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 Silences

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Arliden
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Messages : 222
Date d'inscription : 17/07/2015
Age : 22

MessageSujet: Silences    Sam 7 Avr - 12:27

Quatre-vingt-sept.

Mon maître m’avait appris à ne plus souffrir de la mort. Nous autres, druides, savons que tout est cycle. Tout est impermanence. Tout est changement.
La mort suit invariablement la vie. Tout ce qui est appelé à naître, croître, finit par s’étioler et mourir. Il en est toujours allé ainsi. Pourquoi devrions-nous en être blessés ? C’est le destin de toute chose.
Nous sommes des éphémères. Nous sommes des comètes, des étoiles filantes. Une fois partis demeure encore l’éclat de notre traînée, pour peu que quiconque ait levé les yeux pour nous voir; une fine ligne sur la page noire du temps, un transect bref, qui s’efface lui aussi à mesure que disparaissent ceux qui étaient là pour le voir.

Quatre-vingt-sept.

Je ne suis pas astronome. Mais je suis l’observateur au regard perpétuellement tourné le ciel. Je suis l’observateur qui consigne chaque mouvement stellaire pour que jamais leur souvenir ne soit perdu.
L’écriture n’a jamais été fondamentale pour les druides. Notre culture est orale. Elle se tisse de chuchotis et de murmures, et de rêves. Pas d’encre et de mots. Pas de stèles gravées.
Pourtant, les annales sont la trace écrite et durable de notre passé. Les annales sont notre seule épitaphe, et le seul souvenir qui demeurera de nous après notre mort. Bien souvent, nous nous engageons comme un dernier recours, bien souvent nous sommes seuls, sans personne d’autre. La compagnie devient notre refuge et notre foyer. Nous vivons et mourons pour elle.

Quatre-vingt-sept.

Sous le tabard blanc, il n’y a plus de différences. Plus d’espèces. Plus de rivalités. Nous sommes une famille. Le tabard blanc est cette marque qui nous distingue et nous sépare du reste du monde. C’est elle qui fait de nous un ensemble.
Sous le tabard blanc, les ennemis ne peuvent venir que de l’extérieur. C’est la compagnie contre le reste du monde.
Je crois bien que je suis le seul à partager encore cette vision des choses. J’aurais voulu que les choses soient ainsi. Avec le temps, peut-être reste-t-il un espoir que leurs yeux s’ouvrent, qu’ils oublient leurs disputes et leurs mesquineries. Ou peut-être mourront-ils avant, et je serais alors le seul à honorer leur souvenir comme celui d’un frère ou d’une soeur.

Quatre-vingt-sept.

Le nombre en soi n’a aucune signification. Il ne veut rien dire. Il ne marque ni un seuil ni un palier. Il est peut-être faible, au regard des circonstances. Il est peut-être insignifiant au regard des années. Trois années.
J’ai vu partir quatre-vingt-sept de mes frères et de mes soeurs.
Je suis vieux. Je suis fatigué.


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Le loup, en moi, est cette force fluante qui bondit déjà vers sa liberté.
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Arliden
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MessageSujet: Re: Silences    Lun 7 Mai - 13:07

La lune avait fini par passer les sommets, dont elle nimbait d’argent les contreforts; la fumée, elle, s'élevait paresseusement comme une coulée de métal fluide, liquide, déniant toutes les lois de la nature dans l’air bleui.
Ce n’était que des herbes vendues par les grumelots. Parfumées, mais pas magiques. Je me doutais bien que les charmes puissants de la tête d’ours auraient de toute façon retenu mon esprit. Pourtant, l’envie de vagabonder n’avait jamais été aussi forte.
Le Rêve : un endroit tout empli de mystères, de merveilles, un endroit où la vie et la mort se superposent, où rien ne disparaissait vraiment. Il n’y avait que le Rêve qui convienne à mon immense tristesse. J’aurais voulu m’y rendre encore, et oublier. Oublier encore. Cela y était tellement facile. Tellement plus facile.

Cleithe l’avait compris. Elle avait toujours tout compris. Elle était fine, sous ses airs de grand-mère ventripotente. C’était la tête d’ours qui me clouait à terre. Elle savait qu’à la première occasion j’y serais retourné. Elle savait que si j’y étais retourné …

«T’en sauves quelques-uns.»

Mais c’était faux. Combien en restait-il encore, de ceux qui s’étaient engagés à mes côtés ? Findol, bien sûr, qui avait su survivre. Et Anarya, et Vaelys, qui toutes deux n’avaient guère besoin de mon secours. Eldared, peut-être, qui avait vu de terribles moments.
Quant aux autres.. J’égrenais inlassablement leurs noms sur une page, bientôt deux sans doute, comme une liste de mes échecs. Ils méritaient mieux.
Je ne les avais pas sauvés. Tout au plus leur avais-je offert un sursis. Marvin se trompait.
Mais… là-haut sur la montgolfière, offert à la brise des hauteurs. C’était son désespoir qui avait outrepassé le mien, qui m’avait transpercé comme une lame d’un acier glacial.

J’avais essayé de parler comme mon maître l’aurait fait. De ne pas lui offrir de platitudes, mais des mots sincères, des mots pour guérir. Il avait eu le courage de faire face à ces responsabilités pour lesquelles je m’étais toujours défilé. Et Providence, la lame d’or, brillant comme un flambeau dans la nuit claire.
Marvin se trompait. Ce n’était pas l’homme qui n’était plus rien sans la lame. C’était la lame qui n’aurait pas eu de sens sans l’homme.

Je ne pouvais plus me réfugier dans le Rêve pour oublier. Je n’étais pas mon maître : ma résolution s’effritait déjà, malgré tout l’apprentissage, malgré les ans. J’étais tiraillé par des instincts contraire, et la fatigue qui sapait tout.
Au fond Cleithe avait toujours eu raison sur mon compte : j’étais un raté. Je n’avais jamais été un bon héritier, pas plus que je n’étais un bon druide. Je n’avais pas su me faire une place au sein du Cercle cénarien, et tout ce que j’avais pu devenir, finalement, c’était mercenaire.
Je n’avais pas la force d’encaisser, je le savais. Mais je n’avais plus d’autre issue. Et rien n’aurait été pire que de ne pas essayer.

Je fermai les yeux. Le temps de revoir le vol tranquille de la montgolfière.

… je ne serais pas revenu.

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