas perdu, pas encore.
Il faut continuer. De graine à branche, à tronc, à feuilles et fleurs, qui éclatent en gerbes de mots d’or et d’argent, de mystères bleus, perlés. L’arbre s’étiole à toute vitesse, car toute vie est appelée à décroître à son heure -

Et meurt, enfin.
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MessageSujet: Re: Transes    

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