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 Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie

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Arliden
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MessageSujet: Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie   Mar 20 Mar - 11:23

Il faisait noir comme dans une caverne oubliée, comme si nous venions de pénétrer tout à coup dans une zone où règnerait une nuit sans lune très localisée. De l’extérieur, cela ressemblait à une langue de brume, mais totalement noire; une chape d’ombre, immobile et froide.
Dès lors qu’Osgurd l’a dissipée d’une rafale de vent marin, le voile s’est déchiré, quelques lambeaux s’accrochant encore à la coque et aux mats; les déchirures ont cependant révélé le triste sort de l’équipage, assassiné dans cette nuit factice. Tous présentaient des plaies plus ou moins nettes, témoignant de la précision avec laquelle le massacre avait été opéré.

Le navire saboté prenait déjà l’eau. Nous tentions de sauver la cargaison quand quelques traînards ont tenté de nous attaquer; des pandarens, vêtus de cuirs sombres, et de redoutables maître des ombres. Cependant, le nombre jouant en notre faveur, nous les avons bien vite mis en déroute.

La cargaison que nous devions protéger se trouve à présent en sûreté dans le Brise-voiles. Et nous comptons bien les amener à bon port à notre employeur, là-bas sur les terres mystérieuses de la Pandarie.

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Arliden
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie   Mar 8 Mai - 12:54

Le navire approchait paresseusement des côtes dans la fraîcheur orangée du soir. On devinait, barrant l’horizon, la masse sombre des falaises, et à son pied, la mangrove échevelée qui ne parvenait pas à la prendre d’assaut. Le couchant dorait les frondaisons au dessin fantasque, et ruisselait comme liquide sur les multiples flaques et rivières qui s’y dissimulaient. Les ombres s’y mouvaient, pleines de mystères, promesses de trésors oubliés et monstres endormis. Bien vite, toutefois, les tours du port de l’Alliance les ont dissimulées à notre vue, nous enfermant de nouveau dans un cadre civilisé, connu, sûr. On s’y affairait tant et plus; personne ne prêta d’attention particulière à l’arrivée d’un navire de plus.

Puisque la cargaison que nous transportions étant si menacée par nos mystérieux adversaires, nous avons décidé d’user d’une feinte simple pour détourner leur attention. Nous avons quitté le Territoire du Lion peu de temps à peine après notre arrivée, direction le Guet de Zhu, première étape de notre voyage vers Micolline. Nous transportions avec nous deux chariots, dans lesquelles étaient entreposés nos leurres : des caisses, mais vides de toute marchandises. Il n’apprécierait sans doute pas que cette mention soit faire, mais nous avions également dissimulé Baron à l’intérieur.

Notre tâche, ainsi chargés, était d’ouvrir la voie au véritable convoi, et de déclencher tous les pièges et les embuscades qui auraient pu être placés sur son chemin.
Une fois les fortifications laissées derrière nous, nous retrouvions des terres sauvages. La mangrove demeurait à notre gauche, masse étouffante, oppressante, si dense qu’on l’aurait cru constituée d’une unique conscience, latente, qui guettait notre venue.
Le sentier que nous suivions n’avait rien d’une route pavée et les chariots peinaient. A plusieurs reprises il fallut les pousser pour soulager les bêtes, jusqu’à ce que le terrain retrouve une inclinaison suffisamment douce. La tentaculaire jungle tournait derrière nous, agitée comme la chevelure d’une créature endormie; devant nous, quelques bosquets épars seulement, pour ponctuer le flanc de la colline. C’était la Province de Zhu : nichée entre la falaise à pic et la lisière touffue. Quelques zones noires tachaient encore l’herbe drue, ici et là, cicatrices lentement résorbées d’un passé houleux.

C’est pendant notre ascension vers le Guet que nous avons été stoppé par un pandaren dressé sur le chemin, seul. Sous ses cuirs sombres, il ne manifestait nul crainte, nous sommant simplement de lui remettre les marchandises. C’était une technique vieille comme le monde; notre groupe fut de fait vite assailli par le reste de la troupe, dissimulée de chaque côté en attendant que nous nous glissions dans le piège. C’était la première fois que nous les affrontions ainsi. Bien peu périrent, cependant. Particulièrement fuyants, insaisissables, dès lors que leur vie était en danger, ils disparaissaient, ne laissant place qu’à des éléments de décor, des troncs, des rocs, s’évaporant comme s’ils n’avaient jamais été là.
Comme preuve de leur présence demeurait toutefois les blessures. Les flèches avaient volé, et nous étions plus que soulagés de voir le Guet se profiler devant nous.
Il marquait l’extrême limite des étendues, avant-poste stratégiquement placé : là où la falaise déclinait jusqu’à être avalée par la colline, comme si, finalement épuisée par sa lutte pour se tenir hors d’atteinte de la mangrove, elle n’avait eu d’autre choix que de plonger dans la colline.

Au-delà, l’horizon s’applanissait, doucement bosselé d’immobiles vagues, noyé des derniers rayons du soleil. Au-delà, c’était la Vallée des Quatre Vents, faussement paisible, dont le souffle défiant nous attendait déjà.

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Arliden
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie   Sam 19 Mai - 15:31

C’est sous une pluie battante que nous avancions à travers les collines qui commençaient à moutonner. La route continuait de monter en pente douce, et pourtant l’horizon s’était déjà aplani, à tel point qu’on aurait certainement pu voir toute l’étendue de la vallée si le temps ne s’était pas couvert. Les nuages bas comme les rideaux de pluie brouillaient la vue, détrempaient la route sous nos pas. Nous étions privés du couvert des arbres, la végétation se résumant désormais à quelques bosquets à peine plus haut qu’un homme.

Le Guet de Zhu était désormais derrière nous. Nous faisions route droit vers le Nord afin de gagner la prochaine étape de notre voyage; la dernière avant notre destination, Micolline.

Plus encore que la falaise à pic qui marque les terres affaissées de Krasarang, la frontière de la Vallée des Quatre vents est la rivière Yan-Zhe. Indolente, elle sinue paresseusement au bord du gouffre, dans lequel elle finissait par se jeter, loin à l’Ouest.
Le sol descendait en douceur vers la rive meuble, mais la route, aménagée, se poursuivait vers un pont de bambou qui enjambait l’eau, frêle d’apparence; l’humidité le faisait luire comme du métal. Il était particulièrement étroit; il fallut faire avancer les chariots lentement, l’un après l’autre. Toute la structure grinçait alors que leur poids la traversait péniblement. Nous avancions au plus près, prudents; nous avons toujours eu certaines difficultés à nous fier aux ponts. Ils sont si faciles à saboter.

Au-delà, le terrain s’élevait sur une dernière butte; à son pied peinait cependant une caravane de pandarens, embourbés. Nous les avons aidés à gravir la pente; au-delà s’étendait enfin la prairie, doucement bosselée. Droit vers le Nord, l’horizon était barré par les contreforts lointains; de petits monts essaimaient ci et là la plaine, ponctuant son étendue.

C’est sur la route que nous avons rencontré un autre pandaren, accompagné de ses gardes; ses poils blanchissants trahissaient son âge avancé, et il marchait avec lenteur. Son corps se dissimulait dans les replis de soieries bleutées, témoignant de son statut.

«Je suis Fei-Shun Patte-de-Soie, se présenta-t-il. Je possède un commerce de soie à Micolline.»

La discussion avait beau s’engager sur le terrain amical de la description du village marchand, aucun de nous n’était vraiment à l’aise. Sa curiosité insistante quant à nos marchandises nous rendait méfiants. Mais il devinait sans peine pourquoi nous étions là.

«Ce ne serait pas Brasse-Tempête, par hasard ? Ce serait bien son genre. Le pauvre bougre est au bord de la ruine depuis que le Dao a déclaré qu’il ne produirait plus jamais de bière.»

Sibyllin, il refusa d’en dire davantage sur le sujet, ou de nous éclairer au sujet de ce «Dao.»
Nous lui avons fait place pour qu’il reprenne sa route. Ses gardes n’ont pas dit un seul mot, taciturnes, patibulaires.
Nous avons repris la nôtre avec toutes nos interrogations. Notre arrivée à la ferme de Pang, notre étape, ne nous a pas permis de leur trouver de réponses.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie   Mar 20 Nov - 15:07

Au jour suivant, nous avons décidé d’adopter une tactique différent en partageant la cargaison en deux. Notre groupe escortait la première moitié en direction de Micolline, et l’autre suivait ensuite.
Les occupants de la ferme n’avaient pas pu nous renseigner au sujet de ce Dao. Ou pas voulu, pensions-nous, ce qui était bien plus proche de la réalité. C’est avec cette interrogation toujours présente que nous avons repris la route, par une après-midi de printemps radieuse.
La Vallée s’étendait jusqu’à toucher l’horizon, verte comme un joyau, immense prairie bosselée, doucement agitée par les rafales de vent qui semblaient la faire danser avec légèreté.

«Au nom du Dao, posez vos armes et abandonnez votre cargaison et nous ne ferons pas de victimes. Ce conflit ne vous concerne pas.»

Le cadre était si paisible que l’attaque surprise des hommes du Dao nous a réellement pris au dépourvu. Comme sortant de nulle part, ils ont jailli tout autour de nous, et sous les invectives de Kazran qui refusait toute reddition, le combat s’est engagé. Vifs comme le vent étaient ces pandarens, et aussi intouchables que la brume. Ce n’était pas des brigands dont nous avons croisé la route, ce jour-là. Ces hommes étaient entraînés.

A l’approche de Micolline, avant de traverser la rivière qui cerclait la ville sur son roc, nous avons de nouveau rencontré Patte-de-Soie.

«Les routes ne sont plus ce qu’elles étaient, hélas, nous dit-il. J’ai ouïe dire que vous aviez eu quelques ennuis avec les Sauroks ? Les nouvelles vont vite à la campagne.»
Par chance, les sarcasmes du sergent sur les bavardages des pissenlits ne semblaient pas l’atteindre. Il a poursuivi sur une mise en garde.

«Le Dao ne semble pas apprécier votre présence. Il n’est jamais bon que des étrangers se mêlent des querelles locales. J’ai… bien entendu… eu vent de tout cela au marché. Ou était-ce dans une taverne ?»

Ambigu, il était, et notre méfiance en fut d’autant plus éveillée à son encontre. Kinkan, lui, s’en amusait; la Vallée était son chez-lui. Il nous a fait part de quelques anecdotes sur la langue pandarène alors que nous gravissions la colline, après que Patte-de-Soie eut pris congé.
Nous avons retrouvé Sina à l’emplacement qui nous était réservé. Elle nous a appris que le groupe du Capitaine avait eu à faire face à des attaques de Sauroks, mais n’avait pas subi de pertes. Elle nous annonça également que notre employeur avait disparu.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XVI : Livre de Pandarie   Mar 20 Nov - 16:28

Micolline occupe le centre de la Vallée. C’est la plaque tournante de son commerce et de ses échanges, sa position particulièrement stratégique offrant à toutes les fermes alentours un accès direct à la ville. On y retrouve toutes les bêtes, tous les légumes, toute la soie produite dans la région, mais également tous les marchands de passage venus des quatre coins de la Pandarie. Son marché renommé s’étendait au pied de la colline, tandis que sur ses flancs s’accrochaient auberges et entrepôts. C’est dans l’un d’eux que nous logions, afin de rester au plus près de la cargaison dont nous avions la garde.
Quoique nous n’ayons encore aucune piste, nous étions décidés à retrouver notre commanditaire, et d’honorer notre contrat.

Sa disparition étant nécessairement du fait du Dao, nous avons commencé par nous pencher sur ses employés. L’un d’eux, en particulier, décrit comme un de ses hommes de confiance, résidait dans une petite ferme plus à l’Ouest. Il était plus que probable que nos ennemis soient déjà en route pour le cueillir; nous avons pressé le pas, pour découvrir malgré tout qu’ils l’avaient trouvé avant nous. Leurs tueurs étaient là, encerclant la bicoque de près. En apparence, toutefois. Après avoir éliminé deux de leurs gardes nous avons appris qu’ils étaient là pour arrêter notre homme, par le mandat d’arrêt que nous a traduit Kinkan. Par notre attaque directe, nous étions en tort. Encerclés et menacés par une troupe bien plus nombreuse que la nôtre, nous avons recouru à la seule solution à notre disposition, le duel d’honneur, proposition qui a semblé convenir aux pandarens.
Profitant de l’agitation, nos maîtres des ombres, Lyonne et Helios, en ont profité pour s’éclipser. Leur disparation est passée inaperçue.

L’établissement des règles du duel ne prit pas longtemps. Il s’agissait d’un combat jusqu’à la mort ou l’abandon, opposant l’un des pandarens à notre champion; ils demandèrent à affronter Gor’bak, l’ogre, un choix qui nous convenait mais nous surprit. Ils ne manifestaient aucune crainte face à lui.

Le champion ennemi était un moine, en plus d’un combattant aguerri. Chacun de ses coups s’auréolait d’un chi crépitant, tandis que lui était opposée la violence brute et sauvage de l’ogre, dont chaque frappe faisait trembler le sol.
Une force dévastatrice qui se répercutait sur chacun des deux combattants, alors que nous assistions à la scène, impuissants. Car c’est bien par la force que Gor’bak vint à bout du pandaren; et pourtant, dans notre grand désarroi, nous l’avons vu tomber à son tour. Ce n’était pas ses blessures qui l’abattirent, mais le poison qu’elles avaient véhiculées. Y avait-il de l’honneur à employer le poison lors d’un duel ? Je ne sais pas. Peut-être que nous aurions dû l’exiger avant qu’il ne commence. Toujours est-il que, même dans la mort, il emportait la victoire; il avait fallu user de ruses pour en venir à bout.

Ils nous laissèrent partir à contrecoeur. Ce ne fut pas une mission des plus heureuses que celle qui vit la chute de Gor’bak, mais il a connu une fin digne de lui, et elle ne fut qui plus pas vaine : profitant du combat, Lyonne et Helios avaient exfiltré le fermier, et nous l’avons récupéré plus loin. Pour sa sécurité, c’est à Baron que nous l’avions confié. Officiellement, il disparut simplement de la circulation. Ni le Dao, ni les Pandashan ne nous demandèrent de comptes.

Le bûcher de Gor’bak brûla vif et haut.
«Gor’bak n’était pas un mercenaire ordinaire. Il avait rejoint nos rangs en Draenor. Lors d’un assaut contre le clan Ombrelune qui l’avait capturé. D’abord considéré avec méfiance, il s’est révélé un allié fiable, sauvant les nôtres des griffes de la Horde de fer à maintes reprises.
Il nous a suivis en Azeroth. Il a combattu avec nous. Il a vu nos morts. Et jamais il n’a flanché. Gor’bak était un roc. Une montagne que rien ne semblait pouvoir briser. Et pourtant, ce soir, il s’est effondré. Non sans emporter avec lui son dernier ennemi.
Tu te battais avec une rage si forte qu’elle emplissait nos ennemis de peur, et nos coeurs d’un courage ardent. Tu étais le bras armé de la compagnie.Tu étais sa force. Loin de chez toi. Hors du temps. Tu disparais.»

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