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Guilde RP sur Kirin Tor - World of Warcraft
 
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 Chemins de traverse

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Arliden
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MessageSujet: Chemins de traverse   Ven 4 Nov - 14:25

C’était beau. Magnifique, même. Je me serais volontiers laissé aller là à la contemplation. A l’aplomb de mon crâne, le ciel est barré des branches entrecroisées, noires dans le contrejour; les minces rais de lumière qui filtrent capturent la poussière et les pollens comme de minuscules vaisseaux dorés remontant le courant impalpable d’un calme fleuve, baissant le regard vers l’obscurité touffue du sous-bois… Oui, j’aurais pu demeurer là à les regarder voguer, paisible, languide.

De lourds parfums embrument l’air, entêtants, leurs fragrances envoûtantes saturant chaque bouffée d’une brise que les denses fourrés étouffent. Les flairer ainsi me fait vaciller, la tête lourde, vaguement nauséeux. Les vapeurs brumeuses qui sinuent dans la pénombre sont délétères...


«Vous savez ce dont il s’agit ?»

Les abords de la plaie d’un noir bleuté, la peau comme épaissie …

«Oui.»


C’était une forêt, bien sûr, une forêt immense, aux arbres colossaux; leurs troncs si hauts qu’ils semblent les piliers oubliés d’une monumentale cathédrale. Les frondaisons aussi élevées que les nues retiennent des nuages clairs d’humidité, dont les stries laissent des gouttes sur l’écorce et les feuilles comme on sème des diamants, ou comme s’allument les étoiles lorsque la nuit tombe.
Les énormes racines qui déchirent la terre adoptent toutes sortes de formes fantastiques et forment pour mon errance les arches tordues d’un cloître végétal.
Quelques échos dans le lointain se réverbèrent jusqu’à moi. Les sons -les voix- laissent des brisures dans la fragile réalité. Je Rêve.

Allongé dans l’herbe drue, les graminées m’effleurent le visage comme la caresse d’une amante. Je ne veux pas ouvrir mes yeux clos alors qu’ils voient tant.
On ne sait jamais ce que l’on peut trouver ici.

Il y a des visages dans la pierre.

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Le loup, en moi, est cette force fluante qui bondit déjà vers sa liberté.


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Arliden
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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Jeu 24 Nov - 17:07

Il y a des visages dans la pierre.


«Oui, j’ai déjà vu ça quelques fois.»


Il a posé sur moi un regard lourd de sens. Sa grande face se plissait par les brumes du souvenir, et j’avais du mal à supporter sa vue.

Maintenant que tous étaient sortis, la nef de la chapelle silencieuse avait quelque chose d’oppressant, noyée dans une semi-pénombre poussiéreuse. Les effluves lourds de l’encens flottaient encore dans l’air, entêtants.

Je gardais le visage de biais alors qu’il cherchait à accrocher mon regard.

«Vous savez ce qu’il faut faire.»


Je gardais les yeux obstinément baissés. Où étaient-ils tous, alors ? Loin. Ils n’avaient pas été là, me laissant seul. Concours de circonstances que, malgré tout, je n’ai jamais regretté.

«Reprenez-vous, pour l’amour de la Lumière ! Vous êtes le seul à pouvoir agir. Vous devez prendre vos responsabilités et cesser une bonne fois pour toutes d’être cet enfant gâté et insouciant. Votre père vous a toujours préservé, mais il ne sera pas toujours là et vous lui succéderez un jour.»

Elle avait le regard levé vers moi mais ne me voyait pas. Elle n’entendait pas plus les reproches exaspérés que m’adressait l’autre. Sa jeunesse se lisait dans la rondeur de ses traits. Ses yeux étaient noyés de fièvre et cette chose qui se débattait inlassablement derrière son esprit pour obtenir la liberté. Quelques instants encore, tout au plus.


Je sentais sa fureur. Je sentais aussi, inconsciemment, que l’homme en face de moi n’était pas en droit de m’invectiver de la sorte, quel que fût mon apathie. Je sentais la colère. L'exaspération. La frustration.


Si l’on pouvait revenir sur ses souvenirs, il en est certains que je m’empresserais d’effacer, de remodeler, de tresser de nouveau; des erreurs à corriger, des décisions à prendre, des chemins à emprunter. Il en est d’autres, pourtant, si noirs soient-ils, que je me refuserais à toucher, dussent-ils me tourmenter pour le restant de mes jours, car ils sont à ce point fondateurs de ce que je suis, comme un cri déclenchant une avalanche.

Celui-ci en était un. Allongé là dans l’herbe trop drue, je revois l’éclat du sang, celui plus froid de l’acier, et la vie en fils dorés qui s’enfuit du corps de l’homme effondré dans la chapelle.
Et dans la douceur de velours de notre dame de la nuit, la silhouette voûtée d’une worgen échappée.

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Arliden
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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Ven 30 Déc - 12:39

En ces lieux, le temps fluctue d’une façon déroutante. Il enfle ou se réduit, boucle, spirale parfois, et vous montre des choses que vous ne voulez pas forcément voir. Le présent. Le passé. L’avenir. Le Rêve a toujours été au-delà des limites des lois de la physique, dit-on.
Cette clairière en était sans aucun doute un exemple. Parmi les arbres immenses de verticalité, sous le couvert sombre des frondaisons, la flore éclatait dans toute sa délirante profusion, adoptant des formes inouïes, des couleurs éblouissantes, des parfums incroyables, tantôt plus sucrés que des fruits, ou plus capiteux que la toilette d’une noble. Tout y passait, des fleurs en grappes, en corolles, en gerbes; des feuilles de toutes les tailles, toutes les formes, toutes les textures, lisses, veinées, duveteuses… Tout cela organisé dans un chaos savant, un fouillis inextricable où, pourtant, aucune plante n’empiétait sur une autre.

Cela n’était pas sans me rappeler une autre forêt. Une forêt primitive, sauvage, une jungle même, issue d’un autre monde. Gorgrond.
J’avais répondu à l’appel du Kirin Tor, bien sûr, quand il avait fallu explorer ces terres étranges, découvrir les mystères de cette flore qui ne se laissait pas faire, cette flore … dotée d’une conscience. Quoi de plus fascinant ?

Ici, la terre meuble était doucement bosselée de monts arrondis, lissés par l’érosion, ponctués de quelques mesas plus élevés; elle se grumelait de bassins et d’étangs que l’on devinait dans les creux du terrain. Les arbres se couvraient de feuilles énormes, et dans l’ombre, on saisissait du coin de l’oeil les mouvements sporadiques qui agitaient lianes et fougères.

Le soir, autour des feux arcaniques crépitants, les mages racontaient l’histoire de créatures immenses, à la chair végétale, des êtres primordiaux aussi anciens que cette terre; ils racontaient l’histoire de bassins fantastiques d’où jaillissait la lumière même du jour, qui appelait toute chose à pousser et croître. Certains ne racontaient rien, car ils ne revenaient pas; et le visage de leurs confrères se plissait alors d’une inquiétude extrême. On parlait d’une herbe démesurée qui dévorait corps et âme quiconque s’y aventurait. On parlait de spores qui vous embrumaient l’esprit jusqu’à ce que vous perdiez toute raison.

Le soir, les arbres partageaient leurs rêves, et je ne parvenais pas à les saisir.

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Arliden
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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Jeu 19 Jan - 19:52

Nous sommes partis au matin, alors que le jour naissant tombait en minces rais jaunes à travers la jungle, dessinant une dentelle de motifs dansants qui jouaient admirablement sur les feuillages. Les deux mages qui me servaient d’escorte progressaient devant moi, prudents, leur regard perçant dardant dans toutes les directions, tandis que je m’efforçais d’avoir l’air de savoir ce que je faisais, cueillant, grattant l’écorce, les graines, goûtant parfois.
Je scrutais la gueule poisseuse d’une dionée quand le silence a changé, a adopté une texture différente, plus lourde, menaçante. Je me suis redressé comme un cerf aux abois; autour de moi, la forêt semblait retenir son souffle, en attente. Toute perception semblait aiguisée, comme lorsque l’instinct de survie, par la peur, décide de se manifester.
La brise elle-même s’était tue, et plus une feuille ne bruissait. Plus un insecte ne vrombissait dans l’air.

Un regard, les mages autour de moi sont raides d’appréhension. Eux aussi pressentent que quelque chose va se produire. Les cristaux de leurs bâtons luisent d’un éclat froid dans la timide lumière découpée par les frondaisons.

L’un d’eux essaie de murmurer quelque chose, mais ses paroles s’étouffent bien vite.
Il y a une ombre massive qui se profile, qui glisse à travers les troncs sans bousculer un seul buisson, une seule liane, une ombre qui serait restée inaperçue si elle n’avait pas bougé…

Un mouvement de recul, instinctif; l’animal en nous nous hurle de fuir. La créature se fige.
Et dans l’ombre s’allument deux yeux d’or.
La silhouette s’oriente vers nous, esquissant les formes immenses d’un corps quadrupède, la ligne effilée d’un bras tendu. Et des êtres plus fins, tout aussi inhumains s’en détachent pour filer vers nous, agitant les hautes herbes dans leur sillage.

Je sens la Bête pousser dans mon esprit. Mais la peur est plus puissante, plus prégnante, tyrannique. Je fais volte-face et file vers un sous-bois dense dans lequel cette chose monstrueuse ne pourra pas me suivre.

Et je cours. Impossible pour moi de me retourner, de venir en aide aux deux mages. La peur m’étreint et m’enserre. La peur fait battre mon coeur à éclater.

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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Ven 3 Fév - 10:37

Je cours.
Mes pas martèlent la terre meuble comme autant de tambours infernaux, et mon souffle,
déjà rauque, déjà court, n’est qu’un mince flux sans substance. La fatigue serpente le long de mes membres en une longue langue brûlante.

Je cours.

La jungle s’est réveillée, la jungle est vorace, et dans la floralie les frondaisons forment une cage qui m’empêche de prendre le ciel - les étangs sont des bourbiers - chaque tige essaie de cingler et saisir - chaque fougère déployée cache un piège - et l’air se brouille, se brouille, impossible de ne pas respirer


Je cours.
Autour de moi la forêt est comme frappée de démence, atteinte d’une frénésie sauvage dérangeante que je lis dans chaque tige hérissée d’épines, dans chaque graine pourvue de barbes qui s’accroche à moi, dans la gueule ouverte de chaque népenthès; chaque plante était râpeuse, urticante, collante - effleurer la corolle d’une fleur provoquait des brûlures, et chaque couleur indécemment éclatante prévenait d’un danger.

Je cours.
Sous mes pieds sinuent des racines, à fleur de terre, et je ne parviens qu’à garder une légère avance sur elles. Je ne suis qu’un sorcier seul; il y a face à moi l’unité brutale et entière d’un écosystème où chaque brindille a un rôle à jouer. Par bribes, je perçois cette conscience collective latente, à demi en sommeil, je ressens le soleil sur chaque feuille, chaque fleur en bourgeon, la caresse de l’eau sur les racines; je pressens cette mécanique infiniment complexe et réglée, où chaque branche s’incline de façon à ne pas se mettre en travers du vent, je pressens l’endroit où les graines tomberont, lesquelles vont pousser - dans la jungle, c’est une course sans merci pour la lumière, pour avoir sa part de terre où faire croître ses racines, pour sinuer hors de l’ombre des plus grands; la floralie est un jardin fou où chaque brin d’herbe sait où, quand et comment pousser -


Je vois pulser dans chaque tronc, chaque tige ces nervures écarlates, comme les veines ignobles d’une chair malade; je vois la pâleur moite, obscène, de ces choses hybrides, déjà plus végétales, pas encore de sang, les formes découplées et distordues qui vomissent des brumes noires…

C’est déjà trop tard.
J’ai pris une grande bouffée; mon corps tangue comme ivre et manque de s’effondrer à chaque pas. Ils sont déjà en moi. Je ne parviens par la grâce de mes pouvoirs qu'à garder une demi-seconde d’avance - mais ils sont là, les spores poisseuses, les spores écarlates, déjà à faire muer -

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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Mar 28 Fév - 11:33

Un pas, et le bosquet est déjà loin.
Les distances comme le temps ne sont, dans le Rêve, que des notions relatives et discutables; et il en va de même pour le Cauchemar malgré ses tendances chaotiques.

Je ne peux regarder autour de moi la forêt dévorante sans y voir se superposer mille visions d’un passé brouillé, d’un avenir par bribes que je ne parviens pas à discerner sur la toile de fond des branches à la chair obscène.

Ici, les troncs sont plus hauts, droits, effilés; ils s’élancent vers un ciel rouge d’une nuit infinie, et sont les piliers d’un silence qui rendrait dérangeants les battements effrénés de mon coeur ou ma respiration encore lourde de la course; je m’arrête.

Une odeur âcre, un parfum de fumée noire. Je suis étendu à terre, à bout de souffle, à bout d’espoir, à bout de terreur.
Je les sens grouiller en moi.
Mais ici l’air n’est pas saturé de spores; il est lourd de fumée. La lumière du jour en est étouffée et dans cette semi-pénombre, c’est l’orange vorace du feu qui tranche nettement.
Il y a au sol des carcasses qui se recroquevillent en se consumant doucement.
Il y a l’ombre de silhouettes humanoïdes… ce sont des Réprouvés. Fallait-il donc que je tombe de Charybde en Scylla ?


D’autres visions se dessinent sans cesse et s’effilochent aussitôt comme sous la main d’un vent capricieux. J’y vois les étendues de neige frémissantes. J’y vois les flèches de basalte de Givrefeu.
J’y vois des images qui ne m’appartiennent pas...

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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Mar 28 Fév - 11:37

- Lendrith Recellson -


La première chose qu'il remarque est le silence.
Un silence calme, un silence froid, de ce froid qui hante l'âtre lorsque seules les cendres demeurent. Le silence des choses absentes.
Puis il découvre qu'il voit. Pas de sa vision, bien sûr, car il a oublié voilà bien longtemps le goût de la lumière et l'écho des couleurs dans ses yeux; il ne voit que par le prisme inversé de souvenirs qu'il ne parvient pas toujours à contempler. Il ne voit que des lambeaux déchirés flottant comme autant de drapeaux en berne, emportés et avalés par un chaos physique en toile de fond, siphon d'un espace sans dimension dont il a à peine conscience.
Et lorsque vient cette forme d'épuisement mental qui suit invariablement cette vague intuition, il rêve. Il rêve de scènes de vie surjouées, irréelles; séquences d'images entortillées filant et s'amenuisant comme sous l'effet d'une perspective déformée et indistincte.
Il rêve de Gilnéas aux toits d'ardoise acérés griffant un ciel bas, il rêve d'une voix rêche qui tout bas égrène un savoir ancien à distiller au compte-goutte; il rêve d'une poignée de cheveux blonds, enfouis; il rêve du vent frais et de l'odeur du sang, métallique et capiteux lorsque le soleil en rehausse l'incarnat.
Roulements de tambours, fumées aux vents.
Embrasant la colère comme un feu de joie.
Morale et cynisme se mêlent dans un tumulte de couleurs désagréables à son cœur, s'enlisent et s'embourbent comme les roues d'un fiacre dans la tourbe spongieuse des marais, rien d'autre qu'une idée qui perce son chemin comme un ver à travers un esprit malade, rogné et frileux, aux yeux fermés pour s'épargner l'aveuglement d'une voie marquetée, damasquinée comme une lame, qu'il n'est plus capable de sentir sous ses pas.
Et la voix qui égrène, encore, encore.
Des explosions, en arrière-fond, en flashes de lumière silencieuse. Le bruit d'une arquebuse que l'on recharge.
Arbre fendu, serments fervents.

Réveil. Comme un cadavre qui remonte à la surface.
La première chose qu'il remarque est le silence...

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MessageSujet: Re: Chemins de traverse   Lun 13 Mar - 18:32


Ce n’était que le premier stade.
Peut-être que ces Réprouvés avaient fait quelque chose qui empêchait les spores de m’envahir.
Peut-être que la Bête leur barrait la route. Que le froid les affaiblissait. Que ma volonté suffisait.

Un pas, puis l’autre.
Je ne tremble plus tant mon corps est faible après la captivité. Le vent a des crocs mais je savoure chaque morsure, chaque fil d’air si glacé qu’il en est coupant à travers mes haillons. J’ignore pourquoi j’ai été libéré, j’ignore ce qu’il adviendra de l’autre prisonnier; car la mort se profile déjà, par glyphes distordus, sur le flanc des congères.

Je ne sens déjà plus rien. Je ne vois plus rien tant la bise est grumelée de neige.


Dans la clairière le temps a cessé de couler. Il se fait lourd et poisseux, et colle à mes pas, si bien que je reste allongé là; et mon regard défait la trame du ciel rouge qui tombe en une lente pluie.
Je pense à mes frères.

Le vent passe sur mon corps défait comme une eau. C’est là tout ce qui reste de ma vie. Ma pauvre vie. Ces trois fils tressés, de chair, de sève et de fureur, déjà coupés. J’ai déjà cessé de voir. J’ai cessé d’espérer un salut qui ne viendra pas. Pourtant, il y a une part de moi, enfouie, qui croit encore. Une part qui écoute le vent. Et qui entend.

Il y a une voix. Il y a toujours eu une voix, en fait.

Il y a dans le vent les échos jetés d’un chant. Un fredonnement sans même de mots, quelques notes éparpillées, quelques notes offertes en don, à la volée, à qui sera apte à les entendre. Et malgré moi, j’écoute.


Ce sont des rires. Ce sont des ordres. Des éclats qui tonnent et tintent. Les mots âpres et durs d’une chanson de marche. Le murmure répété de l’os contre l’os. Les runes égrenées une à une. Ce sont des serments proférés. La comptine d’un enfant esseulé.
Je pense à mes frères. Aussi épars, aussi discordants, aussi absurdes et étranges que ces échos brisés. Distants, et lointains, et vulgaires, et cruels. Mais leurs voix sont une consolation.

Quel intérêt un sorcier des moissons, un druide, avait-il à rejoindre pareille compagnie de mercenaires ?
La seule réponse que je puisse offrir est un rire que le vent, d’un réhaut, efface.

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