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 Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence

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Devi Daenth
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MessageSujet: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Mar 6 Juin - 13:16

Introduction

Il semblait nécessaire que, pour la terrible mission qui occupe présentement une partie de la compagnie, quelqu’un soit désigné pour tenir ces annales, car pour cette descente vers les noires profondeurs de l’abysse, nous étions privés de notre annaliste.
Il était tard lorsque Arliden est venu à moi, comme guidé par cette assurance qu’il me trouverait éveillée et bien disposée à son égard, motivé par son idée fixe que les annales ne pouvaient se contenter d’un récit de seconde main, brouillé, coupé de la réalité. Il fallait qu’un des condamnés en sursis que nous sommes se charge de la tenue des chroniques. Il fallait que le récit de notre traversée de l’ombre soit restitué, au jour le jour, par une âme prise au centre de la tourmente.
Aussi ce texte rendra-t-il peut-être toute l’horreur à venir. Peut-être permettra-t-il à nos camarades restés à l’air libre de comprendre ce que nous avons vécu, de partager avec nous un peu du fardeau que fera peser sur nous la tâche colossale qui nous attend. Il est aussi possible que ce ne soit là que le recueil d’hallucinations, le témoin de mes propres divagations, de mes délires sous l’influence maléfique d’entités venues d’autres mondes. Il se peut qu’il ne s’agisse là que d’une coquille de papier desséché servant d’étendard à la folie. Peut-être, alors, permettra-t-il à nos frères de deviner la fêlure de nos esprits.
Naturellement, il est parfaitement possible que nous nous éteignons tous dans l’obscurité totale des souterrains. Auquel cas, ces quelques pages demeureront sous terre, comme une épitaphe extensive auprès de nos carcasses, que personne ne lira jamais.

Voici, en addition aux annales de la compagnie, le tome maudit de notre descente dans l’abîme, rédigé par votre humble servante Devi Daenth, mercenaire de la Rétribution.
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Sam 10 Juin - 12:50

Premier jour - Dans l’antre du roi de la montagne

Des millénaires scellés derrière une porte noire. Et la trivialité de la clef entre nos mains. Pour l’ouvrir.
Les battants se sont écartés comme des mâchoires et l’obscurité nous a fait face. Autour de moi se peignaient tour à tour l’angoisse, la peur, l’appréhension; je voyais des mains serrer qui ses armes, qui ses porte-bonheur, et j’entendais des prières murmurées à mi-voix souligner le silence. La flamme des torches a jauni les visages.
Alors nous avons fait face à l’obscurité.

Le tunnel était grossier, et la pierre présentait encore des formes aiguës, tranchantes, que les éléments n’avaient pas lissées; l’endroit était clos depuis des lustres. Il nous a mené jusqu’à une volée de marches, éclaboussées de la lumière d’un brasero qui faisait un écho à nos torches. Etions-nous attendus ? Nous suivions la “prophétie”, pourquoi ne pas s’attendre à une mise en scène ? Même dans un tel lieu. La magie est un art indissociable du théâtre.

Il s’efforçait bien orgueilleusement d’illuminer l’immense salle qui suivait, dont le plafond comme les murs se perdaient dans les ténèbres rampantes. Mais ce n’était pas là une caverne, c’était un hall titanesque, bâti ou sculpté dans la roche comme seuls savent le faire les nains. Était-ce une ville ? Un fort ? Un caveau ? Impossible de savoir, en l’état. Il était bien assez facile d’imaginer de multiples scénarii quant au destin de cet endroit. Les nains et les profondeurs…

Puisque seule une partie de la compagnie avait été choisie pour descendre dans la fosse, il est sans doute de bon ton de présenter chacun de ces damnés. C’est peut-être la dernière fois que ces annales en auront l’occasion.
A notre tête, bien sûr, se trouvait le sergent Marvin Shelton : brave et incertain. L’épreuve que nous traversons lui donnera sans doute l’ampleur qui lui manque encore dans son rôle.
A son côté, féroce comme une lionne, le sergent Olivia Prescott. Ces deux-là sont inséparables.
Après eux viennent nos deux anges gardiens.
Il y avait Anarya Brynt, la figure tourmentée de notre ancienne Adjudant. Protectrice malgré la distance qu’elle s’impose elle-même. Arliden la tient en très haute estime.
Il y a ensuite Ulrick Vertrauen. Le paladin. Solide comme la tête de son marteau. Il suffit de le regarder pour le sentir investi. Le groupe de tête s’achève avec Augustus Leinart, volontaire et droit, et Ylanah Ziegler, douce et frêle, totalement déplacée en un tel lieu.
Puis on trouve les mercenaires du rang. La discrète Seryse, la dernière recrue Lara Warlding, le vaillant Icaron Brilléclat. Tarhïel Fauche-Soleil, étrange et bourru. Itiel Aarkens, dévouée. Olga Rosengart, prudente. Skaalf Barbe-en-fer, brave jusqu’à la lie. Vaelys Chantesang, toujours d’une distante efficacité. Gerick Marshow, aussi gilnéen qu’on puisse l’être. Douglas Lewis, aux allures de malandrin. Le fiable Dhunmum Duracier. L'imposant Sven Ingalls. Taylor Dagern, toujours aussi preste. Et moi, naturellement.
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Ven 16 Juin - 12:58

Il y eut, tout d’abord, une immense porte aux contours sculptés de lumière rouge. Elle était gardée par une haute créature qui semblait faite de métal ciselé, dont les formes ondoyaient comme une lave fluide; d’une arrogance sans pareille, cet ascendant se targuait de nous barrer la route. Sa mort était la clé qui permettait d’ouvrir les titanesques battants. Nous nous sommes séparés et dispersés pour éviter de former des cibles faciles, ce dont l’élémentaire a tiré parti en nous isolant à l’aide de murs de feu; les flammes jaillissaient en tout sens, imprévisibles, tout comme elles chatoyaient autour du monstre pour le parer d’un bouclier magique.
C’était notre premier affrontement dans cet endroit, et il se déroula remarquablement bien. A peine quelques brûlures.

Nous sommes descendus dans un prodigieux hall bâti par les nains. Au centre, un gouffre béait, plus noir encore que les ombres qui roulaient autour de nous, en lisière du halo de nos torches; la coursive circulaire nous a menés à la deuxième porte. Celle-ci était protégée par un énorme draconide, accompagné de sa garde - qui nous a promptement encerclés. Mais nous étions échauffés par la première porte, aussi ces adversaires-ci ne nous posèrent guère de problèmes, malgré les blessures qui commençaient à se multiplier.

La troisième porte nous plongea dans des ténèbres que seule la lanterne de Brynt parvint à percer. Elles semblaient si denses, presque tangibles, que l’on croyait y discerner des mouvements, des reptations de brume noire. Et c’est là que les premiers murmures nous sont parvenus. Ou peut-être étaient-ils là depuis le début, mais trop distraits, trop inattentifs, nous les avions ignorés ?
Cette porte-ci était étrangement à taille humaine. Nous cherchions un moyen de l’ouvrir lorsque l’ombre s’est condensée pour prendre la forme d’un cavalier. Tout ce que touchait sa lame paraissait se flétrir, laissant des plaies aux contours noircis, difficiles à estomper.
Lorsque l’ombre a retrouvé son apparence inoffensive, la porte s’est déverrouillée dans un claquement. Mais, prudents, nous avons choisi faire halte avant de la traverser, laissant du repos à la première ligne et du temps pour soigner les blessures.
Ce n’était que le premier jour, et nous faisions déjà peine à voir. Icaron paraissait en piteux état, avec son armure cabossée et tachée de sang; et on lisait dans nos regards le reflet de la même inquiétude : qu’est-ce qui viendrait après ?
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Ven 16 Juin - 14:24

Deuxième jour - Le long de la frontière qui jouxte l’inconnu

La porte ouverte n’a révélé que davantage d’obscurité. Nous nous y sommes enfoncés avec au coeur un sentiment mêlé de détermination et de résignation.
Quelques pas sur un sol dallé, avec en écho des raclements dans le noir menaçant. On lui aurait donné des membres griffus et une gueule prête à nous dévorer, en arc au-dessus de nos têtes.
Voilà de quoi alimenter les cauchemars. Le monstre dans le placard. Les loups qui rôdent à la nuit tombée. Toujours à la bordure extrême de notre regard, toujours des sons si ténus qu’on doute de les avoir réellement entendus, ou peut-être les avoir causés soi-même, imagination débordante.

Il était allongé sur le sol lorsque nous nous sommes approchés de lui. Chair brisée, blessée, indéfinissable. Nous avions peur de ce que nous allions trouver. Du bout de la lame, l’effleurer…
Hurlement - la créature n’avait plus de visage. Qu’une bouche ouverte qui happait l’air, béant comme sur un cri inaudible, une bouche seule, affamée, qui aurait fini par avaler tous les traits. Skaalf l’a frappée d’un coup de masse, et la chose fracassée s’est effondrée.
Puis, avec ce craquement caractéristique, ses os se sont remis en place et elle est revenue à la charge.
Les ténèbres en ont accouché d’autres. Elles étaient maladroites, mais le nombre constituait leur force; nous risquions à tout moment d’être submergés, et n’avions pas les moyens de leur donner le repos éternel.
Courir, droit devant. Revenir en arrière était impensable - il fallait se jeter toujours plus loin, droit dans la gueule de l’abîme. L’abîme qui nous attendait.
Nous avons passé une herse, dont le mécanisme fonctionnait encore. Entre les barreaux de métal terni, les bras des créatures se sont tendus, avides, terribles, effrayants.

Cette nouvelle salle ne faisait preuve d’aucune originalité. Un autre hall, d’autres piliers monumentaux, s’étirant à se perdre dans leur noir sommeil. Nous l’avons traversée groupés, jusqu’à une coursive fermée par une nouvelle herse; mais celle-ci ne nous laissait aucune prise, et demeurait close. Et elle semblait se rire de nous, en petits éclats discordants qui frémissaient à travers la nappe sombre, et elle fit naître ses gardes, à nos flancs : deux monstres, deux amas de chair sans-visage, dont la seule présence fait vaciller l’esprit.
Combattre une seule de ces choses est déjà une épreuve sans pareille. En affronter deux commençait déjà à tendre vers l’impossible, quoique notre nombre jouât en notre faveur; l’endroit restreint nous a donné un dernier léger avantage, car il était plus aisé d’y évoluer lorsqu’on est à taille humaine et pas un béhémoth massif.
Douglas s’est retrouvé rejeté en bas, dans le hall - il est resté un long moment, seul dans le noir. Quand il est remonté jusqu’à nous, il a semblé changé. Et lui aussi nous trouvait changés. Même si Ylanah a prouvé qu’aucune corruption de son esprit n’était à l’oeuvre, la suspicion est demeurée.

Le rire dans le noir a fini par prendre forme près d’un de ses colosses déroutés. Il s’est fait changeant, métamorphe - il avait le visage de celui qui le regardait. Chacun s’y voyait projeté, faisant naître un tourbillon de réactions différentes : l’horreur, la confusion, et bien sûr la colère, qui a primé sur les autres jusqu’à l’anéantissement de ce visage-miroir.
La herse ne s’est ouverte qu’une fois la coursive dégagée. De l’autre côté, une nouvelle salle qui cette fois se démarquait par une taille plus réduite - on aurait dit une antichambre.
Nous avons arbitrairement décidés que la nuit était tombée et nous nous sommes resserrés pour panser nos blessures, avant les horreurs que le lendemain ne manquerait pas de nous offrir.
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Lun 19 Juin - 12:25

Troisième jour - Miserere Mei, Deus

A mesure que nous nous enfoncions dans le coeur de la terre, nous avons laissé derrière nous les ruines de la cité naine pour retrouver des tunnels grossiers, dont nous sentions toute la masse de pierre noire peser. Impossible de savoir à quelle profondeur nous nous trouvions alors, et impossible de déterminer combien de temps avait passé car toutes les montres avaient cessé de fonctionner.
Le tunnel serpentait avant d’éclater brutalement pour former la plus vaste caverne qu’il m’ait été donné de voir, dont l’immensité ne trouvait un écho que dans le seul gouffre qui en dévorait toute la surface; l’étendue presque frêle d’un pont de métal asymétrique, jeté dans les ténèbres denses, formait un contrepoint curieux à ce vide massif.

Là, au-dessus de ce fil d’Ariane, flottait un spectre noir, tout de voiles effilochés, flottant aux vents d’autres plans, dessinant par moments les contours d’une silhouette osseuse, cadavérique, bien vite dissimulée de nouveau par les pans poussiéreux.
Il s’est avancé vers nous, et sa voix tonnait, comme il sied à un héraut de l’abîme.

Un par un, pas à pas, groupés parfois, à traverser le gouffre, comme des funambules ivres dans un jeu macabre dont les règles nous échappaient. Le spectre, le gardien, le maître du jeu, s’assurait par des murs d’un feu fantomatique que nul ne trichait; face à son regard nous étions des livres ouverts, et il déterrait nos secrets les plus enfouis pour les étaler en évidence, voyeur obscène - dans l’espoir, peut-être, de semer la zizanie, de nous dresser les uns contre les autres. Mais, pourtant, nous savions que nul n’arrivait dans la compagnie par hasard. Et nous avions, tous, quelques horreurs dans les placards de nos mémoires; nous ne pouvions juger les autres sans nous exposer nous-mêmes au même jugement.

Il y eut bien sûr des exceptions. Il y eut Douglas qui tenta de pousser Icaron dans le vide dans le seul but de sauver sa propre vie. Il y eut Gerick, qui, par fierté peut-être, ou à cause de cette dignité que partagent tous les gilnéens face à un sort terrible, refusa d’admettre la Malédiction, refusa d’admettre qu’il était, selon le héraut, un monstre. L’abîme l’a dévoré, et ses cris résonnent encore. Il y eut encore Tarhïel, dont la monstruosité ne pouvait pas être cachée, qui avait avancé davantage sur le pont avant que la main du spectre ne se pose sur son front. Là, il avait jailli hors de lui, dans un impressionnant claquement d’os, de muscles déchirés et reformés, réagencés, transfiguré. Tarhïel avait connu l’ascension. Tarhïel, l’ascendant, avait disparu.
Puis Ylanah, qui accepta sa propre mort en paiement des vies de Seryse et Lara, un geste particulièrement noble mais peut-être stratégiquement erroné, car il nous privait de notre soigneuse en chef pour le reste de l’expédition.
Et Anarya, naturellement, lors de notre passage, qui céda à sa corruption dans l’unique but d’annihiler cet obscène fantôme, le consumant jusqu’à ce que n’en demeurent que des poussières gangrenées; pour la mémoire des disparus, je suis satisfaite.
Alors que nous passions la herse marquant la fin du pont, un vide s’est ouvert et a recraché Ylanah parmi nous; son acte semblait avoir été apprécié.
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Lun 19 Juin - 12:26

Notre traversée nous avait donné le droit d’affronter le cauchemar, comme disait le héraut. Cauchemar. Ca n’avait en réalité rien d’une image. Cauchemar était l’horreur immense qui avait fait de l’endroit sa demeure, une créature à la forme grotesque évoquant un dragon, difforme, monstrueux. Nous étions épuisés, nous étions à vifs, mais le repos ne pouvait venir qu’après la mort de cette chose.
Cauchemar était rapide, Cauchemar était fort, Cauchemar crachait le feu.
Leinart avait été touché. L’odeur de brûlé commençait à surpasser toutes les autres, mais je pouvais le sauver. Au prix de toute mon énergie, au sacrifice, peut-être, des autres blessés. Ylanah n’aurait sans doute pas approuvé une telle dépense. Mais Leinart se consumait sous mes yeux.
Au diable Ylanah, au diable tout ces jeux. Je l’ai sauvé. Mais Skaalf, lui, a brûlé.

La crise est survenue alors que nous nous installions pour prendre du repos. Je participais aux soins lorsque, tout d’un coup, l’angoisse a vrillé mes tripes. Autour de moi, les autres s’affairaient, pressés, les mains souvent tachées du sang des blessés; si je sentais mon esprit tinter et tressauter, comme un animal à deux doigts de céder à la panique, je savais aussi qu’aucune aide ne viendrait de mes camarades. Je le savais. Pas un regard, pas un mot. J’inspirai profondément dans une vaine tentative de retrouver un calme incertain, mais ma respiration persistait à s’emballer, à s’enrayer en halètements coupés.
J’ai battu en retraite. Je me sentais déplacée, tout à coup, au sein de ce groupe, et je me sentais seule. J’avais espéré sans me l’avouer que rallier la Rétribution pallierait à cette solitude, mais je savais pourtant, j’avais toujours su, que l’on peut rester esseulé même au sein d’un groupe ou d’une foule. C’était mon lot, ma peine, et ma malédiction.
Là, un coin plus sombre. Peut-être pourrais-je m’oublier moi-même, moi aussi, comme eux l’ont fait. Attendre. Essayer de réparer ce qui peut encore l’être, avant l’inévitable désormais : se fracasser contre le sol est le résultat inéluctable de toute chute libre, et mon esprit tourbillonnait en vain sans rien à quoi se raccrocher.

Des idées terribles affleuraient à la surface de ma conscience. Je ne parvenais pas à les empêcher d’éclore.
J’ai fermé les yeux.


Dernière édition par Devi Daenth le Dim 2 Juil - 23:30, édité 1 fois
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Devi Daenth
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Dim 2 Juil - 13:29

Quatrième jour - La pesée du coeur

Je me suis éveillée sur un cri qu’une main étouffait. Mon cri. Ma main.
Pouvait-on être ainsi étranger à soi-même ? Une grande partie de mon esprit ne m’appartenait déjà plus. Une grande partie de mon esprit cabriolait déjà - sous l’étreinte de la peur - mordu aux flancs par le désespoir - et la solitude, autour de moi, était un linceul tiède et familier dont je ne pouvais me dépêtrer.
Tous les couloirs résonnaient de la musique du silence. Quelques murmures pour bercer notre sommeil lui offraient le contrepoint nécessaire pour souligner toute sa profondeur.
Je m’étais redressée sans vraiment m’en rendre compte, et dans la pénombre je devinais les formes assoupies des autres. Leurs cauchemars dansaient au-dessus de leurs têtes, avec une grâce maligne, terrifiante - ils dévoraient leurs rêves, ils dévoraient la joie, le rire, ils dévoraient l’espoir.

Le réveil nous a trouvés épuisés, à bout de nerfs pour la plupart - les événements du pont nous ont tous, d’une façon ou d’une autre, atteints et bouleversés.
Ce jour, nous sommes parvenus après une marche relativement longue dans des corridors tortueux à une porte. Elle baignait dans une semi-pénombre qui semblait coller au mur en longs filaments, malgré la lumière de nos torches; elle sculptait les reliefs - les faciès détestables -
Ils riaient. Ils riaient. Déplaisant. Je n’étais pas la seule à les voir, alors que les autres pourtant semblaient perdre l’esprit tout autour de moi. De quoi parlaient-ils ? Impossible à dire. Ils n’émettaient que des sons hachés, incohérents. Dénués de tout sens.
Au-delà de la porte le monde se distordait toujours. Les visages riaient encore de nous.
C’était comme un laboratoire démentiel, où toutes les machines, tous les alambics, tous les instruments vibraient encore des cris de leurs victimes. J’ai fermé les yeux pour ne plus voir.

Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente

Un enfant, c’était un enfant, assis là, un enfant terrifié de nous voir débarquer devant lui, dans ce qu’il prenait pour sa chambre, armés et ensanglantés, terribles - et sa chambre c’était, dont les hauts murs s’élevaient sans fin vers un plafond noir qui figure un ciel où toutes les étoiles ont fini par s’éteindre - un ciel blanc, bas, et froid - ce n’était plus un enfant face à nous, c’était le Trône de glace, comme dans les légendes, et c’était le Roi-liche qui nous tenait tête - les visions s’enchaînent et se déchaînent, et la réalité se brise autour de moi - fermer les paupières n’empêche pas de voir -

Et puis la fuite -

Des monstres de chair, abominations créées de toutes pièces, patchwork de peaux et de fil et de - Course éperdue, droit devant, vers toujours davantage d’horreurs, peut-être, diffcile à dire - une nouvelle herse pour nous barrer la route, immense, alors que nous traînons nos blessés, Duracier, je crois, et Ingalls, c’est une impasse -

Une balance.

De fer terne. Une seule chose à faire. Le sacrifice d’Ingalls, sur cet autel de la folie, ne serait pas oublié.
Derrière la herse règnent encore sans partage les ombres. Nous avançons - non, nous fuyons. Un escalier, et une grande salle aux allures d’antichambre, aux piliers alignés pour charpenter l’obscurité - nous faisons halte. Il manque quelqu’un ? Il manque quelqu’un. Certains filent déjà en arrière sans attendre les ordres.
Ils ramènent Seryse, pâle et effarée, mais intact. Elle dit être restée dans le noir.
Mais Seryse est là parmi le groupe. Elles se fixent et s’observent, reflets parfaits l’une de l’autre. Des jeux d’esprit - comment déterminer laquelle est la vraie ? La Lumière, ai-je dit. Ce ne peut être qu’une créature d’Ombre. La Lumière montrera la vérité. Mais ma suggestion reste lettre morte.
Ils leur posent des questions, ce qui est parfaitement inutile puisqu’elles ont, nécessairement, les mêmes souvenirs. Lorsqu’enfin Ylanah se décide à employer la Lumière, la fausse Seryse se déclare. D’un sourire malsain, elle se défait de sa forme et jaillit d’elle-même - un sans-visage, colossal, qui nous toise avec un dédain moqueur impossible à manquer malgré son absence de faciès.

Nous nous replions, pour la plupart, vers le couloir d’où nous sommes venus, tandis que la première ligne s’élance à l’assaut du monstre - qui ricane, et murmure, dans cette langue impossible, des mots qui n’existent pas - la nova d’Ombre nous balaye tous.

Icaron est devant moi. Il tinte de la plus parfaite note des carillons thalassiens en éclatant en poussière noire. Une note qui résonne - plus que de raison - et vibre et claque et enfle -
Quelque chose se brise. S’est brisé.

Marvin est                                                         - l’aider. La Lumière ?
        La Lumière.                                  La Lumière !

Un silence - un temps mort - un battement -                                                      comme un coeur

               la chose       terre        mal est fait                      






Je me                       glisse                                                                   dans l’ombre

               comme                                
                                                                                         un linceul
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Anarya
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Dim 2 Juil - 21:44

Voilà des jours que ceux qui y sont parvenus ont quitté l'abîme. Chacun tente de se reconstruire, de panser ses propres plaies afin passer à autre chose, mais au fond tous le savent, certaines marques ne s'effacent pas.

Moi, Anarya Brynt, vais tâcher de retranscrire ici la fin de notre périple dans les profondeurs de l'enfer. Appelons un chat un chat, c'est bien au delà de l'imaginable que notre aventure nous a mené, et si certains n'en ressortiront jamais -comme la précédente en charge de ces écrits, mais l'heure n'est pas aux hommages-, aucun ne se vantera d'en être remonté indemne. Rappelons alors, tant qu'à en faire une remise en contexte, que les imprécisions et oublis ne seront en aucun cas intentionnels mais simplement la conclusion logique de plusieurs jours passés à côtoyer la folie.



- - -


Cinquième et dernier jour, le cœur de l'abîme.


La créature précédemment mentionnée par Daenth était un sans-visage qui a profité d'un moment de faiblesse du groupe pour semer la confusion, en manquant de créer le chaos. Nous étions tous épuisés, les vivres manquaient et certains de nos camarades venaient de perdre la vie face à des créatures qui nous bloquaient encore toute retraite, et donc la seule sortie connue. Les esprits étaient plus qu'échauffés, et à en croire le précédent écrit, aussi, Daenth n'était pas épargnée par la folie : impossible de lui en vouloir néanmoins. Peut-être n'était-ce que temporaire, tout comme j'ai pensé devenir folle au début de cette même journée, avant que les éléments ne finissent par se rassembler en un puzzle relativement logique, naturellement. Je ne sais en vérité ce qu'il en était pour les autres. Peu parlaient, il me semble. Peut-être étais-je simplement incapable d'écouter, en vérité.

Nous avions établi un groupe de tête composé des deux sergents de la compagnie, Du paladin Vertrauen, de Ziegler et de moi même, au début de cette aventure. Une bonne idée de base, destinée à une meilleure organisation et compréhension du groupe. Sauf que la seule fois où celui-ci s'est ressemblé pour discuter de la démarche à suivre, nous étions en pleine situation de crise : Plus assez de nourriture pour tout le monde, mais également la « folie » de Daenth, et le potentiel danger représenté par Lewis. Un sujet épineux que personne sauf Ziegler n'avait osé aborder jusque là qui a ouvert la porte à des piques inadaptées à l'instant, exacerbant d'autres tensions tues depuis le début. Je pense notamment à notre « spécialiste » et à moi même, qui ne partagions pas la même vision des choses sur bien des points.

Finalement, nous avons convenu de faire surveiller Daenth et Lewis et de distribuer les dernières rations en sachant que tous n'en auraient de toute manière pas eu le lendemain. Certains ont donc pu prendre des forces supplémentaires, les dernières, alors que nous ne pouvions prévoir quand arriverait la fin du tourment, si toutefois il y en avait une. Une chance quand on y repense, puisque sans le savoir, nous n'étions qu'à quelques heures d'atteindre notre but, pour ceux qui restaient. La distribution s'est dont faite après que l'intendant de cette mission, Leinart, eut été mis au courant et ait distribué les dernières vivres sous la direction de Ziegler. Ceux qui n'en avaient pas ou étaient déjà servis se regagnaient la formation naissante lorsque nous avons ressenti plus qu'entendu des bruits sourds qui résonnaient sur les parois rocheuses de la salle où nous nous étions installés pour nous reposer : Le départ s'est de fait précipité, l'ensemble du groupe reprenant le chemin de l'abîme, chacun d'entre-nous conscient d'avancer, une épée de Damoclès au dessus de la tête.

Deux formes, au loin. Deux sans-visage, comme les autres. Des combattants, à n'en point douter. Ils ne bougeaient pas, gardant ce sentier sinueux qui descendait plus profondément encore, à quelques mètres au dessus de rivières de lave. Le combat fut rude et pour cause, nous étions tous dans un état lamentable, mais également conscients que ces deux là ne seraient pas les derniers. Il fallait descendre, toujours. Marcher en équilibre au dessus de ce feu liquide qui menaçait nos corps quand nos esprits n'étaient déjà plus que cendres. Rester ensemble, malgré les multiples tensions. Plus bas déjà, deux autres immondices nous attendaient. Un autre sans-visage, moins armé que les précédents, et une créature sombre, instable, de vide pur, émissaire de dieux plus noirs encore que la fosse dans laquelle nous nous obstinions à vouloir progresser.

Les mots sont troubles. Je me rappelle de la douleur. La tentative du sans-visage pour prendre le contrôle s'est soldée par un échec mais il aura eu au moins le mérite de me faire vaciller, en plus de me rendre inapte à participer au combat pendant plusieurs minutes, si ce n'est en empêchant Rosengart de nuire au groupe, celle-ci n'ayant pas su résister à la volonté du sorcier sans-visage. Il y eut des hurlements, d'autres brûlures causées par l'ombre, les visages abattus des mercenaires qui venaient de connaître leurs pires craintes. Aucun mort cette fois, mais une pause s'imposait d'elle-même alors que l'émissaire du vide se riait de nous, nous félicitant néanmoins pour être parvenus à atteindre l'abîme que nous n'allions selon lui pas quitter. Nous étions désormais certains de bientôt connaître la fin du cauchemar, d'une manière ou d'une autre.

Il s'en est allé de lui-même, retournant dans son sinistre plan d'existence. L'autre vint alors, une fois encore : ce prophète que nous avions rencontré sur les monts enneigés de Haut-Roc et qui ne cessait de faire parler de lui depuis, même au bout du monde. Nous voulions l'écouter alors qu'il nous expliquait le sens de la prophétie. Nous étions vingt à entrer, il n'en restait qu'un, qui plongerait dans l'abîme. Nous étions vingt individus isolés, arrivant au bout en un vrai groupe uni par les épreuves. C'est ce qu'il nous expliquait alors que ses propos cherchaient à nous convaincre d'embrasser la vérité de ses dieux. Nous attendions tous ou presque, nous imprégnant de chacun des mots du vieillard, alors que le paladin, sans prendre la peine de le laisser terminer, abattit sa masse d'arme sur son crâne, ce qui n'eut pas l'effet escompté.

L'imbécile. Nous le pensions tous, il le savait, et s'en rendait compte à cet instant seulement. Il venait de couper court au dialogue, à toute compréhension des volontés du prophète et de ses dieux. Sa vision, sa version. Des choses qui nous dépassaient mais qui auraient pu avoir une importance capitale quant à notre monde, et notre rôle dans ce maudit jeu. Mais non, ce coup de masse, en plus de se montrer inefficace, provoqua un changement du registre de la part du prophète, qui nous convia simplement à trépasser face au Maréchal Axuzem, avant de disparaître, libérant la place pour un final digne des plus grands.

Beaucoup sont morts pendant cette dernière bataille. L'immense salle de pierre nous offrait dès l'entrée la meilleure des vues sur le seigneur Sans-visage, ses pinces, sa queue, son fouet aux pointes plus longues que des épées. La lave bordait la scène de toute part, et le sol frémissait, prêt à exploser sous nos pieds. La chaleur était insoutenable, nos blessures innombrables, chaque esprit au bord du précipice, mais nous étions proches d'atteindre le but : après réflexion, j'imagine que beaucoup se raccrochaient à cette seule idée  pour tenir le coup. Le monstre aura emporté Duracier, Rosengart, Lewis et Daenth avant de finalement trépasser. Les blessures des autres étaient nombreuses. Leinart et Wardling en réchappèrent de peu. Nous nous rassemblions dans cette caverne ravagée, proche du cadavre de la créature, lorsqu'il fit une autre apparition.

Surprise générale, le prophète, ou plutôt son image, revint pour nous féliciter et nous présenter un portail sombre en guise de porte de sortie. Le discours était plus concis et cela sonnait évidemment comme un piège, mais s'il avait vraiment souhaité notre mort, il n'aurait eu qu'à nous abandonner sur place : nous avons donc -même le paladin- emprunté la voie qu'il nous ouvrait, pour aboutir dans une pièce où de nombreux objets magiques nous attendaient. De l'autre côté, un autre accès qui débouchait sur la sortie, enfin.

- - -

Je laisse à Arliden le soin de conclure ce volume, n'ayant moi même rien à ajouter sinon que je prierai pour que les morts, disparus mais aussi les vivants puissent trouver le repos. Marshow, Fauche-Soleil, Barbe-en-fer, Ingalls, Duracier, Rosengart, Daenth, Lewis, vos noms s'ajoutent à la liste de ceux qui se sont battus en portant les couleurs de la compagnie. Mercenaires, la rédemption ou la mort.

A. Brynt
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Arliden
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence   Mar 4 Juil - 14:26

De l’abîme tous me revinrent marqués. Je voyais béer les plaies du corps et celles de l’âme. Toutes, sans exception, mettraient du temps à guérir, mais avec de la volonté, on peut tout réussir. Des traumatismes du passé on dit qu’il y a quatre façons de se défaire; quatre portes, en réalité, que l’esprit passe tour à tour. Tous, sans exception, les franchirent à des degrés divers.
La première de ces portes est le sommeil. C’est le meilleur remède au mal. Il met à distance peurs et souvenirs et nous accorde la paix pour un temps. Il apaise et apporte, parfois, la consolation des rêves.
La seconde est celle de l’oubli. L’esprit efface et repousse les souvenirs dérangeants, les souvenirs qui le blessent et l’empêchent de guérir. Il les enferme derrière des portes infranchissables et, quelques fois, les réécrit totalement.
Vient ensuite la porte de la folie. L’esprit se brise et se morcèle pour se mettre à l’abri de l’horreur. C’est à l’évidence la porte qu’a franchi seule Devi Daenth, rendant sans doute prémonitoires les quelques lignes qu’elle a rédigées avant le départ.
La dernière porte, enfin, est celle de la mort. L’ultime recours. J’ose espérer que les survivants de l’abîme sortiront non pas brisés au point d’en arriver là mais au contraire plus solides par les épreuves endurées.
Car quiconque traverse l’ombre de la mort se perd ou s’en trouve grandi.

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Annales de la compagnie, volume XI : Livre de l'abîme du silence
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