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 Que des petits êtres

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Findol
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MessageSujet: Que des petits êtres   Dim 27 Nov - 21:06

Il y a quelques années - Quel'thalas


Depuis sa fenêtre, la vue sur les plaines verdoyantes et parsemées de joyaux étincelants d'Elrundil était imprenable, fussent-elles enlacées par les monts frontaliers de la capitale. Ce même confinement d'ailleurs donnait aux collines un air de royaume perdu et oublié de tous, une lointaine grandeur d'apparence maintenue. Comme les cités englouties des contes et autres paradis supplantés par la végétation, oui. Elle quittait enfin sa profonde torpeur. Les ronces s'écartaient, les pins rougeauds s'inclinaient.

« Il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu »

Chaque fois qu'il en caressait le rebord moussu, il devenait ce noble Telperion, veillant avec fierté sur sa descendance, et prenait conscience de sa condition nouvelle.
L'unique aile de la tour s'élevait plus haut encore que jadis, et son seul rayonnement semblait s'étendre bien au delà des murs aqueux. Il l'avait longtemps fantasmé, n'aurait reculé devant rien pour un aperçu, même fugace. Et enfin il le soutenait, Seigneur en son domaine, gloire de son peuple. Son lever de Soleil.

La porte s'ouvrit avec fracas, il se retourna, oublia son envol intérieur. Adonis, le meneur de ses hommes, s'avançait avec la ferme prise, la démarche du bourreau. Il portait son armure la mieux protégée, couverte de runes, et c'est à peine si on voyait son visage long au travers du casque à visière horizontale.
Findol l'avait senti abattu à la suite de leur dernière escale, et surtout bien trop silencieux, presque éteint. De là à l'imaginer brandissant son épée à l'encontre du maître de ces lieux, le pas muait en bond.

"Allons, preux Adonis, mon favori, que signifie cette intrusion ? Quelle manière d'honorer ton seigneur."
Mais il ne plaisantait pas, referma d'un coup de talon la porte encore hésitante et fondit sur l'autre avec une troublante férocité – comme si s'enfermer dans la bestialité passait toute l'absurdité de la situation. Il était plus grand, plus fort, mieux armé, mais sa lame se courba, ses mains brûlèrent et ses genoux ployèrent. Un géant aux yeux d'Enfer le tenait sous sa coupe.

"Tes chances de l'emporter sont nulles, idiot. Réponds à ma question."
Le seigneur arracha au sicaire son heaume et leurs regards se croisèrent : l'un pris dans une rivière de solitude et l'autre embué par des sentiments contradictoires. Ils restèrent là, sans mot dire, se jaugeant l'un l'autre pour la première fois. Ils en avaient besoin pour créer un échange.
Lorsqu'il comprit la pensée d'Adonis, Findol le libéra sans pour autant lui rendre l'épée qui, plus tôt, l'avait menacé de son fil.

"J'en ai assez." L'avait-il entendu ? "J'en ai plus qu'assez de n'être qu'un objet de violence." Le sorcier s'en détourna un instant, était-ce là une raison suffisante pour attenter à sa vie ? Certainement pas, encore moins pour baisser les yeux sur son geste.

"Assez de n'être que l'instrument de ta volonté.
- Relève toi."

Défaisant ses liens invisibles, il permit au guerrier de se placer à sa hauteur, décronstruire la hiérarchie pour mieux l'appréhender. Dès lors, ils se retrouvaient enfin après tant d'années de rapports inconstantes et asymétriques - égaux. Comme ces deux enfants chapardeurs et complices en tout. Ils avaient pourtant changé, l'un s'était endurci de corps sur le terrain ; l'autre d'esprit et d'endurance pour faire face au destin péculier.
Car il n'était pas pétri d'orgueil au point de croire ses rêves acquis. Non, tous servaient sa cause en un sens, et il approchait enfin du but. Adonis même l'avait longuement soutenu, avait au nom de son ambition obéi aux ordres les plus vils. Mais pourquoi ? Pourquoi ces horreurs ne surgissaient toujours qu'au moment où l'on peut voir l'aube, l'astre du jour poindre à l'horizon ?
L'autre présenta ses mains gantées et tremblantes au seigneur.

"Elles sont tachées de sang, il n'y a rien que je puisse faire pour oublier. J'ai toujours servi sans fléchir, par amour sans doute, mais il est plus que temps. J'ai commis l'irréparable."
Sans doute faisait-il référence à une triste histoire datant de quelques semaines déjà, un collègue magistère avait fait main basse sur l'objet de ses convoitises lors d'une mission diplomatique auprès de la noblesse tirassienne; un prétendu legs de ses ancêtres qu'il avait refusé de lui céder sans pourtant en avoir l'usage. Après de nombreuses approches, propositions d'échange, de partage même, Findol avait fini par mander son agent pour le lui dérober. La mission s'étant déroulée sans accroc jusqu'à un certain point, il put être récupéré. Mais l'épouse et la jeune fille d'Agul Formevent, accompagnées de ce dernier, s'étaient présentées au coffre au pire moment possible. L'une bousculée s'était écroulée sans vie sur le plancher de marbre et, le père suriné hâtivement par crainte de ses pouvoirs, la femme brisée par la mort de deux êtres aimés, de sa chair, n'avait pas tardé à confier au monde son abominable destin.
Bien-sûr, on était parvenu avec force mots doux et conseils à rediriger cette colère aveugle vers un syndicat de bandits humains qui sévissait dans la région, par hasard, au moment du drame. En outre, sans éléments notables ou plainte subsidiaire, l'affaire fut étouffée. Elle n'était pas la première, sans doute pas la dernière, et l'homme de main a toujours su taire ses principes pour égorger un tiers, supprimer les obstacles à la gloire du vif argent.

Cependant, le regard larmoyant de cette femme, le corps aussi frêle qu'inerte de sa progéniture, ces images restaient fixées sur sa rétine. Pour lui, il n'y avait plus de rédemption possible, et l'instigateur, qui d'ailleurs avait accueilli la nouvelle sans sourciller, se tenait là. S'il ne pouvait l'arrêter, peut-être saurait-il le raisonner ? Il n'y croyait qu'à moitié, et c'est bien pour cela qu'il avait misé sur l'effet de surprise.

"S'il ne s'agit que de cela, il suffisait d'en faire la requête. Sois rassuré, Adonis, tu n'auras plus à faire couler le sang gratuitement."

"Que de cela", "Gratuitement". Il ne reconnaissait déjà plus son ami d'enfance, celui qui jadis sortait nager dans la rivière claire pour échapper au quotidien. Celui qu'un rien intéressait. Comment pouvait-il à ce point prendre les choses à la légère ? Il allait trop loin.

"Combien sont morts pour supporter tes idéaux, selon toi ? Combien encore servent et serviront de ciment à ces murs froids et faussement rayonnants ? Pairo dit vrai, tu t'es égaré."
Le ton sciemment familier pour le ramener à sa condition  avait de quoi dérouter. De fait, il crut même ébranler son pair : ce dernier, face à l'évidence, ne savait quoi rétorquer. Et alors quoi ? Cette victoire avait une valeur presque religieuse à ses yeux, et il lui sembla même en frôlant son pendentif écarlate qu'on lui soufflait ces mots à l'oreille.

"Petits êtres perdus dans une masse de chair raccommodée, les chiffres ne comptent pas. L'agent explosa.
- Pourtant il m'avait semblé de voir verser une larme à l'annonce du décès du fils Ternechant, il y a deux mois à peine ! Tu crois être une machine d'ambition, sans cœur ni saveur, mais il n'y a qu'un sot face à moi. Un sot mortel et aussi sensible que nous autres."
Quel choc, non seulement il se permettait de juger le bien fondé de ses décisions, mais il en venait aux sentiments. Bien-sûr que la perte du meilleur assistant qui fut, l'un de ceux qu'il considérait égaux à lui, et ils étaient rares, l'avait atteint. Plus d'une fois il l'avait épaulé, suivi sur le terrain. Ils n'étaient d'accord en rien, mais c'est de cette tension qu'était né un lien véritable. Lui maniait l'arcane et le verbe comme on cueille les pommes fraîches et grasses de la belle saison, rien à voir avec cet idiot qui se sentait pousser des ailes.

"N'oublie pas à qui tu appartiens, ta vie m'est due."
Il ne vit pas le regard partagé entre haine pure et tendresse déçue, encore moins le poing cerclé de métal qui vint le clouer au sol. Abasourdi. Il se croyait intouchable, mais le sang coulait au bas de sa mâchoire – c'était même douloureux. Et pourtant, le fou souriait dans son malheur.

"Rethiel était mon ami. Les gens auxquels je ne suis pas lié, je m'en contrefiche. Tu m'es inutile désormais. Et adressant un regard en biais : Pairo, vas tu seulement le laisser lever la main sur ton aîné ?"
A cette évocation, Adonis fit volte face, et une lame courbe caressa son cou exposé. Pairo Cuivienen Elensar était entré à son tour, flanqué par deux casques longs, et la furtive marche du pérégrin avait encore de beaux jours devant elle. Loin de se montrer méprisant, cependant qu'il menaçait de son épée le traître et agresseur de son frère, c'est avec cette tempérance poussée par le souvenir d'un fidèle combattant qu'il s'exprima.

"Nous avons tous notre part de responsabilité dans cette affaire. S'il est quelqu'un à blâmer, désigne moi plutôt ; et renonce car tu as raison sur un point, le sang n'a que trop coulé."
La tension s'était envolée, mais il n'avait pas encore réalisé ce pourquoi il avait tout dédaigné. Se tournant à nouveau, Adonis profita du bref relâchement de Pairo pour saisir son arme au sol, qu'il rejoignit aussitôt.

"C'est un monstre."
La lame avait rencontré un mur invisible avant de lui échapper des mains, et une autre s'était fichée dans son dos. Les idées se bousculaient dans sa tête, il chercha du regard l'être aimé et s'effondra dans un ruisseau écarlate. Pris d'un soubresaut, son corps se tortillait comme le porc dans sa boue, et s'immobilisa tout-à-fait quand son esprit parut le quitter.
Son sourire, ses mots, une rencontre. Un coup d'épée, deux, tant d'autres, l'histoire de sa vie. Au fond mieux vaut peut-être mourir en paria que vivre en chien.

Quant à l'autre, il s'était relevé, installé en son bureau à l'odeur du bois ciré. Un geste, quelques mots, et on ferma les rideaux.
Il ne ressentait rien.
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