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 Annales de la compagnie, volume V : Livre de l'Île Maudite

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Arliden
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MessageSujet: Annales de la compagnie, volume V : Livre de l'Île Maudite   Ven 23 Sep - 12:30

Tonnerre

Hurlements, ténèbres, chaos.
Tempête.

Comme un roulement de tambour dans le lointain, le grain s'était formé, avait gonflé jusqu'à occulter le ciel, tout en figures spiralées de nuages noirs, alourdis de pluie, tendus d'électricité.
La foudre s'était abattue en arcs, en longs piliers de lumière brûlante, sculptant les volumes de cette obscurité accouchée du ciel.

La mer se creusa, se souleva. S'abaissa d'une expiration, remonta pour souffler sa colère. Sa bestiale immensité se déployait autour de nous, par larges pans d'eau verticale qui dansaient une ronde brusque, sauvage, désordonnée; les éclairs les rendaient translucides, révélant leurs zébrures d'écume noire brassée.
Le rugissement des vagues s'abattant sur le pont comme de titanesques poings était infernal. La mer frappait avec une violence inouïe, et plusieurs matelots pourtant habitués furent emportés.

Le sel me rongeait d'une douleur lancinante alors que je m'accrochais avec les autres au mât central. Les ordres du Capitaine nous parvenaient par bribes, entrecoupés par le fracas du tonnerre, comme les éclats d'un vitrail brisé.
Les plus courageux partirent aider l'équipage dans les voiles; là où la houle accentuait le plus le démentiel balancier imposé au navire.

La pluie incessante que les sautes de vent projetaient dans nos yeux achevait de brouiller la visibilité, aidant les vagues à rendre traîtreusement glissant le bois que nous foulions. Cela faisait longtemps que nos uniformes et nos capes ne nous tenaient plus au sec. Les moins assurés s'étaient attachés où ils le pouvaient; il aurait été impossible de retrouver quiconque, tant mer et ciel ne semblait former plus qu'un, l'un et l'autre d'eau et d'air entremêlés, secoués de rafales.
Puis...

Puis un cri est tombé du ciel.
Car aux ombres du ciel venait de s'ajouter celle des profondeurs. Une ombre immense, infinie, silencieuse, dont l'orage suggérait la forme lorsque les vagues la portaient à notre hauteur, par transparence...
La plus formidable des créatures qui rôdaient parmi les profondeurs, une bête tout droit issue d'un cauchemar, digne de figurer parmi les plus terrifiants contes.
Le kraken nous a heurtés d'un terrible coup qui a ébranlé toute la coque.
Comment lutter contre un tel être ? J'entendais les hommes hurler, chercher des harpons, mais j'étais paralysé. Je restais agrippé au mât, vagues après vagues. J'ai vu l'une d'elle assommer Lou Ejido, qui n'avait pu se mettre à l'abri; j'ai vu les canons et les caisses que nous n'avions pas eu le temps de fixer passer par dessus bord.

L'Adjudant a surgi d'entre deux rideaux de pluie alors que nous cherchions du regard le Léviathan; ordre était donné à tout ceux qui ne pouvaient aider aux cordages de se mettre à l'abri à l'intérieur. Nous y descendîmes Ejido, qui rejoignit dans l'infirmerie de fortune Nova et Chloé, aux visages blêmes dans la lumière jaune des lanternes.
Les mages nous maintenaient dans une bulle qui étouffaient la plupart des sons. La houle et les passages du kraken continuaient de nous jeter à terre.

«Des nagas ! Aux armes !»

Le cri résonnait à nos oreilles alors que nous nous entre-regardions, Eldared, Nikolaus, Revan...
Un bref répit pour nous, qui nous rendaient fous d'anxiété. De courte durée.

«Les brèches ! Colmatez les brèches !»

Le Capitaine nous envoya en essaim; les mages bloquaient l'eau qui cherchait à suinter dans la cale par les larges ouvertures qu'avait ménagées la bête, mais ils ne pouvaient tenir longtemps tant la pression de la mer était énorme.
L'agitation envahit l'habitacle alors que des chaînes se formaient pour écoper les fuites, bien inutilement.
Je me retranchai pour ma part dans l'infirmerie, remettant d’aplomb la jambe brisée de Lou; le roulis rendait l'exercice particulièrement difficile.
Je me tournai vers Chloé, bourse de simples en main, quand un coup terrible fractura définitivement la coque. La mer victorieuse s'engouffra dans l'ouverture et nous envoya bouler.
Ordres et cris se turent.
Toute lumière s'éteignit.
Et toute conscience fut soufflée.
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Arliden
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume V : Livre de l'Île Maudite   Ven 23 Sep - 12:44

La première chose dont je pris conscience fut la douleur.
Je sentais la part inférieure de mon corps flotter dans le ressac, je sentais une lumière grise et sans éclat tomber sur mes paupières closes.
Je me sentais sec, brûlé jusqu'au plus profond des entrailles.
Le sable se creusait sous moi alors que l'eau le rongeait consciencieusement.
Un intense sifflement me vrilla le crâne, jusqu'à ce qu'il décroisse, bourdonnement puis chuintement. Régulier et répétitif.
Bientôt troublé par des voix floues, distantes; à mesure que la conscience me revenait elles devinrent reconnaissables.

J'ouvris les yeux sur un ciel gris, à l'allure menaçante. Tant mieux. La pluie laverait le sel.
Je redressai ma tête lourde alors que l'on s'inquiétait de mon état; je constatai que je m'en tirai remarquablement bien, si l'on exceptait le végétal à l'agonie en moi.

Nous étions échoués sur une longue grève d'un sable aussi grisonnant que le ciel au-dessus de nous, hérissée de débris couverts d'algues, que la tempête avait fini par rejeter.
L'ombre de la carcasse du navire nous dominait, éventrée.
A son pied se rassemblait déjà une poignée de survivants dépenaillés.
Nous avions dû nous débarrasser de beaucoup de choses pour éviter la noyade; dans la confusion, nous avions défait nos uniformes, lâché armes et boucliers, abandonné nos sacs à la mer, comme tribut de substitution à nos vies.
J'avais ainsi perdu la majeure partie de mes réserves de simples; mes fioles fracassées avaient été les premières emportées par les vagues. En fait, j'avais sacrifié l'essentiel de mes possessions afin de sauver mon bien le plus important : Oscailt. Mon bâton.
Je m'appuyai trivialement sur lui alors que nous cherchions nos frères recrachés sur la plage par la marée. C'est en remettant Konsky sur pied que j'ai pris conscience de mon environnement immédiat.

Car c'était une forêt qui nous surplombait, coiffant la plage; une forêt sombre, aux arbres tordus, une forêt menaçante qui n'appréciait pas notre présence, mais une forêt quand même.

Sylvess ramena Eldared; le visage du gnome semblait étrange, ainsi privé de ses lunettes qu'il n'ôtait d'ordinaire jamais. L'Adjudant acheva de former de le groupe et recentra notre attention.
Nous étions en mauvaise posture.
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