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Guilde RP sur Kirin Tor - World of Warcraft
 
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 Une dague dans l'oeil

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Helios
Mercenaire
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Messages : 641
Date d'inscription : 24/08/2013
Age : 22

MessageSujet: Une dague dans l'oeil   Mer 24 Jan - 0:32

Citation :
J’aime beaucoup cet endroit, Rauros.
Sans blague, il y fait toujours beau. Même en Hiver.
Même ce bosquet qu’ils appellent « l’œil » me plaît, avec ses feuillages ardents et champignons luminescents. Pas vraiment de quoi se vanter, je m’y suis pourtant perdu, une fois, et m’en vais vous le raconter.

Partout ailleurs les fruits commençaient à tomber, ici en retard, et j’étais en repos à l’auberge de la Harpe d’or dans cette petite bourgade, Cimétoile. Chier de couper du vois pour le Val ! Mais je m’égare ; c’était la première fois que je voyais autant d’elfes au mètre carré, et ça m’avait franchement déboussolé.
Pourtant je m’emmerdais, il n’y avait finalement pas grand-chose à faire sinon picoler dans cette contrée ? Entre deux narguilés et trois blondes, j’ai demandé conseil à un autre voyageur, un gars bien de chez nous ! Bâti comme un bœuf, aux dents gâtées et à l’œil chancelant : « La forêt. Qu’il me dit. Tu ne connais pas ? » Je ne m’étais pas écarté du chemin en quittant la croisée, et paraît-il que l’aventure n’est jamais loin.
Alors j’y suis allé, supposant connaître les cimes comme ma poche, puisque j’en coupe tous les jours. Et puis, ça ne pouvait pas être pire que les environs de Sombre-comté ? Que nenni les amis, c’est joli mais traître.

Au début je jouais aux aventuriers, coupais une liane par-ci, bifurquais par-là en arrachant des monceaux d’écorce ramollie par l’espèce de brume violette qui enveloppait tout le secteur. C’était pas seulement magique mais revivifiant ! J’avais l’âme d’un héros et chaque parcelle, chaque bruissement attisaient mon émerveillement.
Mais voilà, j’ai fini par retomber sur le même arbre, patauger dans la flaque laissée par mes bottes de cuir presque étanches, retrouver le même petit sentier qui m’aguichait les mirettes en franchissant la lisière. Sauf qu’elle n’était plus visible, cette lisière, comme la lumière du jour. Je me suis senti con.
Alors j’ai voulu rebrousser chemin, et suis tombé sur un petit étang encadré par de gros chênes. Assoiffé, j’y ai trempé un doigt puis deux, c’était horriblement froid.

Mais je n’étais pas seul.
Sur l’autre rive, j’aperçus une silhouette encapuchonnée. Au départ j’ai cru à une bête – ou ne m’étais simplement pas rendu compte de sa présence. Il portait une longue robe à l’allure d’un sarcophage bardé de métaux enchantés. L’habit ne laissait entrevoir aucune peau, aucun regard, comme fumée et vapeur se succédaient en quittant les visières du casque et de l’épaule.
Très rassurant n’est-ce pas ?

En tout cas, j’étais trop dans la mouise pour ne pas envisager de lui demander mon chemin.
Je n’étais pas sûr qu’il m’entendît, mais il s’est bien tourné dans ma direction. Il ne m’avait peut-être pas vu non plus. Comme il avançait sans répondre, je reculai par réflexe, ou instinct ? Difficile à dire.
Il s’est immobilisé pour prendre la parole : « Vous ne devriez pas être ici » et sa voix résonnait  comme la pierre jetée dans un puits sans fond, comme le ton se voulait sûrement menaçant puisqu’il me pointait du doigt. D’ailleurs il commençait à briller, pareils aux iris balancés par la brise et étoiles qui s’éteignent bientôt.
Moi je n’étais pas vraiment d’humeur à danser, et la vue de sa main levée suffit amplement à saisir qu’il n’était pas animé par de bonnes intentions – Je devais fuir !
J’ai couru sans regarder derrière moi, franchi des talus, dégagé des broussailles avant de trébucher sur un de ces rondins proéminents qui composent la terre. Enfin. Plutôt une racine. En tout cas j’étais seul. C’était juste un peu douloureux pour ma tête qui venait de percuter un bloc de terre séchée et remplie de petits galets.

« Alors, on s’est perdu ? Je reconnaissais cette voix – celle du vieux de l’auberge. Je peux t’aider, petit ? »  Pas celle du fou dangereux en tout cas – quelle aubaine. Dire que je ne l’avais même pas entendu venir.
Encore à l’affût et essoufflé par ma course, je ramassai mon barda et fis volte-face. Puis ce fut le noir complet.

Avant de me réveiller dans un lit de feuilles mortes, ligoté et menacé par une dague, le fameux beauf à mon chevet : « T’es le troisième que je détrousse cette semaine. Pas très malin de partir comme ça, avec sa bourse et sans armes… on ne t’a jamais dit que la forêt n’était pas sûre de nuit ? Il avait subtilisé ma machette, évidemment. Maintenant j’aimerais en finir vite – et toi aussi. La clé de ta cabane. Où est-elle ? » Manque de chance cette fois. J’avais dû la faire tomber en fuyant plus tôt, s’il m’avait bien fouillé. Je songeai à faire un double à mon retour, mais quelle utilité s’il m’égorgeait ici.
Alors je me suis mis à bredouiller qu’il faisait sûrement erreur, ce qui eut plutôt pour effet d’exciter ses instincts carnassiers : « Fais pas le con avec moi ! » Je me suis mis à prier la Lumière très fort, dans ma tête parce qu’il m’aurait sûrement exécuté dans l’instant – enfin, pour les secondes que cela me ferait gagner. J’étais foutu.
Je le croyais.

Mais la dague du vicelard lui échappa des mains et il commença à se tenir la gorge pour expirer, comme si tout l’air se dérobait à ses narines, si une bulle d’eau lui comprimait la face. Il se retourna en jurant dans cette voix étranglée, à défaut de mieux, et se retrouva nez à nez avec l’inflexible automate qui tendait la main, cette fois dans sa direction et non la mienne : « Veuillez poser votre genou à terre. Le voyou ricana, rougi par l’effort vain. - Va te faire foutre, t’es complètement ridicule. » Et c’était de toute évidence la mauvaise réponse.
Sans rétorquer ni insister, le mage masqué le souleva dans les airs et projeta contre un arbre avant de le figer au sol et couvrir d’un voile magique et visiblement lourd comme du plomb. J’entendis à peine l’autre râler, plus mort que vif et sûrement inconscient – il ne méritait sûrement pas mieux d’ailleurs.
Mais étais-je pour autant tiré d’affaire ?

« Laissez-le nous, monsieur. Cette fois il ne nous filera plus entre les doigts ! » Un elfe en tenue de cuir brun-bleu bondit d’un arbre, suivi d’un autre identique – des forestiers. Un instant je me suis demandé à qui ils pouvaient bien donner du monsieur, mais le sorcier libéra le brigand et porta les deux mains à son casque pour le dévisser méthodiquement, laissant de ses pores suppurer un air chaud et froid à la fois.
Il affichait ses longs cheveux argentés, et les traits excessivement fins caractéristiques du thalassien, presque féminins. Qui eût cru qu’une telle créature se cachait derrière l’armure infernale ? Sa voix, non plus déformée par le masque était cependant aussi placide qu’auparavant. Et il me jetait un regard pour ainsi dire – complètement vide.

« Vous avez eu de la chance de me croiser. Mais j’ai failli vous attaquer. Vous n’avez pas lu l’annonce à l’entrée du village. » D’autres disparitions coïncidaient avec les dires du malade qui m’avait attiré dans ce traquenard, mais hélas les autres ne s’en étaient pas tirés à si bon compte et furent sûrement déterrés dans les plus brefs délais suivant la découverte de sa cachette.
Enfin, les forestiers adressèrent des gestes équivoques au jeune elfe et prirent la parole, non sans avoir saucissonné le voleur : « Ne partez pas seul ni ne traquez des criminels aussi dangereux, jeune maître. Il aurait pu vous arriver malheur. Et votre père. Nous ne nous le serions pas pardonnés. Il baissa les yeux, perdant aux miens toute la hargne qu’inspirait l’armure. Je ne recommencerai plus. »

C’est ainsi que, par le plus grand des hasards. Un hasard bienvenu. J’ai rencontré le fils du Seigneur de Rauros, Etheran. Une vraie machine de guerre derrière sa silhouette de calcaire. Mais ce qu’il peut être lent parfois.
Enfin, j’y retournerai bientôt. Maintenant que les forêts sont « sûres. »
 
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