Rétribution

Guilde RP sur Kirin Tor - World of Warcraft
 
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 Effondrement

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Findol
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MessageSujet: Effondrement   Dim 29 Mai - 16:27

Premier mouvement - Vécu de Citerio



Je sifflotais dans ma cabane perchée quand c'est arrivé. Les gens de  la capitale faisaient sonner les cloches et j'entendais déjà les foules s'agiter à des lieues à la ronde. Il faut dire que le retour du prince héritier n'était pas un événement anodin, tous jetaient des fleurs à son approche, voyaient en son retour la fin des tourments, notamment suite au désastre de Stratholme et des bourgs voisins.
Sans doute devais-je porter un ensemble d'étoffe brune et mon couvre-chef à plume d'oie favori en contemplant les environs du vicomté recouvert d'un manteau sylvestre.

Quoi qu'il en soit, j'ai entendu le petit Kujea hurler.






L'homme approchait à grands pas du domaine, hurlait en agitant les bras, les bottes encrassées et les yeux injectés de sang.
- Les relevés sont là, partout, le Prince n'est plus : fuyez tous avant qu'il ne soit trop tard !

Ces mots prononcés, il s'écroula face contre terre, dévoilant aux domestiques attirés par les cris, de même qu'au jeune maître sorti jouer, le dos lacéré et la chair à vif du pauvre bougre.
Le garçon, excité à l'idée d'assister au retour du prince et surtout embêté par le refus de son père qui ne pouvait mener l'escorte était sorti en trombe de la salle à manger.
Mais en cet instant, il ne voyait que le corps inanimé d'un criard, un civil dont il ignorait jusqu'au nom.
Puis les images défilèrent sous ses yeux, une vie brisée, les ténèbres sans nom. Elle jaillit des fourrées, griffes et crocs sortis pour ôter celle de la cuisinière.
Et enfin, le cri d'effroi survint, suivi d'un coup de feu. Le premier homme de main du Vicomte avait abattu la goule et déjà, la famille dans son ensemble sortait du domaine pour faire face à la réalité. Des hordes de zombies s'attaquaient aux bâtisses d'autres résidents, certains fidèles à leur maison depuis des générations.

- Hadrian, préparez les chevaux. Elizabeth, prends Milena avec toi et rejoignez le haras.
La jeune fille se tenait en retrait, accrochée aux habits de sa mère qui en dépit de la gravité des événements demeurait digne, fidèle à sa condition. Toutes deux quittèrent la cour pour préparer leurs affaires et, donc, leur départ imminent tandis que le Vicomte, son fils et son majordome partaient préparer, et surtout charger la calèche.
Les soldats tenaient pour l'heure en respect les relevés qui ne cessaient pourtant de se multiplier, de gagner du terrain.

Elles traversèrent le hall d'entrée, franchirent une à une les marches du grand escalier, poussant d'un geste la porte de la chambre de la femme en devenir – Milena refusait de partir sans sa poupée et sa mère n'osait le lui refuser. Hélas, chacune n'était pas en mesure d'emporter jouets et garde-robe et l'odeur de charogne envahit bientôt leurs narines à l'approche du rampant.
Elizabeth fit signe à sa fille de profiter du couvert du lit à baldaquin, se tenait droite face à la porte, relevant ses jupons pour se préparer à recevoir la bête, munie d'un lame courte préalablement empruntée à une armure entreposée dans le couloir.
Mais c'était sans compter sur la vélocité de la créature qui, non contente de profaner la beauté naturelle, les boucles blondes de la vicomtesse, ficha ses dents gâtées dans son flanc droit, perçant la robe de soie qu'elle ne portait que pour les grandes occasions, le tout sous le regard figé de Milena qui assistait, impuissante, à cette lente et douloureuse agonie.






Les chevaux prêts à partir, le cocher tâchait de contenir son effroi alors que son maître attendait encore le retour des deux femmes de sa vie.

- Père, et monsieur Citerio ?
Il agita la main en guise de réponse, s'il égayait les journées de certains hôtes, le sort du barde lui était complètement égal et seule importait pour l'heure la survie des siens. Mais Renalt blêmit en voyant poindre à l'horizon une horde de macchabées, certains mordillant encore les restes de sa garde personnelle. Une peur indicible naquit en lui, effaçant jusqu'aux souvenirs de sa propre famille au profit de l'instinct de survie.
Et la calèche s'engagea sur la route pavée sous le regard médusé des rares fuyards.






L'espace d'un instant, j'ai cru écarter la porte de ses gonds, bien que l'urgence me tienne à l'abri du moindre mal provoqué par mon entrée fracassante. Une tête de geist roulait à mes pieds, tranchée net par la lame d'apparat arrachée à la cheminée, et dame Elizabeth baignait dans son sang. J'avais accouru au premier cri, bondit sur les graviers jusqu'au manoir, abandonnant luth, violon et flûtes. Trop tard.
Je me pliais en deux, saisissant une main tremblante, les lèvres fébriles, le regard vitreux.
De ses pommettes creusées à sa chevelure encrassée, rougie par l'écoulement, la belle vicomtesse avait perdu de sa superbe.
Pour autant, je ne voyais pas en elle un mort en sursis. La femme que j'avais aimée au premier jour, alors qu'elle caressait la vingtaine, aperçue de loin, sa douceur angélique dominant le carrosse en partance. La belle étant déjà promise, je m'étais jusqu'alors contenté de ses amitiés. Mais ses mots résonnèrent à mes oreilles comme un coup de poignard.

- Mon bon Citerio, toi qui m'as toujours suivie, égayée. Prends ma vie désormais, car je souffre. Et ma fille aussi, elle est si fragile, guide la jusqu'aux écuries.

Un sifflement, à peine audible pour l'elfe que je suis, inexistant pour la jeune fille qui se tenait, tapie sous le lit en bois de merisier. Je sentais sa prise sur le pommeau du sabre s'affirmer, guider mon poignet à son cœur. Pourquoi me demandait-elle l'impossible ? Je l'avais connue si jeune, l'avais admirée, vénérée plus que de raison.

- Dame Elizabeth, je n-..
Elle avait posé un doigt sur mes lèvres, si froid, si faible.
Le temps était comme figé, et le barde n'entendait plus qu'un battement irrégulier, ne voyait plus que son regard opale, son teint laiteux.

Je n'avais pas la force de la retenir, pas même de lui répondre, faire étalage de mes sentiments, je n'étais qu'un pantin sans âme. Partagé entre amour et pitié, j'ai attendu, contemplé; mis fin à ses jours sans imaginer que la petite Milena se redresserait en hurlant, sortirait de la chambre, les larmes aux yeux en parallèle du dernier soupir d'Elizabeth.

Le temps que la nouvelle me parvienne, réveille un soupçon de lucidité, la pauvre n'était déjà plus en vue.
D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai pas pleuré ce jour là. Je l'ai portée, déposée sur le lit avec douceur. J'ai appelé sa fille, en vain. Puis j'ai fermé la porte, quitté le domaine pour n'y jamais retourner. Les chevaux étant déjà partis, j'espérais naïvement qu'elle les ait trouvés à temps.

J'avais trahi mes engagements.  


Dernière édition par Findol le Ven 3 Juin - 15:20, édité 2 fois
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Findol
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MessageSujet: Re: Effondrement   Mer 1 Juin - 17:48

Second mouvement - Chute du domaine


Le jour où c'est arrivé, j'annotais et classais les dossiers et rapports des dernières excursions, renvoyais les missives aux arcanistes de la section de recherche et étude des artefacts dont j'étais l'un des plus éminents représentants. Ma fierté.
Au départ, tous accueillirent la nouvelle comme une farce : les antiques portes du Royaume enfoncées par une horde de morts-vivants décérébrés, les forestiers massacrés par ces derniers. Si nombre d'entre-nous avait eu vent des incidents survenus plus tôt en Lordaeron, le couvert des scellés nous avait longtemps maintenus à l'écart du danger, du moins si l'on escomptait les ressortissants trolls, orcs plus récemment.

Les premiers doutes passés, il y eut un mouvement de foule et, des cris de panique retentirent, autant de hurlements désespérés en phase avec le glas fléautique, qui ne tardèrent pas à s'étendre à mon domaine, la vallée d'Elrundil où s'écoulait un affluent de l'Elrendar dont elle tenait son nom. Nul ne s'y était préparé car à leur sillage, l'herbe se flétrissait, la terre se craquelait, toute vie s'en écartait même.
Le mur d'enceinte; balayé comme un fétu de paille.
Les soldats; soufflés comme un château de cartes.
Les domestiques et autres résidents allaient et venaient, s'enfonçaient dans les bois pour fuir la vague mortifère.
Le travail d'une vie; foulé du pied.
Lorsqu'ils parvinrent enfin au seuil de la tour ailée, un mur invisible les retint, bien que rendu négligeable par l'afflux cataclysmique de geists et abominations. Je tentai vainement d'en défaire, carbonisant, congelant même certains de ces relevés depuis le haut point, une fragrance nauséabonde de chair décomposée me chatouillant les narines. L'arcane dansait à mes côtés sans exprimer son plein potentiel.
Appuyé sur le garde-corps, je ne pouvais finalement qu'assister à la ruine d'un peuple.

Mais comme par miracle, une volée de flèche s'abattit sur la masse. L'arrivée d'une escouade de forestiers menée par mon jeune frère me permettant de stopper net l'avancée des macchabées. Ce faisant, ils les contournèrent, bondirent de concert pour se placer derrière le champ protecteur et ne tardèrent pas à me rejoindre.
Je n'oublierai jamais son expression du moment : une mine rougie par les sang et les larmes, un regard perdu dans un gouffre dont j'étais bien à même de concevoir la profondeur. Lui savait ce qui nous attendait.

- Tu dois fuir, Daena, je les sens venir, toujours plus nombreux.

Comprenant qu'il m'était impossible de tenir une heure encore, j'incantais à la hâte, invoquais l'arche mystique si connue des mages et l'enjoignais à me suivre. Mais à peine avais-je prononcé le dernier mot de pouvoir que les horreurs revenaient à la charge, les traits fusaient comme les rayons de l'astre aimé.

- Ces hommes sont à mon service, les abandonner jetterait l'opprobre sur l'ordre des forestiers,  je ne peux m'y résoudre.

Il m'adressa cet éternel sourire désolé, comme s'il refusait de se prêter à un quelconque jeu, avant de tourner les talons, retourner au combat, tirer résolument la corde de son arc long.
Que faire ? Lui prêter main forte et périr à ses côtés ? Si j'avais usé d'un sortilège pour le contraindre ce jour là, sans doute serait-il vivant à l'heure où je vous parle.
Non, j'incantais de plus belle pour le soutenir, mes projectiles incandescents soufflant des hordes entières, perçant les cimes dorées de la forêt enchantée, quoi que soudainement neutralisés par un singulier halo pourpre.

Un cavalier runique muni d'un casque à visière s'était avancé, s'amusait à relever ma garde personnelle, non sans moquer mon impuissance face à son étrange formation alors qu'il continuait à diriger les troupes, grignotait petit à petit mon bouclier pour enfin atteindre le pas. La seule vision de son armure luisante maculée du sang de ses nombreuses victimes suffit à me donner un haut-le-cœur.
A nouveau, je tirai Pairo en arrière. Il pivota pour me soutenir du regard, secoua la tête et, enfin, me repoussa sèchement jusqu'au portail, me laissant entrevoir l'effondrement d'un monde que je m'efforçais à restaurer.

- Puisse le Soleil éternel briller sur notre famille.

Ce furent là ses derniers mots, en tant que vivant tout du moins. J'avais une fois de plus agi lâchement pour mon propre intérêt, non pas celui d'un royaume sur le déclin que ma condition de magistère m'enjoignait à défendre.
C'est ainsi que je perdis mon titre, mes terres et ma dignité, bien que mon combat ne s'y limite pas. J'ai peu à peu perdu la foi, abandonné mes rêves grandissants.  

Je peinai à réaliser que nous n'étions plus.
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