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 Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum

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Arliden
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MessageSujet: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Ven 19 Aoû - 23:28

Introduction

Le destin a voulu que la mer nous emporte vers une nouvelle destination lointaine. Point de terres nordiques ou de continents gelés, cette fois-ci : nous quittions un extrême pour un autre, car c'était vers les déserts de Kalimdor que nous voguions. Le continent sauvage.
Suite à notre séjour à Hurlevent, la compagnie avait glané une poignée de nouvelles recrues, toujours prêtes à chahuter. Un bon nombre quitta nos rangs sans laisser de traces, mais celles qui demeurèrent gagnèrent leur grade de mercenaire.
Nous étions alors engagés par un noble du nom de Lord Hastings; comme beaucoup de membres de cette caste sociale, il s'intéressait fortement à l'archéologie et à l'exotisme d'expéditions sur de lointaines terres. Il était ainsi à la tête d'un groupe de spécialistes que nous étions chargés de protéger durant le long périple qui nous mènerait jusqu'aux monumentales portes d'Uldum, l'antique terre cachée.

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Arliden
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Sam 20 Aoû - 11:04

Sable

Le soleil paressait lascivement au faîte d'un ciel brûlé lorsque nous débarquâmes. L'odeur iodée de la mer qui nous accompagnait depuis des semaines se mêla alors à un parfum plus âcre, que le vent apportait du lointain; le sable chaud. Et de fait, l'horizon ondoyait au lent rythme de la danse des dunes.
Un à un, nous nous débarrassâmes de toutes les étoffes qui pouvaient encore nous envelopper; la chaleur commençait à nous rôtir vifs dans nos uniformes mais nous savions que la situation empirerait. Ici, sur les quais de Gadgetzan, nous percevions encore la fraîche haleine de la mer que nous quittions à regret.
Son ressac dévorait inlassablement la plage et clapotait contre le bois. Des bancs d'écume striaient sa surface turquoise, secoués de vaguelettes.

Mais déjà le maître des quais s'avançait à notre rencontre, deux cogneurs sur les talons. Ces deux gobelins de main grimaçaient sous leurs cuirs épais, tandis que leur employeur présentait registre et montant des taxes au Capitaine.
Approchant de la ville nichée entre dunes et mer, dont les murs blanchis à la chaux nous barraient la vue, nous perçûmes les premières clameurs typiques des cités gobelines, où tout s'achète et se vend.
Passé les portes nous découvrîmes les petites maisons des gobelins, sablées blanches par le vent; les rues larges bruissaient de voix de toutes les tessitures, et toutes les couleurs de peau -voir de pelage et de fourrure- se mêlaient sans gêne aucune.
Gadgetzan, ville marchande, portait haut la neutralité du cartel Gentepression.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 15 Sep - 12:41

Caravane

Suivant nos officiers, nous gagnâmes une place où une caravane en partance, forte de ses kodos de bât, se ménageait un confortable espace de manoeuvre. Des hommes les chargeaient encore et s’assuraient de la solidité de leurs amarres.
Alors que nous avancions dans leur direction, l’un d’eux se porta à notre rencontre. Plutôt grand, la moustache à l’avenant, vêtu de ces habits de toile qu’apprécient les amateurs en safari, il se présenta sous le nom de lord Hastings - notre commanditaire en personne.

Tandis que les discussions logistiques démarraient, nous eûmes l’occasion de rencontrer un membre de la compagnie dont la disparition est antérieure à mon engagement.
Son approche fit lever les sourcils des plus pragmatiques et protester les autres. Mais leurs récriminations ne trouvèrent nulle oreille.
C’est ainsi que nous découvrîmes Gor’bak, l’ogre, dont le plastron cabossé aurait seul suffi à écraser la plupart d’entre nous.
Je devais apprendre qu’il était issu de Draenor, le monde alternatif, et ainsi plus vivace que la plupart de ses cousins autochtones. Il nous dominait de toute sa hauteur mais ne semblait pas hostile à notre égard; aussi la plupart d’entre nous se détendit. Un tel être se révélerait certainement un atout à l’avenir. Malgré les évidents désavantages.

Nous faisions connaissance lorsque le Capitaine revint à nos côtés. Le lord, dont l’équipe devait encore achever ses préparatifs, nous demandait de partir à la recherche d’un de ses scientifiques qui tardait à rentrer. Ne voulant laisser personne derrière, il nous pressait d’aller l’arracher à ses relevés quelconques et de le ramener.

Nous partîmes donc, par la porte du désert.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 15 Sep - 13:24

J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…

Le désert étalait tout contre l’horizon son immense majesté, tissée de silence, de mouvements invisibles, sans âge et sans cesse renouvelée; dont le visage, toujours, changeait, évoluait, muait même, en cela qu’il se faisait et se défaisait par la morphologie souple des dunes, qui tantôt couraient, tantôt se couchaient, sinuaient parfois, sous la main du vent - le maître-reflet qui en formait le négatif impalpable sur la trame du ciel. Les ballets de poussière qu’il engendrait avaient une beauté déroutante, une grâce bizarre, de courbes et de tourbillons, qui nous étourdissait et tentait parfois de nous entraîner; mais trop gourds, trop alourdis de notre chair et de notre sang, nous restions condamnés à racler le flanc des dunes du sillon de nos pas.
Le sable trop blanc sous l’éclat d’un soleil cru menaçait de nous aveugler. Au zénith, la réverbération était si intense que nous gardions les yeux plissés. Par contraste, le ciel semblait presque noir, un velours sombre qui fonçait à peine lorsque tombait la nuit.

Notre marche dura deux heures. Deux heures à monter et descendre des dunes qui demain n’existeraient déjà plus, à rouspéter, pour la plupart, contre l’extrême dénuement des climats désertiques, à voir apparaître au fur et à mesure des formations rocheuses brûlées de soleil, en pics, en colonnes, en monolithes, érodés, soufflés, grêlés.. Bref, les traces que les filaments dorés du temps laissent à la pierre pour marquer l’écoulement, et la mémoire.

Peu à peu, les formations rocheuses affleurèrent, comme l’ossature sous une peau trop fine. Elles crevèrent le sable et s’élevèrent, devinrent collines raides et monts creusés. Nous pouvions percevoir même à une telle distance la vibration sourde, modulée et régulière, qui se propageait à même l’air, à même le sable, qui faisait résonner la roche sous nos mains.
Le massif qui se dressait ainsi s’articulait autour d’une vallée déconcertante, où les parois de la falaise semblaient avoir poussé en emportant les carcasses d’épaves, dont le bois blanchi par le temps empêchait de les reconnaître; des structures hétéroclites pointaient du sable, penchées souvent, abîmées, figées dans leur chute peut-être. Comme un oeil noir, une gueule ouverte, la grotte béait au bout de cette haie d’honneur asymétrique de monuments-souvenirs. Les grottes du Temps, la demeure ancestrale du Vol de bronze…
Nous l’observions de loin avec un certain respect, mais aussi une certaine inquiétude poinçonnée au coeur. Nous avons traversé l’entrée de la vallée rapidement, sans risquer de nous y engager.

A travers les voiles de sable, nous avons fini par repérer la silhouette avachie d’un kodo. Immobile, trop immobile, la bête, allongée là, morte. Mais nous étions déjà trop avancés, et lorsque les archers tirèrent leur première volée, nous dûmes nous réfugier derrière des blocs roussis. Des bat-le-désert, certainement; d’autres encore jaillissaient du sable où ils avaient attendu notre venue. Avaient-ils prévu que quelqu’un partirait à la recherche du chercheur, ou nous avaient-ils repérés à notre approche ? Nous l’ignorions.
Leurs corps couvrirent vite le sol, et le désert s’empressa de boire le sang répandu, avide.
Quelques blessures ponctuèrent nos rangs, que je m’occupai de soigner. Il était déjà trop tard pour le chercheur ainsi que son équipe. Leurs cadavres recroquevillés portaient les traces sinistres de la torture qu’avaient employée les bandits. Leur matériel était introuvable.

Lord Hastings accueillit la nouvelle avec une mine sombre. Puisqu’il ne manquait désormais plus personne, le départ fut fixé au jour suivant.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 22 Sep - 13:25

Marcher dans le désert était une épreuve qu’aucun de nous n’appréciait. Je peux affirmer qu’au bout de quelques heures nous n’étions plus sensibles à sa beauté, à peine écrasés par son immensité. Certains étaient heurtés par la monotonie. Bien que le désert ne le soit en réalité pas, tant il est hautement changeant et grouillant de vie.

Nous avancions à travers cette mer de sable qui refluait lentement sous nos pas.
Le voyage était terriblement lent, nos pas devant se calquer sur la démarche laborieuse des kodos de bât qui se traînaient pesamment. Les dunes ne sont pas un endroit pour des créatures aussi lourdes.
Nous avions adopté une formation rapprochée autour de la caravane, afin de la protéger au mieux. Le départ avait eu lieu peu avant l’aube, alors que Tanaris oscillait entre la lumière grise de l’aube et la fraîcheur de la nuit qui roulait encore contre le sable. Le Soleil se lèverait dans notre dos, et finirait par nous rattraper; il chuterait droit vers l’Ouest comme pour illustrer la distance qui nous séparait de notre destination.

Craquements.
Mouvements sporadiques.
Le chuintement dérangeant de la chitine qui racle contre la chitine.

Nous passions à proximité d’un nid silithide. Le paysage était rongé et creusé par les galeries de ces créatures difformes, et dans les bosselures se devinaient les dômes boursouflés et luisants des structures à demi enfouies qui les abritaient. Une ville, un fort, une ruche serait plus exact, une termitière, au mieux. Organique. Insectoïde. J’en frémissais intérieurement.

Nous en longions le bord avec une certaine appréhension au cœur, mais la zone semblait déserte. Et pourtant…
Cela vient, bien sûr, du sol. Des vibrations. Le glissement du sable ne produit qu’un infime chuchotis, mais nos pas, eux, beaucoup plus lourds, plus marqués et surtout rythmés avaient accroché leur attention et éveillé leur intérêt. Ils arrivaient.

Nous avons alors vu le nid se soulever. Des cavités jaillissaient un flot de créatures aux carapaces brillant sous le Soleil levant. Droit vers nous.

Nous avons formé une ligne devant la caravane. Les archéologues poussaient des cris d’effroi qui faisaient écho au chant du fer que l’on dégaine. Je restais, moi, libre de mes mouvements entre les deux lignes, tout à la fois prêt à combler les brèches et soigner les blessés.

A plusieurs reprises, la ligne se défit. A chaque chute, notre défense menaçait de s’écrouler. Mais nous avons résisté; relativement bien, même. Les insectes étaient en évident surnombre mais nous avions l’avantage du fer - et de la coordination. Ce constat nous tranquillisa.
Quelques minutes tout au plus. La ruée de silithides se fendit pour laisser place à une monstruosité insectoïde, plus haute que Gor’bak, qui se jeta sur nous sans la moindre hésitation. Il fallut le feu intense de nos arcanistes pour venir à bout de son impressionnant caparaçon de chitine.

Je vous l'avais dit, le désert grouille de vie.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Lun 28 Nov - 16:15

Le soir a éclairé la façade usée d’une chaude lumière orangée, embrasant ça et là les quelques hiéroglyphes dont les dorures avaient survécu au passage du temps et à la furie des éléments. De nombreux blocs avaient chu et demeuraient là, à demi enfoncés dans le sable; la pierre était lissée comme le marbre le plus parfait.

Une grande ouverture béait, ouvrant sur une galerie poussiéreuse qui s’enfonçait dans la montagne. Des colonnes aujourd’hui écroulées formaient autrefois une voie droite vers cette monumentale porte.
Les archéologues ont déballé une part de leur matériel. Ce soir, nous allions explorer ces ruines antiques.

Le Lieutenant lui-même nous a mené à l’intérieur et nous a donné consignes et directives pour assurer la protection de ces chercheurs par trop curieux qui, déjà, effleuraient les parois en quête d’inscriptions.
L’intérieur était plongé dans une fraîche pénombre, et la lumière dansante que projetaient nos torches révélait des fresques et des symboles courant le long des murs, dénués de sens pour la plupart d’entre nous mais éveillant tout l’intérêt de nos archéologues. Nous nous sommes déployés autour d’eux, prudents, guère intéressés par les gravures mais bien davantage par ce que l’obscurité au-delà du halo de nos flambeaux pouvait receler.

Pourtant, le danger vint de l’extérieur, sous une forme à laquelle nous ne nous attendions pas.
La Horde.

Nous les avons entendus avant de les voir, alors que nous avions éteint nos torches pour rester tapis dans l’ombre. Ils avançaient avec la même prudence que nous avions manifestée en entrant dans ces lieux et conversaient bas dans leur langue. Il y avait là des Réprouvés, des Sin’dorei, et sans doute d’autres races; difficile à déterminer dans la pénombre.
Nous hésitions sur la conduite à suivre lorsque certains d’entre nous décidèrent d’agir, spontanément et pas de la façon la plus heureuse. S’ils n’opposèrent guère de résistance et furent promptement éliminés, les combats eurent un effet auquel nous ne nous attendions pas. Le fracas des lames, ou peut-être le sang répandu, la magie volatile dans l’air, tout cela réveilla les anciens mécanismes qui dormaient jusque-là depuis un temps considérable.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Dim 19 Fév - 14:24

Un craquement, dans la pénombre.
Les deux colosses de grès qui flanquaient les parois de l’entrée s’arrachèrent à l’immobilité de la pierre alors que de complexes motifs s’illuminaient sur leurs corps minéraux. Du sable s’écoula alors qu’ils se redressaient, pivotaient, orientaient leurs têtes massives vers nous. La lumière qui flitrait de l’extérieur soulignait leurs contours.
C’était un mécanisme de purge que nous avions accidentellement déclenché.

Comment combattre de tels assemblages ? Leurs pas ébranlaient le sol, leurs immenses mains pouvaient briser la plus solide des armures, et qui sait s’ils ne cachaient pas des propriétés qui n’avaient rien de physique ?
Notre tactique se résuma à faire diversion et fuir entre les jambes monumentales des colosses. Les archéologues avaient, eux, réussi à évacuer les lieux dès les prémices de l’éveil des deux gardiens, aussi avons-nous pu nous concentrer sur notre propre retraite qui ne fut pas très heureuse. Les deux statues mouvantes évoluaient lentement et constituaient, par leur taille, des cibles faciles; cependant, dès lors que le groupe se dispersa autour d’elles, nombre de projectiles et de coups dévièrent. Ce fut une cohue plus que désordonnée, mais les gardiens ne nous suivirent pas à l’air libre. Ce fut notre propre première rencontre avec les mécanismes des Titans, et il nous donna un avant-goût de ce qui était à venir.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Mer 12 Avr - 13:41

Il y eut tout d’un coup cette surprenante vallée, encaissée entre des roches lissées par l’action du vent sablé.
Il y eut tout d’un coup cette gerbe de cactées de toutes sortes, qui jaillissaient du sable, d’un vert aveuglant.
Cette verdure soudaine était peut-être due à ce renfoncement qui créait un abri contre le vent, qui retenait peut-être le peu d’humidité que pouvait receler le désert. Mais, aussi étonnante soit-elle, cette forêt de cactus ne retint pas plus longtemps notre attention.

Car au-delà, au-delà…

Au-delà s’étendaient les portes monumentales d’Uldum, la terre oubliée.

Elles étaient réellement immenses et semblaient, pour nous minuscules êtres à leur pied, tutoyer le ciel azur. Le soleil frappait le grès qui les composait, et les faisait ainsi flamboyer d’or; dans son éclat, on ne percevait qu’à peine les émaux usés, joyaux poussiéreux et peintures écaillées qui ornaient encore les statues qui les flanquaient. Toutes représentaient des êtres humanoïdes, mais dont la tête pour la plupart était celle d’un animal. J’y repérai ainsi un faucon, un chacal ou encore un aigle.
J’avais, bien sûr, entendu des histoires. Quelques-unes, une poignée, bien rares pour quelqu’un qui venait d’un royaume si lointain, si nordique et surtout si renfermé sur lui-même. Il devait s’agir des antiques Gardiens qui veillaient en ces lieux depuis des temps immémoriaux.

La caravane s’engagea dans le défilé que les Portes ménageaient dans la montagne; leur présence était écrasante et nous cheminions en silence dans leur ombre bleutée. Le vent s’engouffrait dans cette brèche sans obstacle, faisant sinuer à nos pieds des langues de sable, et révélant brièvement les lignes droites d’un antique pavement.
L’ombre fraîche était bienvenue, mais il nous faudrait bientôt la quitter et nous apercevions déjà, au loin, la lumière brûlante qui se déversait d’un lieu ouvert.

Cet endroit, pour moi, avait quelque chose de terrible dans sa grandeur démesurée, son orgueil défraîchi, et pourtant si présent, comme le témoignage magnifié par le temps d’une époque d’immensité ouverte, d’êtres à la puissance terrifiante, artisans d’un monde qui était encore neuf, de montagnes pas encore grises; nous marchions sur la trame d’un passé grandiose qui ne demeurait dans l’esprit de tous qu’une vague ombre de mystères oubliés.
Et cela apprenait l’humilité, pour nous, pauvres comètes réduites à écouler une encre pâlissante sur des pages déjà effritées.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Mer 12 Avr - 14:18

Le soleil couchant nappait de fauve le sable en lui donnant un aspect crémeux et lourd, autour des pyramides à degrés à demi ensevelies. Là où des vestiges de murs se dressaient, il faisait mine de couler, de goutter en sève fluide, épousant le tracé de rues et de pavés si bien lissés par le vent incessant qu’ils en devenaient à peine perceptibles.

A contrario, ce dernier prenait un malin plaisir à le soulever en une poussière volatile et tourbillonnante qui étouffait les perspectives des ruines qui nous faisaient alors face.
Qui sait quels pièges pouvait receler un tel endroit ? Nous n’étions pas enchantés par l’idée de le traverser, aussi exposés, aussi vulnérables.
Aussi, le Capitaine ordonna l’envoi d’un groupe d’éclaireurs et je fus désigné avec le Sergent Azraen Nohir, ainsi que Nova et Oryane Vamar, deux nouvelles dans la compagnie.

Nous nous sommes écartés du groupe et avons commencé à avancer dans ce qui semblait être la rue principale, hypothèse étayée par le fait qu’elle menait droit aux Portes, tout en nous plaçant contre le flanc des édifices qui la bordaient. Le temps avait condamné leurs portes, mais cela ressemblait, à nos yeux étrangers, à des sortes de temples.

Il y eut un frémissement dans l’air, et une volée de flèches manqua de nous transpercer. Des bandits, comme le soupçonnaient certains d’entre nous; nous faisions en l’état des cibles faciles et la caravane devait être alléchante pour eux.
Nous avons suivi Azraen qui nous entraînait par le flanc du temple; son idée, simple, était de les surprendre à revers. Son exécution, en revanche, l’était beaucoup moins. Le sable recelait autant de dangers enfouis que de ruines, et devant moi Oryane faillit perdre la vie de la piqûre d’un énorme scorpion. L’attaque de la créature nous rendit plus prudents.

Éliminer les bandits ne fut pas une mince affaire, mais nous y parvînmes néanmoins. En revenant vers la caravane toujours à l’arrêt, nous avons croisé un second groupe qui expliqua avoir été envoyé en soutien, mais également pris en embuscade. Ils avaient employé la même méthode que nous pour éliminer un groupe similaire.
Le sol autour de la caravane était lui aussi jonché de cadavres. La plupart des mercenaires de première ligne, restés en défense, étaient occupés à nettoyer leurs armes ou fouiller les corps et le Lieutenant avait l’air satisfait. Les archéologues, à leurs mines peu rassurées, ne semblaient pas vraiment partager son sentiment.

Les ruines étaient tantôt révélées et tantôt dissimulées par les voiles tendus par le vent. Impossible de savoir si d’autres bandits se terraient là.
Nous avons repris la route, non sans prudence, jusqu’à quitter les ruines pour gagner le désert à proprement dit.
Le soir faisait éclater des couleurs pastels dans le ciel quand nous avons terminé de gravir avec peine une petite butte; là, une rivière formait un étang avant de filer plus avant sous la végétation vert sombre.
Le campement ne fut pas long à installer, tant nous avions hâte de nous y baigner, mais cela dut également attendre l’annonce du Capitaine qui accueillait nos recrues en tant que mercenaires à part entière.

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Dernière édition par Arliden le Mar 18 Avr - 11:58, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 13 Avr - 13:04

Ramkahen !

Nous en distinguions les formes depuis notre dernier campement. Les tol’virs nous avaient accordé un emplacement en périphérie de la ville, près du port de Mar’at et nous y avions installé notre camp. Les arbres ployaient au-dessus de nous, mais l’on voyait à quelque pas la limite ocre du désert qui roulait sans un son.

De l’autre côté, c’était la ville. Elle épousait un immense lac artificiel créé par le barrage édifié sur le lit de la Vir’naal. Cela nous évoquait bien sûr le barrage de Formepierre, qui avait longtemps retenu les eaux du Loch; mais celui-ci était beaucoup plus étendu.
On devinait sur cet horizon plat les silhouettes élancées, fines et blanches, des voiles des felouques, qui contrastaient nettement avec les lignes plus droites et dures des bâtiments de Ramkahen. La lumière pâle décorant les frontons faisait un écho plaisant aux reflets agités du soleil sur l’eau du lac et des multiples fontaines.

Mar’at, de son côté, était plus discrète. Ses murs de grès se dressaient sobrement au-dessus des quais.

Les archéologues ne s’intéressaient pas vraiment à tout cela. Ils avaient déjà sorti toutes sortes de cartes et de relevés et débattaient entre eux, faisant de grands gestes et pointant dans diverses directions.
Finalement, c’est vers le désert qu’ils ont souhaité partir. Ils y avaient à proximité un ensemble de ruines qui affleuraient le sable; leur ensevelissement avait certainement effacé la plupart des éléments importants mais ils estimaient qu’il s’agissait là d’un bon point de départ qui donnerait sans aucun doute des tas de données utilisables.

Le Capitaine a écouté tout cela et donné son accord. Azraen nous a rassemblés autour de lui; et l’un des archéologues a rallié notre groupe. Il s’appelait Burbage, professeur Burbage. Il était chargé d’un matériel qui n’avait aucun sens pour nous. S’il ne débordait pas de joie à l’idée de marcher en plein désert, il y avait dans son regard un enthousiasme de la découverte que nous ne partagions hélas pas. C’est en traînant les pieds à la pensée de quitter notre paisible oasis pour un désert brûlant que nous l’avons suivi.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 13 Avr - 13:48

Dans la lumière rasante du soir, l’air semblait être chauffé à blanc. A tel point que, à l’ombre de la pyramide, la fraîcheur se faisait coupante comme une lame.
Nous nous terrions contre le mur, à demi enfoncés dans le sable; droit devant nous, noyées dans le crépuscule blanc, on devinait les ruines qui réverbéraient le soleil dans un éclat aveuglant. Il était étrange de voir ainsi ces colonnes, ces toits pentus, ces têtes sculptées dépasser du désert, comme si le sable en crue avait subitement débordé. Mais les mouvements des dunes sont fréquents, dans le désert. Peut-être qu’à terme, le désert engloutirait totalement cet endroit, pour le recracher entier des années plus tard, lissé à neuf.

Le professeur ne se préoccupait aucunement de la situation. Il était tourné vers la paroi de la pyramide où quelque détail avait attiré son attention; je n’osais me retournais pour voir ce dont il s’agissait tant l’envie de le secouer risquait d’être impossible à réfréner.
L’ultimatum de la Horde résonnait encore dans l’air bleu. Une minute pour quitter les lieux sous peine d’être criblés de flèches par ces tireurs que nous n’arrivions pas à voir. Impossible d’imaginer une quelconque riposte alors que nous étions à découvert. Peut-être faudrait-il secouer le professeur, en fin de compte.

Nous nous sommes retirés. Burbage avait protesté à grands cris, ce qui n’augurait rien de bon pour nous; cette sortie n’avait pas porté ses fruits et il nous en tenait responsable. Mais, après tout, notre contrat ne stipulait pas de nous sacrifier dans le seul but d’obtenir le tracé d’une poignée de hiéroglyphes supplémentaires.
Et d’ailleurs nous n’avons eu aucune peine à remplacer ces quelques pièces perdues par celles, étrangement dorées et frappées d’un symbole triangulaire, d’un tol’vir venu des champs pour nous demander de nettoyer son terrain d’une invasion de pygmées.

Malgré tout, avoir été mis en échec par la Horde nous restait en travers de la gorge. Nous avons ruminé notre frustration avant de nous décider à agir, sous le bleu étiolé d’un après-midi finissant. Les mercenaires ennemis s’étaient établis plus au Sud, non loin des immenses champs des tol’virs; la route longeait la Vir’naal et l’air s’en trouvait légèrement plus frais.
Nous nous sommes dissimulés à l’ombre des feuillages et l’Adjudant est parti en éclaireur. Il est cependant bien vite revenu, porteur de mauvaises nouvelles : il nous était impossible d’attaquer leur camp frontalement aussi bien que de s’y infiltrer. Mais, durant nos délibérations, leur porte s’est ouverte et a laissé s’échapper un filet d’une vingtaine d’hommes. C’était une occasion à ne pas rater.
Peut-être était-ce dû à notre sentiment de colère, à notre précipitation ? Toujours est-il que cette attaque fut un échec. Nous avons été mis en déroute pour la seconde fois en presque autant de jours.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Mar 25 Avr - 13:08

Des jours ont passé, partagés tout à la fois entre la brûlure des sorties dans le désert et la tranquillité de notre oasis, entre les rivalités avec les mercenaires de la Horde, les missions pour le compte des Tol’vir et les explorations de ruines. Nous avions beaucoup de peine à nous adapter à cet environnement difficile, et nos échecs étaient à égalité avec nos réussites.
Toujours, l’ombre de nos rivaux planait à l’horizon, mais il nous fallait nous recentrer sur notre mission; nous n’étions après tout pas ici pour combattre la Horde. Aussi Lord Hastings a-t-il orienté son équipe et notre groupe en direction d’un temple, lequel lui donnait bon espoir de découvertes fascinantes.

Le temple était d’une stature modeste, relativement à la région où nous nous trouvions; il coiffait la falaise en formant un large surplomb. De là-haut, on pouvait voir le désert se déployer jusqu’à l’horizon, strié de l’ombre des dunes, son harmonie brisée par le foisonnement émeraude sombre qui s’appropriait les berges du fleuve. La chaleur intense du plein soleil était fortement atténuée par le vent, rafraîchi par l’altitude.

Installer un ascenseur de fortune ne prit qu’un instant à Eldared. Les archéologues nous ont rejoint, accompagnés de leur encombrant matériel, tout empruntés devant l’ouverture béante du temple. Ils s’en approchaient quand des cris ont retenti.
Les ennuis arrivaient. C’était, naturellement, les archéologues de la Horde.
Ils se sont précipités vers notre position mais nous avions déjà quasiment tous rallié le sommet. Pour une fois, nous leur avions damé le pion.

L’intérieur était légèrement éclairé par le mécanisme qui en occupait le centre. Comment décrire une telle chose ? Je ne suis pas ingénieur, et cet engin échappe totalement à ma compréhension. Luisant comme au premier jour, brillant d’une lumière d’or pâle - étaient-ce des roues et des engrenages ?

Dans la pénombre jaunie, deux yeux rouges - le regard brûlant nous a balayés et deux terrassiers ont péri sur le coup. Nous avons dû provoquer l’effondrement de la cavité pour nous en sortir. Nous l’avons échappé belle, ce jour-là.

Mais notre problème demeurait toujours entier : la Horde. La Horde.
Nous avions un très léger avantage, et il fallait désormais en tirer le meilleur parti.
Et les Tol’virs, indifférents à nos querelles, nous y ont aidé. Aussi les avons-nous retrouver au pied d’une pyramide, toute de grès pâle usé par le temps. Elle était bâti sur un socle monumental que plusieurs escaliers rendaient accessible; le vent en avait en partie enseveli les marches.
Chantesang nous couvrait avec les éclaireurs, nous avait-on dit. Nous avons jeté notre dévolu sur l’accès le moins gardé. Ce soir-là, nous les avons amputés de la moitié de leur effectif; ils ont vu toute la pitié que pouvait offrir le Lieutenant lorsqu’il ordonna que l’archéologue ennemi qui avait parlé contre sa vie sauve soit abandonné au désert.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Mer 3 Mai - 13:10

Des coups de canon. Des cris.
Ç’avait été un autre temple en ruine, niché au sommet d’une petite éminence; on y accédait par des escaliers qui sinuaient le long de ses flancs.
J’avais beau y repenser, revoir la mission depuis son commencement, je n’entendais que les coups de canon qui avaient claqué dans l’air ardent.

Allongé là dans ma propre infirmerie, la douleur me déchire l’abdomen. Remuer est insupportable.
Il y a directement à ma droite une autre couchette. Il me suffit d’un léger mouvement de tête pour discerner Hellmund, si immobile qu’on le croirait mort. Pourtant, on entend régulièrement ses inspirations sifflantes.
Étrange de se retrouver là, d’être incapable de bouger, de recevoir les soins des autres. Étrange de ne pas être celui qui nettoie, panse, recouds, de ne pas être celui qui guérit…

Des coups de canon… Le Lieutenant nous avait confié des balises magiques. Il voulait que nous les disposions là-haut, mais nos rivaux étaient déjà là.

On m’a dit, plus tard, que nous avions fui, que nos camarades nous avaient récupérés plus morts que vifs. Je veux bien les croire. On m’a dit que seul le sacrifice de Victoria, restée seule comme intrépide barrage avait permis notre sauvegarde. Là encore, je les crois volontiers.
Nous n’avons rien retrouvé d’elle. Si ce n’est, peut-être, un peu de son courage gravé en nous.

Il nous a fallu plusieurs longs jours pour nous remettre. Et pour retrouver notre mordant.
Nous avons rassemblé nos forces et nous sommes repartis. Retourner là ne fut pas une partie de plaisir, mais nous voulions notre revanche. Et nous l’avons eue : plus de canons pour nous accueillir; cette fois-ci nous en avions le contrôle, et nous les avons retournés contre la Horde. C’est quand les survivants se sont rendus que les choses ont pris un mauvais tournant.
Car Victoria est apparue. Un Réprouvé derrière lui maintenait le couteau sous la gorge. Notre surprise fut telle, après l’avoir déjà pleurée, qu’il s’en suivit un moment de flottement chaotique. Une mauvaise parole, un geste de trop ? Elle gisait déjà à nos pieds, ses assassins envolés.

Victoria Sharps, les annales se souviennent de toi.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 4 Mai - 13:01

Suite à cette ultime attaque, les forces restantes de la Horde ont été capturées. Ce problème finalement réglé, nous nous sommes vers la dernière étape de la mission archéologique : un dernier temple à explorer. Présenté ainsi, la chose paraissait fort simple, surtout avec l’expérience acquise lors des précédentes fouilles.
En réalité, ce temple était une sorte d’immense complexe bâti en amont du fleuve. Ses murs blancs étaient striés des éclats que le soleil faisait danser sur le bassin qui avait été créé à son pied, et un système de canalisations semblait utiliser une partie de l’eau pour former des fontaines qui ornaient chaque côté.
Une dalle parfaitement lisse formait le socle du temple. Et, chose qui avait animé les conversations de maintes hypothèses et attiré l’attention de nos archéologues, il était encore scellé. Nul n’avait jamais pénétré dans ces murs, et leur contenu restait inviolé.
Naturellement, il devait y avoir une raison derrière cet état de fait. Était-il resté inaccessible jusqu’à nos jours ? Inconnu peut-être ? Cela semblait peu probable.

Nous sommes établis sur les berges du lac, et dès le soir de notre arrivée, nous avons filé voir ce qu’il en était. Il faisait encore chaud, le crépuscule s’annonçait à peine et le grès, exposé la journée durant, renvoyait toute sa chaleur. Les cascades artificielles offraient un contraste de fraîcheur agréable.

Pouvions-nous ouvrir la porte scellée ? Cela restait à vérifier. Nous nous sommes dispersés pour fouiller les abords.
Je m’intéressais à l’orientation du temple par rapport au trajet du soleil -une chose qui semblait importante, dans ce pays- lorsque j’ai entendu les cris; une dispute avait éclaté. D’autres approchaient eux aussi de l’éclat; c’était Vaelys qui en était le centre. Elle tenait entre ses mains bien serré une antique poterie, que le temps avait réussi à garder intact, et refusait de laisser quiconque l’examiner. Elle ne m’avait jamais semblé férue de trouvailles archéologiques, ni même particulièrement cupide.
Il y avait quelque chose à l’intérieur. Une mousse bleue, disaient-ils.
Je ressentais le besoin d’obtenir ce vase. Il fallait que j’étudie ce spécimen. J’avançais donc sur Chantesang.

Des coups volèrent. Le vase follement convoité passa de mains en mains jusqu’à ce qu’Elen Underwood, d’un large coup, parvienne à le briser, ce qui marqua un temps d’arrêt dans la dispute. Mais les éclats d’argile ont remué, et cette mousse s’en est extraite. Je ne devrais pas l’appeler ainsi, car elle n’avait rien d’un végétal; tout au plus était-ce une sorte de parasite. Bref, cela se rua sur Nikolaus comme pour chercher à l’étouffer, et nos efforts pour l’aider n’étaient guère concluant. Nous avons dû le rapatrier au camp, piteusement, et nous cherchions à savoir s’il pouvait être victime d’un quelconque envoûtement lorsqu’un autre élément est entré en scène.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Jeu 4 Mai - 13:45

C’était une vieille femme, plus fripée qu’une pomme passée, et enveloppée de voiles. Le Lieutenant s’est porté à sa rencontre, sa haute stature d’elfe formant un net contraste.
Elle s’est présenté comme une voyante. Nous ne sommes guère superstitieux dans la compagnie, mais j’ai tendance personnellement à accorder une grande valeur à ceux qui parviennent à discerner les lignes de l’avenir. Et nous nous accordions pour penser qu’une simple diseuse de bonne aventure n’aurait pas eu grand intérêt à traverser le désert pour nous retrouver au pied d’un temple.
Elle a longuement parlé d’un avenir sombre, d’un mal en approche comme une ombre rampante, d’un choix qui se présenterait bientôt à nous; cela semblait le propre de toutes les prophéties. Je ne percevais que des bribes depuis l’infirmerie de fortune, mais j’entendais mentionner des îles, ce qui référait sans aucun doute à un futur pas si proche que ça;

«L'avenir est trouble pour vous tous, vos vies sont en suspens, il ne fera pas bon d'être un guerrier et il se peut aussi que les adversaires ne soient pas toujours ceux qu'on croit.»
Tels sont les mots sur lesquels elle a achevé son discours, retransmis par Sylvess.

Les choses sérieuses allaient commencer.
Le Lieutenant, face à la porte, a fait céder le sceau, dans un grand éclat de lumière bleutée.

C’était noir, là-dedans, et froid, et poussiéreux, comme le sont les endroits qui ont passé des siècles, si ce n’est des millénaires, sans jamais voir le jour. Il y avait de longs couloirs qui se subdivisaient et se rejoignaient sans cesse; le complexe était vaste, et la terre me murmurait qu’elle portait un grand nombre de salles enfouies. Il y avait des gardiens de pierre, que nous avons dû vaincre.

La chambre principale, ou ce que nous supposions l’être, suivait le plan d’une croix et semblait la nef d’une immense cathédrale, où les ombres jouent pour cacher murs et plafonds. Nous marchions entre deux canaux où l’eau avait un calme chuchotis sans écho, et nos torches révélaient au gré des marches les dorures incrustées. Dans un endroit aussi colossal, le silence était pesant, comme si une invisible mer faisait pression sur nous de toute sa hauteur.
Il s’est brisé alors que nous arrivions au centre de la salle. Des doigts osseux ont agrippé les dalles, extirpant les corps squelettiques de l’eau, les vaincre ne fut pas une mince affaire, et leur présence dans un caveau pourtant scellé alluma une certaine appréhension en nous.

La dernière branche de la chambre était creusée d’un grand bassin, qui semblait irradier de lui-même d’une lueur azurée. Nous l’observions lorsque, pour la première fois, nous avons entendu les murmures. Ils ont soulevé la première vague de panique.

Réaliser que nous étions incapables de fuir fut la deuxième. Les torches ont vacillé, puis se sont éteintes, laissant régner le seul chatoiement du bassin.

Et de l’eau du bassin… Ne me demandez pas de décrire cette chose. Sa simple existence provoque l’horreur et la folie, et je tremble encore aujourd’hui à son seul souvenir.

Cette chose s’est levée du bassin. A sa suite des tentacules fantomatiques ont affleuré des dalles et se sont attaqué à nous, tandis que l’être semblait peiner à avancer.
Au milieu des cris de terreur, la Bête a rué et s’est libérée.
Au milieu des cris ont tonné des coups de canon cette fois salutaires. Nos camarades étaient venus à notre rescousse, et nous entendions le Capitaine hurler la retraite. Le monstre et ses appendices semblaient momentanément affaiblis par l’attaque soudaine, et nous avons commencé à prendre la fuite, mais le corps pâle du Lieutenant demeurait étendu, terriblement proche de la créature. J’hésitais à revenir sur mes pas, mais les ordres qu’on criait me poussèrent à remonter. Nous avons jailli à la lumière, haletant, terrorisés.

Voilà notre réponse. Voilà pourquoi ce temple était demeuré scellé durant des millénaires.

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MessageSujet: Re: Annales de la compagnie, volume IV : Livre d'Uldum   Ven 5 Mai - 12:56

Voilà tous les mystères antiques que nous avions réussi à révéler : les monstres du passé. Les horreurs que l’on enterre et que l’on prie pour ne jamais, jamais retrouver.
Nous ne sommes pas des héros. Mais nous savions, tous, que cette chose que nous avions laissé s’éveiller, cette chose finirait par sortir de sa tombe. Bref, il était nécessaire de sceller de nouveau le caveau. Et sans l’appui des mages Pride Tucker et Anarya Brynt, que le Capitaine appela à notre secours, nous n’y serions pas parvenu.

Le mal n’attend pas pour se répandre, et la chambre principale grouillait déjà de tous les monstres de l’obscurité souterraine. Combattre pied à pied, auréolés des incantations du rituel d’emprisonnement. Puis échapper à la purge, une fois les systèmes de sécurité rétablis. Ce fut une épreuve terrible, et nous étions tous ébranlés.
Désormais, le tombeau scellé veille sur son hôte. Mais, un jour, nul doute que la curiosité de l’homme le poussera de nouveau à sa propre perte.

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