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 Echos d'un Serpent

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Helios
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MessageSujet: Echos d'un Serpent   Dim 29 Juil - 12:10

Citation :


Des rais de lumière perçaient les plus hautes cimes, baignant la forêt des Chants-éternels dans un halo bienveillant d’or et de cuivre rougi par le Soleil couchant.

« Cet arbre est malade. L’enfant passait une main sur l’écorce rugueuse d’un hêtre plusieurs fois séculaire, cherchant à communier avec sa sève. Des feuilles en tombaient chaque jour sans se renouveler en dépit du non-cycle thalassien. Une vieille elfe au regard vitreux le voyait faire de loin, ses longs cheveux gris et rides rappelant son âge aux citadins qu’elle avait depuis longtemps cessé de côtoyer. D’aucuns prétendaient même qu’elle avait connu les Guerres trolles.

Comme elle avait également perdu l’habitude de sourire, son rictus ne manqua pas d’étonner le petit-fils.

- C’est exact, mon petit Arelos. Mais de quoi souffre-t-il exactement ? Il écarquilla ses yeux azuréens, surpris, avant de les rabaisser timidement, ses mèches noires dissimulant un menton émacié par les régimes auxquels il avait été soumis dès son plus jeune âge.

- Je ne sais pas. Loin de s’en étonner, la doyenne reprit de sa voix éraillée.

- Lorsque tu le comprendras, reviens me voir. On ne peut avoir une compréhension partielle du monde qui nous entoure, sache-le. La conception d’un poison nécessite une connaissance totale des plantes qui le composent, de leurs propriétés, mais aussi de ce qu’elles sont, ont été. Je te connais mieux que personne, et je sais que tu as l’étoffe d’un grand maître. Tu y parviendras, comme ton père auparavant.

Quelque chose brillait en elle, plus que de la clairvoyance. Naguère, ses connaissances de la faune et de la flore effrayaient bien des passants, et la Sorcière de Crochesoleil avait été contrainte de quitter le domaine familial pour s’exiler au plus profond des bois. Jamais elle ne s’en était plaint, alors même qu’aucun de ses enfants ne se donnait la peine de lui rendre visite. Aujourd’hui, elle pensait être témoin d’une renaissance.

- Grand-mère… Si je ne veux pas devenir empoisonneur ? » Mais peut-être se trompait-elle.
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Helios
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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Lun 30 Juil - 18:05

Citation :


La résidence des Crochesoleil sous Séléné avait perdu de sa superbe en quelques siècles d’existence. Ses parois de roche noire, autrefois clinquantes, souffraient de n’avoir plus été lustrées depuis la ruine, comme les anciens remparts pris d’assaut par les trolls n’existaient plus que dans les souvenirs de leurs propriétaires. Des étendards aux motifs serpentins remplaçaient parfois le phénix aux ailes déployées, mais l’orgueil lui, n’était plus au rendez-vous.

« Arelos… ta mère et moi en avons beaucoup discuté. Nous pensons qu’il serait plus raisonnable de te confier à un maître forestier à l’extérieur du domaine. Tes frères sont bien assez de soutien pour nos affaires, et il n’est pas nécessaire de vous confiner ici. Ta sœur Lithos, par exemple, a choisi la voie des arcanes et quitté Crochesoleil pour Lune d’Argent. Aujourd’hui, elle fait la fierté de notre famille, tu sauras en faire autant. Idoménée, le patriarche, portait une tunique de soie finement tissée malgré l’absence de fioritures communes aux nobles déchus et désargentés, ainsi qu’une lame en croissant à la ceinture. Son regard de prédateur terrifiait le garçon se figurant encore une grande puissance.

- Père… Je suis aussi ton fils… Pourquoi ne puis-je pas simplement rester ici à vos côtés ? Je n’ai rien de moins que Pythan, même Ormiel. Grand-mère n’arrête pas de me le répéter. Il battait des sourcils comme s’il s’agissait d’ailes, trahissant ses peurs les plus profondes.

Arelos était le benjamin d’une fratrie de six, et le dernier dans l’ordre de succession, même derrière ses quelques sœurs. Il avait bien conscience qu’aucune miette du domaine ne lui serait cédée en gage de ses bons et loyaux services, et qu’il devrait un jour ou l’autre quitter ce petit monde déclinant pour se forger une réputation, tout en faisant rayonner les siens. Pourtant, il aimait encore arpenter les collines jouxtant le doux Elrendar, chasser le lynx aux côtés de son père et écouter les récits épiques de sa mère, une ancienne forestière mise au placard par une blessure à la jambe.

- Je sais comment ils t’ont surnommé. Couleuvre de Crochesoleil. L’aspic sans force ni poison. J’ai toujours su que tu étais différent de tes aînés, plus ouvert à l’écueil des saisons. Mais tu n’as pas assez de force pour assumer leur charge, encore moins d’expérience, et ta grand-mère s’épuise de jour en jour. Le temps nous manque. Il passa une main dans sa barbe noire, comme s’il jaugeait encore la pertinence du choix.

L’idée même de quitter ces lieux le terrifiait, et faisait naître en lui une sorte de mélancolie. Le Soleil s’était couché en son sein, et même le glorieux Thas’alah, arbre-mère au feuillage enchanteur, ne pourrait jamais refermer cette plaie au cœur.

- Père… Son ton suppliant irrita l’ancien Seigneur qui balaya ses espoirs d’un revers de manche.

- Ma décision est prise, fils. Nous avons choisi une personne de grande confiance, fais-lui honneur, et à nous pas la même occasion. »
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Helios
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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Mar 31 Juil - 19:02

Citation :


Les forestiers s’étaient rassemblés près d’un vallon couvert d’arbres fruitiers, à proximité de la dernière porte des chants-éternels, séparant la région de Lune d’Argent du reste du royaume. Arelos portait une tenue de cuir bleu-brun caractéristique de l’ordre et servait alors dans l’unité du Capitaine Pairo comme garde frontalier. Alors qu’il faisait mine de s’éloigner du campement pour répondre à un besoin naturel même aux elfes millénaires, un de ses camarades, un certain Palathiel, le rejoignit.

A croire qu’il se faisait un plaisir de le provoquer, en toute circonstance.

Tous deux ne s’étaient jamais appréciés, d’ailleurs il était difficile pour un fils de Crochesoleil d’avoir sa place au dehors du domaine, tant leur réputation d’empoisonneurs et faiseurs de veuves les suivaient à la trace. Sa sœur Lithos, malgré ses grands talents, avait même été évincée par d’autres arcanistes des prétendants au poste de magistère. Alors que le benjamin avait toujours été traité comme un moins que rien chez les siens, on le qualifiait à présent d’assassin – l’ironie parfaite.

« J’ai entendu dire que le Capitaine t’avait choisi personnellement pour servir sous ses ordres au sortir de l’académie… Il choisit de ne pas répondre, sachant pertinemment que les pistonnés ne faisaient pas de vieux os, d’autant que son interlocuteur le dépassait en âge et expérience, comme en taille. Je me demande bien ce qu’il t’a trouvé…

Pairo Cuivienen Elensar était de ces forestiers nés dans un beau palais mais refusant catégoriquement de recevoir les honneurs dus à son rang, soit un poste de Seigneur de l’ordre, et son humilité faisait la fierté du régiment, tout comme la sympathie qu’il suscitait à chaque instant. Ses hommes l’appréciaient, et l’admiraient, c’était même une évidence.

- Je n’ai rien contre toi, Palathiel… Il s’interrompit en plein ouvrage, comme pour signaler à son aîné qu’il n’appréciait pas d’être épié dans son intimité.

- Oh, moi non plus. Mensonge palpable. Mais j’ai appris que certains de ses favoris avaient abandonné la charge ridicule de pérégrin au profit de la milice personnelle de son frère. Tu sais Arelos… je respecte ton choix, et tu es de loin le meilleur du rang, mais ta présence fait de l’ombre aux autres. Ton sang appelle au sang, et je sais que certains ne voient pas d’un bon œil qu’un rejeton venimeux se tienne parmi nous. »

Il ne savait rien. Rien de ce que le jeune serpent avait consenti à abandonner pour suivre la voie dictée par son père, et pourtant, certains de ses mots firent mouche. Peut-être avait-il raison au fond, peut-être valait-il mieux pour lui de gagner la confiance des nobles pour ne plus être moqué sinon menacé par son entourage. Il repensa à ses professeurs sévères, et partenaires le fuyant comme la peste. Un plan sembla d’ailleurs émerger dans son esprit – et s’il approchait ledit frère Elensar, pourrait-il parler de lui à Idoménée, et lui montrer ce qu’il était devenu ? Son corps fluet avait mué avec les années d’exercice, endurci. Lui-même tenait l’épée comme l’enfant son hochet, et ne connaissait aucun rival au tir dans son unité. Il était pourtant loin du niveau des plus grands forestiers.

L’objectif de Palathiel était évident, l’éloigner des officiers pour obtenir sa promotion, comme son ascendance la lui refusait. Mais pour la première fois, il lui concéda une idée : ce n’était pas stupide.

Dès son retour, il parlerait au Capitaine.


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Helios
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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Mer 1 Aoû - 16:19

Citation :


Arelos descendit l’immense escalier du palais d’Elrundil après avoir convaincu difficilement son nouveau Seigneur, un certain Findol Daena, magistère de bonne réputation malgré ses yeux acérés comme les serres du rapace. Les rivières et cours d’eau parcouraient son domaine, frappé de nombreux navires au trident renversé – on lui connaissait ainsi un commerce florissant autant que les plus beaux étals de la capitale. Le jeune serpent ne s’était pourtant pas démonté, et l’audace de son geste joint à la recommandation du frère de l’homme tortueux avaient eu raison des réticences.

A présent il portait une armure complète d’azur écaillé, son arc favori sanglé dans le dos. Dès demain, il rejoindrait la caserne pour y recevoir sa première affectation.

Longeant le pont qui le mènerait à la ville principale, il se figea au détour de plusieurs sentiers sans savoir où se diriger. Songeant à son arrivée quelques jours plus tôt, il s’étonna de ne pas trouver de pancartes lui désignant la route à suivre, avant de tendre l’oreille. Le pincement d’une corde de harpe se mêlait au bruissement des campagnes thalassiennes, et l’attira bientôt au dehors des pavés. Il émanait forcément de quelqu’un. Et ce quelqu’un saurait l’aiguiller, lui.

Se glissant parmi la broussaille et les lianes, il le trouva après quelques deux minutes de recherche et d’écoute attentive. Les natifs de Crochesoleil n’appréciaient généralement pas la musique, un art jugé fantaisiste par des gens trop ruinés pour organiser de luxueux banquets comme cela se faisait à Lune d’Argent. Il ne se rappelait pas avoir entendu son père évoquer un instrument, pas plus qu’il n’en avait entendu avant de se rendre à sa première beuverie au lendemain des premières promotions. Son maître y avait pris part, et fait du charme à quelques-unes et uns des harpistes dépêchés pour l’occasion. Le geste, autant que son renvoi immédiat, l’avaient fait beaucoup rire. Ç’avait été une soirée magnifique, riche en vin et feux d’artifice.  

Le musicien se reposait sous un arbre, tout en muscles sauf de longs doigts paraissant glisser au dessus de l’harmonique pour entonner une symphonie dissonante. Ces ondes particulières firent même oublier au serpent ce qu’il était venu chercher.

« Une composition ? Il se surprit même à l’apprécier. D’ailleurs cet elfe aux cheveux blonds tressés retombant sur son torse quasiment découvert par la même chemise qu’il portait sous son armure attirait immanquablement le regard, loin des standards fins et élancés de la gent thalassienne.

- Je ne sais pas. Cela me vient naturellement quand je me mets à l’écouter.

- A l’écouter… ? Une musique naturelle ? D’aucuns lui prêtaient volontiers une origine artistique résultant des faits sociaux.

- Le vent pardi. C’est lui qui rend la forêt aussi belle, et qui nous permet d’entendre même le plus infime piaillement des oisillons. Qui es-tu d’ailleurs ? Un nouveau frère d’armes... Quel drôle d’énergumène, pensa Arelos, bâti solidement et pourtant aussi subtil qu’un courant d’air à l’aurore.

- Je suis Arelos, de Crochesoleil sous Séléné. Je viens d’être reçu par le jeune maître à la Tour. Il lui offrit un sourire en réponse, avant d’entamer dans une langue trop bourrue pour être le fruit du même arbre. Tout en lui transpirait l’ambivalence, même son regard tantôt perçant, tantôt rivé sur la flasque d’alcool qui ne le quittait jamais.

- Kerion. Je ne connais pas cet endroit dont tu parles, mais ça m’a déjà l’air ennuyeux. Pourtant, j’ai le sentiment que nous allons bien nous entendre, dis ? »
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Helios
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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Ven 3 Aoû - 15:41

Citation :


« Le Prince a rassemblé des survivants pour restaurer le Royaume. Je me demande si nous ne ferions pas mieux de rebrousser chemin pour le rejoindre… La Lune blanche succéderait bientôt au Soleil glissant sur les plaines grasses d’Arathi, mais l’atmosphère n’en était pas moins maussade.

- A quoi bon ? Plus rien ne m’attend là-bas. Plus personne. Peut-être serions nous plus heureux là-bas, mais j’en ai assez de ressasser les choses du passé – me suivras-tu ? Toi qui as toujours su voir au-delà des apparences.

Allongés l’un à côté de l’autre, deux forestiers attendaient que l’automne passe, appréciant avec un enthousiasme nouveau la chute saisonnière. Chacun maintenait sa tête contre un tas de mauvaises herbes et faisait part à l’autre de ses craintes, de ses doutes. Car il n’était pas aisé pour deux fugitifs, sinon miraculés, de songer au futur sereinement. D’autant que la faim se ferait bientôt sentir.
Mais il ne s’agissait pas d’un besoin primal.
Plutôt d’un mal-être commun à leur race, privée des grâces arcaniques comme du printemps.

- Je pense que nous n’avons plus le même rapport au monde, Arelos. Regarde autour de toi, les branches et feuilles nervurées. Les racines grasses de cet arbre, ne les sens-tu pas aussi vibrer ? Nous appartenons à ce monde, mais ne le dominons pas. Ce pouvoir n’est pas le tien. Il ne le sera jamais. Respecte-le, ou il se flétrira comme la fleur en hiver. C’est là notre salut.

Les deux hommes se regardèrent un instant, le plus fin, un elfe aux yeux lissés et cheveux aussi noirs que son bouc taillé à la hâte, écoutant sans grand intérêt les inepties de son camarade, gaillard aux sourcils épais contrebalançant son extrême sensibilité.
La route était encore longue jusqu’à Hurlevent, et leurs chances d’y parvenir avant de succomber à la folie auraient été quasiment nulles s’ils ne s’étaient pas soutenus mutuellement.

Pourtant, leurs joues se creusaient, et leurs yeux d’azur perdaient chaque jour en éclat.

- Tu sais quoi, Kerion ? On croirait entendre ma grand-mère. Le plus robuste des deux s’offusqua un moment, lâcha un grondement avant de pousser l’autre dans un monticule de feuilles mortes, ce qui ne manqua pas de le faire rire. Mais tu ne changes pas. Toujours aussi susceptible !

Un instant, ils s’arrêtèrent, leurs regards se mêlant dans une étreinte par trop chaleureuse pour n’être que amicale, et le philosophe improvisé se fendit d’un large et franc sourire avant de reprendre dans leur langue natale, ces quelques mots jamais oubliés.

- Bien sûr que je te suivrai, imbécile. Toi et ta langue de vipère. Même s’il fallait abandonner nos forêts sacrées pour des plaines arides. Même un désert serait plus doux avec toi. » Leurs éclats montèrent – la nuit serait longue.


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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Mar 7 Aoû - 15:13

Citation :


« Laisse-moi ici… Je te rejoindrai… ! » Les mots de Kerion lui revenaient en mémoire, écorchant son âme comme mille poignards.

Le sol rocailleux se dérobait sous ses pieds alors qu’il apercevait enfin les rangées luxuriantes de la forêt d’Elwynn. Son regard pourtant, ne distinguait aucune lumière. Il avait le sentiment d’avancer dans un long couloir parsemé de verreries fabuleuses, sans pouvoir les toucher. Il ne pouvait qu’avancer, avancer. Avancer jusqu’à la saignée. La maigreur de ses bras ne supportait plus aucun poids, et certainement pas celui de sa peau flasque – à quoi ressemblait-il ? Peut-être à ces chauves déshérités.
Il avait fait le fier en quittant Quel’thalas.
A présent il regrettait.

Aussi terrible fût son quotidien s’il avait choisi d’y rester avec d’autres réfugiés, il n’aurait pas souffert de la solitude, du déchirement dû à la perte d’un être cher.
Crochesoleil lui manquait. Les railleries de son père lui manquaient.

Ne parvenant à suivre la route à l’aveuglette, Arelos se prit dans une racine et chuta en avant dans un craquement sinistre. Sa jambe était peut-être cassée, mais il ne ressentait plus grand-chose.
Plus rien n’avait d’importance.
Alors il mourrait ici, loin des siens, loin de celui qui l’avait accompagné toutes ces années.
Une porte dont il n’arrivait plus à saisir la poignée se fermerait bientôt, mais un halo puissant envahit le tunnel, et le toucha.

« Prenez ma main. Louée soit la Lumière, ce n’est pas cassé. Quelqu’un s’était penché, et lui parlait dans sa langue natale. Un instant, il pensa que Kerion l’avait rejoint comme promis – mais le ton bonhomme du forestier n’avait rien à voir. Celui-ci était étranger, doux, lancinant. Presque trop.
Au bout de deux phrases, il en avait déjà assez.

- V-… Vous… On lui saisit le menton pour l’aider à boire. L’eau fraîche eut l’effet d’une coulée de lave dans sa gorge sèche et lui tira une grimace douloureuse. Quelques étincelles dévoilèrent ses iris éteints, mais le visage de son sauveur était encore flou. De longues mèches argentées cascadaient sur ses épaules – il pensa y reconnaître le Seigneur et maître d’Elrundil.
Honteux d’être ainsi présenté, il voulut se couvrir de la paume, mais l’homme l’en détacha et apparut enfin.

Il lui ressemblait. Mais ce n’était pas lui. Plus jeune. Plus simple.
Trois bandes blanches tombaient sous son œil gauche et sa face pâle rayonnait comme les derniers éclats du Soleil sur un paysage enneigé.

L’inconnu glissa ses mains sous les aisselles du pérégrin pour le redresser et l’aider à marcher. Son extrême mollesse eut raison des derniers instants de lucidité d’Arelos qui se laisserait bientôt tirer jusqu’au lit d’une infirmerie quelconque. Avant de sombrer dans un sommeil de plusieurs jours, il l’entendit néanmoins se présenter.

- Je suis Etheran. Et je connais un endroit où on s’occupera de vous. » Il avait le nom du ciel et de la mer.


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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Ven 10 Aoû - 13:08

Citation :


Les rayons du Soleil se reflétaient sur les chutes et cimes verdoyantes du domaine, se décomposant en un faisceau lumineux irisé par les puissantes effluves produites par l’unique puits d’énergie local.

Les archers de Rauros s’étaient enfin alignés devant le manoir de fort-Maelon, sous l’œil inquisiteur de leur Seigneur et de ses conseillers. Findol d’Elrundil et Sounion, Sinthael l'administrateur et le Capitaine Thalon avaient convoqué une faction complète de l’ordre pour une mission de la plus haute importance, a priori, certainement en rapport avec les dernières attaques de la Légion sur le Royaume. Le magistère tendit ses mains couvertes de bagues et chevalières avant de prendre la parole.

« Forestiers, si je vous ai faits venir ici, c’est parce que j’ai besoin de votre force… Azeroth est en péril. Chaque jour, des honnêtes gens meurent pour défendre nos terres, protéger leurs frères des incursions démoniaques… Son discours résonnait fort dans les cœurs, mais Arelos, peu friand des larmoiements, attendait seulement les ordres. Alors leur officier enchaîna dans un phrasé plus véhément.

- Sous les ordres de Monsieur et d’autres mercenaires, nous allons rejoindre une unité d’élite, et nous rendre sur les îles brisées où se trouvent les principaux bastions de la Légion. Des chuchotements montèrent vite, irritant les oreilles les plus sensibles. Était-ce raisonnable de mobiliser des miliciens sans expérience pour combattre les démons ? Arelos n’en était pas convaincu, pis-encore, il restait persuadé qu’une bonne partie d’entre-eux ne tiendraient même pas face à des gnolls un peu plus gros que la moyenne.

La seule véritable menace planant sur le domaine, avec les bandits.

- Je sais très bien à quoi vous pensez. Mais nous avons sélectionné les meilleurs forestiers de Rauros. Sans doute n’êtes-vous pas tous des tireurs hors pair, mais s’il suffisait d’avoir les compétences et la puissance pour l’emporter, alors nous n’aurions jamais cédé face au Fléau. Vous êtes braves, et c’est pour cela que nous vous avons choisis ! » Il leva le poing, et la plupart des archers suivirent tandis que d’autres, comme le Serpent, demeurèrent interdits. Bien sûr, ils n’auraient jamais discuté les ordres, et comptait bien se mêler à l’expédition. Mais la hargne n’y était pas.

Arelos songea à ces longs mois d’errance passés avec Kerion. Qu’aurait-il pensé de tout cela ? Sans doute serait-il arrivé en retard, son arc en main et l’autre agitée pour saluer l’assemblée avec une mine d'ahuri, l’air de dire : « Ne partez pas sans moi ! » Cette pensée lui tira un sourire amer. Il n’était pas du genre à s’encombrer de questions inutiles, préférant prendre les choses avec légèreté, comme elles venaient.

Lui saurait bien s’adapter, comme il l’avait toujours fait.
Opération glaive-brisé, tout de même. Le nom en jetait.
Les démons n’étaient peut-être pas si terribles au fond.
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MessageSujet: Re: Echos d'un Serpent   Sam 11 Aoû - 13:42

Citation :


Une nymphe à la robe crépusculaire agitait ses courbes avantageuses sur la route menant au premier bosquet de Rauros. Des allées de chênes s’y découpaient, alignés comme un tribunal silencieux dont les discrets mouvements suscitaient l’admiration autant que la peur ; mais pas à cette délicieuse créature. Arrêtée à la croisée par un archer en faction, elle abandonna sa figure impériale au profit d’un large sourire. Celui d’une enfant retrouvant les siens après de longues années d’errance.

« Oh, mais qui voilà ! Mon cher petit frère, Arelos, tu n’as pas changé. Les cheveux roux de l’elfe du vide tiraient vers le pourpre à présent, aussi déteints que sa peau de pêche aujourd’hui blanche comme une porcelaine trop ancienne, quoiqu’elle tentât vainement de l’embellir par le maquillage. Aussi belle fût-elle à une époque, le forestier n’avait pourtant jamais aimé cette femme, une vipère en habits de soie disait-on.

- Aspée… si je m’attendais à ça. Toi, tu es méconnaissable, et cette voix... Quel mauvais vent t’amène à la forêt d’Elwynn ? Il adoptait un ton volontairement cynique, cassant, sachant pertinemment qu’il en faudrait plus pour ébranler l’amour propre de son interlocutrice, l’aînée des enfants d’Idoménée connue pour ses ambitions démesurées.

- Je vis à Hurlevent à présent, et comment pourrais-je m’installer sans en profiter pour saluer mon petit frère préféré ? J’avais entendu dire que tu travaillais encore pour ces Elensar. Ce n’est pas trop épuisant j’espère ? Tandis que sa cape découpée en d’épais rubans dorés s’agitait comme un étendard, elle referma son éventail, feignant l’indifférence.

- Pourtant. Je n’ai rien à dire à une vieille peau qui a tellement honte d’appartenir à notre famille qu’elle refuse d’en porter le nom. Il la prenait au corps. La bougresse avait bel et bien épousé un riche bourgeois en fin de vie pour lui emprunter son identité : Aubepâle.

- Quelle sévérité. C’en est bouleversant. Oui. De tous nos frères, c’est certainement toi qui ressemble le plus à notre père. Tu as ses yeux, son nez. Son caractère. Tu n’imagines pas à quel point ton départ l’a détruit. Comme d’habitude, la moindre parole sortie de ses lèvres bien trop rouges avait le même goût que le venin du serpent, acide, insidieux. Arelos pensait l’ébranler en pointant son âge avancé, mais elle n’en avait rien laissé paraître.

Il explosa.

- Je n’ai rien à voir avec lui ! Cela, il me l’a bien fait comprendre en rayant mon nom de tous les dossiers. Va-t-en à présent, tu n’es pas la bienvenue ici. Dépliant son éventail, elle s’en couvrit le visage en adressant au cadet un de ces regards énigmatiques dont elle avait le secret, jadis. Son pouvoir hypnotique n’avait pas décru avec le temps.

- Sache Arelos que je suis la bienvenue partout en ce monde. Car j’obtiens tout ce que je désire. Et je sais que nous nous retrouverons un jour ou l’autre. » Éclatant d’un rire désincarné, elle tourna les talons, son ombre dessinant au sol des volutes éthérées.
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