Rétribution

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 Bannière de sang

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Assast
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MessageSujet: Bannière de sang   Lun 3 Oct - 17:54

Port de Menethil, septième jour du quatrième mois de l'an 16 :

"Debout gamin, t'es minable assis comme ça"
L'adolescent leva les yeux vers la silhouette massive du jeune homme qui s'adressait à lui.
Grand, fort, une épaisse tignasse brune qui lui recouvrait la tête et les pousses d'une barbe déjà bien enracinée, il respirait la santé, la puissance. Pourtant, et malgré l'invective, il décida de ne pas bouger.
"T'es sourd ? J'ai pas que ça à foutre." repris le grand brun d'un ton exprimant nettement son humeur.
"Ah oui ? Et t'as quoi à faire de si important ?" rétorqua le garçon, narquois.
"Bouge tes miches ou je t'abandonne ici" répondit vivement son interlocuteur
Soupir, grognement, rideau. La comédie était finie et la résistance aussi, il se leva. Sa taille n’excédait pas le mètre soixante et il faisait pâle figure à côté du mastodonte qu'il côtoyait.
"C'est encore loin ?"  s'enquit-il.
"Ouais. Et encore pire si tu t'arrêtes tout le temps."
Se retournant sans rien ajouter, cheveux bruns lui fit signe de le suivre. Obtempérant de très mauvaise grâce, l'adolescent râleur se mis à le suivre dans le dédale de ruelles que formait la petite ville. Des odeurs de marée, mais aussi d'excréments et d'urine parfumait délicatement chaque parcelle de l'endroit. Cela ne semblait pas l'incommoder outre mesure et il se faisait un plaisir de promener ses yeux bleus sur tout ce qui l'entourait, comme pour effleurer, toucher, s'approprier les objets et les gens, visualiser l'activité pour mieux s'immerger.
Marchands, soldats, artistes, voleurs, lui semblaient tous si familiers, et pourtant..
L'arrivée dans le port, trois jours plus tôt ne s'était pas fait dans les meilleures conditions possible : Il avait tenté de voler la bourse du premier pigeon venu et s'était fait prendre comme un débutant. Son gardien avait dû négocier deux heures durant, et lui se mettre à l’abri de son courroux juste après. Depuis il faisait profil bas. Ce dernier le tira d'ailleurs de sa rêverie.
"C'est ici. Viens, mais ferme ta gueule d'accord ? On a vraiment besoin de prendre ce navire"
L'adolescent hocha la tête et tout deux entrèrent dans la grande salle enfumée d'une taverne. Un relent d'alcool de mauvaise qualités vint chatouiller les narines du garçon et de son comparse qui, sans y prendre garde, se dirigèrent en direction d'une petite table proche de la cheminée crépitante, à laquelle se tentait un vieil homme, chauve et doté d'une grande barbe grise, plongé dans un livre couvert de symboles complexes qu'il n'avait jamais vu.
Ce dernier salua les nouveaux venus quand ils se manifestèrent et indiqua le tabouret d'en face au grand qui s'assit face à lui. Pendant qu'ils devisaient, il balaya la pièce du regard.
Pêcheurs et marchands s'entretenaient aux oreilles de tous tandis que dans le fond, deux hommes, tout de cuir vêtus bavardaient à voix basse, hors d'atteinte. Clients et employés se croisaient et se recroisaient inlassablement et le ballet qui en résultait l'intriguait.
Mais c'est la silhouette gracile d'une jeune fille qui accrocha à son regard. Trop jeune pour être une serveuse, trop maigre et sale pour une prostituée. Ses vêtements déchirés et sa tignasse en bataille, ceinte d'un bandeau de tissu noir, assortis à des yeux verts farouches et déterminés dépeignaient un tableau étonnant, intriguant. Elle lui adressa un bref coup d’œil avant de sortir, prestement.
"Marché conclu !" fit la voix grave de son compagnon, le sortant aussitôt de sa rêverie. Ce dernier serrait la main du barbu avec énergie avant de reprendre.
"C'est arrangé. Ce soir, on quitte ce trou, vers Lordaeron. Pas fâché de rentrer à la maison."
Le garçon sourit timidement et se contenta de hocher la tête. "Enfin ?" se demanda t-il.

Alors qu'un tapis d'étoiles couvrait le ciel obscur et qu'une brise fraîche soufflait dans la baie de Baradin, gonflant les voiles du trois-mâts en route pour Austrivage, alors que s'éloignait les lueurs vacillantes du port de Menethil et que s'estompait l'odeur, les bruits et les voix, se tenait appuyé à la proue un adolescent maigre, le front ceint d'un bandeau noir. Rêveur, il contemplait la ville et le lointain, plongé dans les limbes de souvenirs frais, désormais gravés à jamais dans sa mémoire.
Une voix grave retentit derrière lui mais il ne pris pas la peine de se retourner, il savait.
"Les choses vont enfin changer, Assast."


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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mer 5 Oct - 13:03

Ferme Stroganov, vingt-septième jour du troisième mois de l'an 18 :

Un soleil vif et brillant éclairait la cour encombrée d'une ferme. Plusieurs bâtiments, grands, où s'activaient nombre d'ouvriers, d'employés, occupés à vaquer aux tâches quotidiennes. Des animaux, aussi, vagabondaient parfois en son sein, échappés de leurs enclos ou juste laissés libres.
En son centre toutefois se tenaient deux silhouettes familières. La première, toujours plus massive et velue, pleine de santé, à la voix tonnante et grave, le fils de la maison Stroganov. Le second avait grandi lui aussi, mais ne pouvait espérer égaler la taille de son camarade. Des cheveux châtains lui tombaient sur les épaules, et ses yeux gris observaient son vis à vis avec appréhension.
Le duel qui les opposaient ne paraissait pas très égal tant la différence de carrure sautait aux yeux.
"Arrête de bouger ! C'est pas ça qui va t'sauver !" hurla Vladimir, le visage rouge de colère.
Ne disant rien, l'adolescent esquiva un nouveau revers de la lourde lame d'entraînement de son frère d'adoption et tenta de faire voler la sienne vers la cuisse de ce dernier, lui infligeant un douloureux hématome.
"Arh.. " glapit le colosse, avant de projeter son épaule dans la poitrine de son adversaire, le clouant dans la boue. Levant sa lame il se prépara à frapper mais...
"ASSEZ !" Fit une voix aiguë, mais d'une telle fermeté que Vladimir lâcha aussitôt son épée de bois pour tendre la main à son camarade.
Un petit bout de femme aux cheveux gris coupés courts traversa la cour pour rejoindre les deux combattants. Son visage exprimait un mélange d'indignation et d'implacabilité propre aux gens de caractère et elle tenait fermement dans sa main droite le manche d'une poêle à frire en fonte, usée par les cuissons.
"VLADIMIR, TU AS DU TRAVAIL. PAS LE TEMPS DE T'AMUSER. TU ME FAIS HONTE !"
Le barbu penaud bredouilla quelque chose : "Mais 'ma.."
Un bruit de coup violent résonna, sous les yeux médusés des ouvriers de la ferme.
"LA FERME. AU BOULOT ! ET TOI AUSSI !" ajouta t-elle en lançant un regard ardent à Assast qui se recroquevilla sur lui même.
Les deux compères ramassèrent leurs armes factices et prirent la route de l'étable, d'un pas lent, tandis que le dragon retournait à ses œuvres.
"Je me demande si elle hurlait déjà à notre âge. Je crois que je ne l'ai jamais entendu parler autrement." ricana l'adolescent.
"Moi j'en suis convaincu." répondit le grand en se frottant le crâne, là ou la fonte avait frappé.
"Peut-être qu'on pourrait recommencer à s'entraîner ce soir. Si je ne maîtrise pas l'épée aussi bien que toi, je ne pourrais jamais devenir soldat." interrogea son interlocuteur.
"Ce soir j'ai prévu autre chose pour toi petit. Et tu es déjà bon, j'crois même que tu pourrais bien me surpasser tôt ou tard, et crois moi j'redirais pas ça deux fois." grogna Vladimir en réponse.
"Tu as prévu quoi au juste ?"
"Tu verras. Mais j'pense que ça va te plaire. C'est une tradition familiale."
Le jeune homme déglutit à ces mots. "Une tradition familiale ?" pensa t-il. La famille Stroganov avait beau être extrêmement généreuse avec lui, ils n'en étaient pas moins excentriques en terme de mode de vie et de coutumes. Le père particulièrement.
"Tu m'inquiètes là"
"Ai confiance. Tout ce que tu dois savoir, c'est qu'on se retrouvera à la tombée de la nuit dans la grange en hauteur. D'accord ? Et ne te fais pas voir, 'ma me tuerait."

C'est bien plus tard que le jeune homme exténué prit la route de la grange, plein d'appréhension.
Il était loin de se douter que cette nuit ne serait que la première d'une longue série, mais qu'à compter de celle-ci, il ferait partie de la famille, à jamais.[/i]


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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Ven 7 Oct - 0:39

Forêt proche de Stratholme, quatorzième jour du douzième mois de l'an 18 :

"Tu le vois ?"
"Oui."
"Alors tire."
"Non, attends."
"Tire je te dis. Sinon il va dégager et 'pa va râler"
"Mpf.. "

Une détonation claqua dans la clairière enneigée, et deux oiseaux prirent leur envol, fuyant ce vacarme qu'ils ne connaissaient que trop bien. Deux masses humaines, emmitouflées dans d'épais manteaux s'extirpèrent des fourrés et s'avancèrent vers le cadavre d'un lapin, dont le sang chaud laissait une traînée écarlate dans la neige immaculée. Alors que le plus grand se dirigeait dans cette direction, le second s'arrêta net, observant la clairière baignée de lumière.
Les branches nues des arbres se balançaient au rythme lent du vent d'hiver, et de la mousse grimpait le long des troncs, s'aventurant jusqu'aux moindres recoins de leurs hôtes, invitée indésirable, parasite.
Plus loin, à travers les arbres, l'ombre massive d'une masure ancienne semblait se profiler, et une colonne de fumée épaisse s'échappait de la cheminée. La façade de pierre brute et le toit de tuiles noires transpiraient le mysticisme, l'aventure. Assast n'avait jamais vu cette maison et cela le perturbait, Vladimir et lui étaient familiers de ce bois.
Il se tourna vers son compagnon, penché sur le petit animal.
"Tu as vu ça ?" dit-il simplement
"Voir quoi ? Je suis un peu occupé" répondit son ami sur un ton sec
"La maison, là. C'est la première fois que je la vois. Je ne savais pas que quelqu'un habitait dans ce bois."
"Personne n'habite dans ce bois, tu dois rêver." ronchonna le colosse sans prendre la peine de regarder
L'adolescent soupira et porta un nouveau regard à la structure. Un éclair de stupéfaction le frappa : elle avait disparue, plus une trace. Il s'élança alors dans la direction supposée de ce qu'il avait vu mais rien. Pas de fondations, pas de mur, juste des arbres, à perte de vue.
"J'crois que t'es fatigué et qu'on devrait rentrer" fit une voix grave, derrière lui
Il l'ignora pour reporter son regard sur les alentours. Avait-il rêvé ? Non bon sang, cet endroit paraissait si réel. Il se garda toutefois d'en dire plus et se dirigea vers son ami, bien décidé à ne plus en parler.
"Tu as raison. Rentrons rapporter notre gibier." dit-il sans conviction.
Alors que les deux garçons s'éloignaient, leurs pas lourds crissant dans la poudreuse, Assast perçut une odeur fugace : celle du bois qui brûlait dans une cheminée.
Il reviendrait, plus tard.


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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mar 18 Oct - 16:53

Stratholme, vingt septième jour du sixième mois de l'an 19 :

Dong, dong, dong
"Dépêches toi on va être en retard !"
Dong dong dong
"Je fais de mon mieux !"
Dong dong dong
"Voilà ! C'est là, oups pardon madame"
Sous le ciel brillant du mois de mai, la cité de Stratholme était radieuse, en fête. Les cloches sonnaient à tue-tête, célébrant la venue en ville d'un concile de chevaliers, et pas n'importe lesquels : la Main d'Argent.
Sur la place du marché une foule monstrueuse se bousculait pour assister à la procession magnifique des héros de l'humanité, des champions de la Lumière sainte qui s'avançaient sur leurs fiers destriers, resplendissants de charisme et de force.
"Lui c'est Gavinrad" murmurait-on ; "Voilà Dathroran" s'exclamait une vieille femme.
Au cœur de l'agitation, deux jeunes hommes tentaient tant bien que mal de se faire une place. Ils jouaient des coudes, des épaules et des bras pour se faufiler dans la masse presque grouillante de civils en liesse.
"Passer de l'autre côté va être compliqué. Pourquoi fallait-il que tu veuilles y aller aujourd'hui ?
On aurait simplement pu profiter de l'ambiance."
ronchonna Vladimir, fidèle à lui-même.
Le bougre avait encore grandi, pris en masse et en carrure et dominait les gens d'une bonne tête au moins.
"Râle pas. On va trouver." rétorqua son compagnon qui semblait chercher un passage à travers les mailles du filet humain. "Tiens, par là."
Ils se faufilèrent, et parvinrent au prix d'un effort considérable à atteindre une ruelle en amont de la manifestation. Celle-ci exhalait des odeurs rances de poisson mort et de boue mêlées et seul un gros matou sale se délectait de vieux restes, sans doute liés à l'odeur. Elle semblait conduire à un ensemble de masures en mauvais état qui tranchaient avec la modernité du quartier.
"Charmant."
Assast ne prit pas la peine de répondre et accéléra le pas sans se soucier de l'insalubrité ambiante, son compagnon sur les talons. Au bout de quelques dizaines de mètres il s'arrêta face à la porte d'une bâtisse semblable aux autres par son aspect délabré. Le jeune homme frappa à la porte, une fois, deux fois avant qu'un homme gras et rougeaud, au cou de taureau et au crâne luisant de sueur ouvre la porte et s'adresse à lui d'une voix forte.
"Qu'est-ce qu'tu veux ! P'quoi t'frappes chez moi résidu de foutre d'chien galeux ?"
"Je viens voir Emmett." lui répondit le garçon d'un ton calme. Derrière lui l'ombre rassurante de Vladimir le couvrait, et il le savait. Son frère d'adoption était capable d’assommer trois hommes d'un seul coup dans ses bons jours.
"J'connais pas de gars de ce nom !" dit le type en tressaillant pourtant en entendant le nom prononcé.
"Je crois que tu mens. Et je crois qu'il ne serait pas content qu'un gros porc comme toi m'empêche de venir au rendez-vous qu'il m'a fixé."
Le garde se mit à grogner et porta la main sur le manche de la matraque qui pendait à sa ceinture.
"Je vais te corriger moi espèce de.. gurh..."
Il n'avait pas eu le temps de faire un pas que Vladimir était sur lui, le tenant par la gorge d'un seul bras.
"Il t'a dit qu'il avait rendez-vous. Moi j'ai pas que ça à foutre alors dépêches-toi ou je te brise cette énorme saucisse qui te sert de cou" rugit-il.
"Assez." fit-une voix calme, mais extrêmement ferme. Un homme effilé comme une lame se tenait sur le seuil de la porte, à l'endroit qu'occupait quelques instants auparavant son imposant sbire.
"Lâchez-le. Il n'était pas au courant de notre entretien. Et suivez-moi à l'intérieur. Je n'ai que peu de temps à vous accorder." ajouta l'inconnu avant de disparaître dans la maison.
Assast hocha la tête et adressa à son compagnon un geste d'apaisement. Ce dernier relâcha sans aucune précaution le gros homme qui s'effondra lourdement sur le sol et suivit son ami sans se faire prier.
L'intérieur tranchait avec l'aspect général de la bâtisse et du quartier. Décoré avec goût et raffinement, ses pièces et couloirs étaient agréables à l’œil et chaleureux.
Ils suivirent leur hôte jusque dans un petit salon confortable, pourvu de fauteuils qui semblaient moelleux à souhait, et d'un âtre dans lequel ronflait un feu mourant.
"Prenez place" commanda le dénommé "Emmett" sur le même ton que précédemment.
Tout en lui exprimait la maîtrise et la grâce, et de même que pour sa maison il dénotait avec l'homme de main gras et sale qui faisait office de portier. Un fourreau ornementé pendait même à sa ceinture, garni d'une épée à la garde finement ciselée.
"Je sais pourquoi vous êtes là, mais je ne peux pas vous aider. Je n'ai pas les moyens d'obtenir ce que vous cherchez."
Vladimir s'empourpra et frappa du poing sur l'accoudoir de son pauvre siège. "Menteur ! Je sais que les Rakanov ont payé pour obtenir vos services et qu'ils vous ont acheté pour que vous n'accédiez pas à nos demandes. Ils savent que vous n'interviendrez pas et peuvent laisser libre cours à leurs forfaits !"
"Même si c'était le cas.. Qu'importe ? Je suis en droit de faire affaire avec qui je le souhaite, il me semble."
Assast s'éclaircit la gorge et prit la parole à son tour "Vous connaissez les rumeurs. Nous avons besoin de votre investissement pour protéger la ferme. Les Rakanov empiètent sur nos terres pendant que les troupes sont occupées par ces rumeurs de peste. Et ils sont trop nombreux pour nous."
"Ce n'est pas mon affaire. Je suis disposé à discuter mais votre prix est trop faible. Je n'ai rien à vous offrir." répondit l'hôte, imperturbable.

Une demi-heure plus tard, les deux jeunes hommes furent de retour dans la ruelle, la mine basse pour le plus jeune, et le regard brillant de fureur pour le second. Sans un mot ils reprirent le chemin de la place, désormais bien moins animée.
"Retourne voir ta femme et tes enfants Vlad, je vais trouver un moyen."
Le concerné s'apprêtant à répliquer, le garçon enfonça le clou.
"Si tu t’énerves on obtiendra rien. Je vais la jouer fine. Fais-moi confiance, vous m'avez tout donné et je vous dois probablement la vie. S'il te plaît, mon frère."
Sans répondre, Vladimir se détourna et pris un autre chemin. La colère passerait, pensa Assast, les ennuis aussi et tout redeviendra comme avant.
Il ne savait pas.
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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mar 24 Jan - 18:07

Région de Stratholme, onzième jour du deuxième mois de l'an 20 :

"Compagnie, en marche ! " rugit une voix puissante.
La cohorte de jeunes gens en armes se mit en branle, dépassant les portes de la ville d'un pas vif, sous le regard inquisiteur de leur officier, juché sur une jument baie de belle allure.
Coulant un regard à ses voisins, Assast voyait en eux pêle-mêle la confiance, la peur ou la foi.
Sur le bord de la route, en traversant un sous-bois il aperçut au loin la silhouette reconnaissable de la ferme, et la fumée épaisse qui s'élevait de la cheminée.
Un sourire passager apparut sur son visage, l'idée de rejoindre la chaleur douillette du foyer familial lui traversa brièvement l'esprit, mais s'évanouit rapidement : c'était sa décision de partir.
Laisser les affaires à Vladimir l'inquiétait un peu, les récents heurts avec la famille Rakanov qui possédait une grande partie de la région avaient sérieusement mis à mal le peu de calme dont était capable son frère adoptif.
Mais l'heure n'était plus aux querelles de territoire, ni aux affrontements aux poings entre deux sacs de grain.
Un mystérieux Fléau sévissait dans le nord, et on parlait de morts qui revenaient à la vie. Des troupes avaient été levées et on racontait que le fils du Roi en personne, accompagné par le Seigneur Uther, le Porteur de Lumière, enquêtaient sur ces événements dont on ne savait finalement que très peu de choses.
La section qu'il avait rejoint se préparait à gagner un fort pour en renforcer la garnison et attendre les ordres de l'état-major.
S'engager lui permettrait de voir du pays, mais surtout de se faire une place.
Il n'avait aucune prétention sur l'exploitation, et il ne comptait d'ailleurs pas là dessus malgré les promesses de Vladimir de lui en accorder une part. Spolier son bienfaiteur d'une partie de ses biens ne l'intéressait pas, il gagnerait tout, seul.
La journée passait, rythmée par les bruits de bottes qui martelaient la terre battue, ou le pavé des grandes routes du royaume. Les rares pauses permettaient aux soldats de sympathiser, de deviser, et la plupart des conversations portaient sur l'objectif final de leur petit périple.
Alors que le ciel s'assombrissait, et que la voûte céleste se couvrait d'une multitudes d'étoiles brillantes, les hommes et femmes s'affairaient à monter les tentes et allumer les feux. Le fort n'était qu'à quatre jours de marche de Sratholme, et il ne faudrait pas longtemps pour l'atteindre. S'asseyant autour du feu qu'il venait d'allumer, Assast considéra ses camarades avec un peu plus d'attention. Il y avait de tout : des paysans solides aux jeunes braconniers, en passant par quelques citadins plus frêles.
Point de nobliaux qui rejoignaient l'infanterie lourde ou la cavalerie.
Un groupe de trois jeunes gens vint s'asseoir à ses côtés. Une femme, deux hommes.
Elle était d'un blond commun, et son visage terni par l'uniforme n'avait rien d'extraordinaire, mais il lui trouva tout de suite quelque chose.
Le premier des hommes était un roux de grande taille, barbu, aux avant-bras musculeux et à la voix forte, et le second, un haut-elfe brun, plus petit, dont les yeux brillaient d'une intelligence plus vive que celle de ses autres camarades.
"Salut !" lança t-il à l'attention du trio, peu désireux de se faire des ennemis d'entrée de jeu.
"Bonsoir camarade !" rugit le grand en souriant gaillardement.
"On a vu que t'étais seul, c'est mieux en groupe par les temps qui courent, mh ?" ajouta son compagnon.
La jeune femme se désigna du pouce et pris la parole.
"Moi c'est Tina, le barbu c'est Betram, et lui c'est Lim" dit-elle avant de sortir de son sac une outre de cuir pleine.
"Assast" répondit-il sobrement.
"Pas commun. T'es pas d'ici, si ?" questionna le dénommé Bertram en reniflant.
"Pas exactement, je suis de Hurlevent, à l'origine. Mais mon coeur va à Lordaeron."
"Hurlevent, hein ? C'était sacrément la merde là-bas, à une époque. T'as évacué c'est ça ?" lui demanda à son tour Tina qui s'était assise à côté de lui.
"Oui, mais j'étais redescendu. C'est compliqué, et j'vais pas vous assommer avec mon histoire. Pas sans boire en tout cas."
Le colosse éclata d'un rire sonore et tapa un grand coup dans le dos de sa camarade.
"File lui l'outre. J'aime bien les histoires."
Elle se masse le dos en ronchonnant, but une gorgée et fit passer au jeune homme, qui avisa brièvement ses nouveaux compagnons.
"Mais avant, vous êtes d'ici vous ?"
C'est Betram qui repris la parole.
"Ouais. On travaillait ensemble avant de s'engager, dans les manufactures. Mais c'est ingrat et ça fait pas rêver. On est cousins avec Tina. Et Lim est un vieil ami d'enfance" se sentit-il obligé de préciser.
Portant finalement l'outre à ses lèvres, Assast sourit, hocha la tête, et commença son histoire.
Plus tard, dans la nuit, alors que les braises des feux de camp scintillaient, que quelques sentinelles fatiguées surveillaient les alentours et qu'il plongeait dans le sommeil, une tête aux cheveux paille posée sur sa poitrine, l'image de la ferme paisible lui traversa l'esprit, furtivement.


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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mar 24 Jan - 18:41

Quelque part en Lordaeron, quatrième jour du troisième mois de l'an 20 :

"Il en reste trois ! Attention sur ta gauche !"
Il se retourna et aperçut sur son flanc la carcasse décharnée et malsaine d'une goule qui se jettait sur lui. Une flèche acérée lui traversa la tête avant même qu'elle n'ait pu l'atteindre et son corps grotesque retomba au sol, lourdement.
Assast aperçu Lim qui préparait un second projectile, perché sur le toit de la grange à l'abandon.
Plus loin, Tina et Betram luttaient contre les deux créatures restantes dont les énormes griffes fendaient dangeureusement l'air.
Le Sergent Korloff, un vieux type bravache à la moustache grise, au regard triste mais à la voix ferme tapota l'épaule d'Assast.
"Va les aider mon garçon, Kena, Tekern, Clotaire, avec moi. On va fouiller la baraque."
Il se rua à l'aide de ses compagnons. Bertram était une force de la nature mais ses mouvements manquaient de précision, et la goule se rapprochait un peu plus entre chaque assaut du colosse. Tina se débrouillait mieux, et il ne put s'empêcher de ressentir une certaine fierté tant il se sentait responsable de ses progrès.
Il avait acquis à son égard une profonde affection qu'il jugeait réciproque et partageait avec elle ses entraînements, ses patrouilles et ses nuits.
La distance qui le séparait du combat n'était pas très importante mais il savait qu'une seule morsure des monstres morts-vivants pouvait être mortelle. Leurs armures d'éclaireurs ne protégeaient pas suffisament pour les en prémunir efficacement.
D'un coup sec, la jeune femme trancha le bras gauche de sa cible, mais celle-ci en profita et lui bondit dessus. Ses mâchoires claquaient au dessus sa proie et celle-ci dissimulait à peine la peur totale qui s'était emparée d'elle. Son épée faisait office de barrière entre la vie et la mort.
"Laisse, Betram, je m'en occupe !" s'exclama Assast à l'attention de son camarade qui tentait toujours de se débarasser de son non-mort, sans succès. Poursuivant sa route, le jeune homme parvint au niveau des deux combattants et frappa la goule d'un coup de botte, avant de lui plonger son épée dans le crâne, jusqu'à la garde. Il ne pris même pas le temps de la retirer, et se pencha nerveusement sur celle qui, un instant plus tôt, luttait contre la mort.
"Tu vas bien ? Elle ne t'a pas touchée ?"
"Je crois pas. Bordel, j'ai cru que j'allais y passer. T'as .. "
"C'est bon." Il la tira par la main pour la relever, et un nouveau projectile jaillit pour renvoyer l'autre goule dans sa tombe. Lim leva le pouce à l'attention de ses compagnons.
Betram s'appuya sur sa lourde hache et s'exprima en premier, sur un ton inquiet qui ne lui ressemblait guère : "Vous croyez qu'il y en a d'autres ? On devrait peut-être rentrer."
Tina, remise, ajusta sa cuirasse et essuya son arme couverte d'ichor dans l'herbe brûlée.
"On va voir ce qu'en dit le sergent."
Et à cet instant précis, un bruit sourd résonna du côté de l'inquiétante masure qui dominait le terrain, suivi d'un hurlement. La porte s'ouvrit à la volée et Kena, une jeune femme maigre originaire d'Andorhal, et Clotaire, un ancien garde de Stratholme reconverti en jaillirent, paniqués.
La première hurla "FAUT FILER. ILS ONT EU LE SERGENT !"
Assast adressa un signe à Lim qui banda son arc vers ladite porte, pendant que les deux fuyards s'en éloignaient pour rejoindre leur escouade.
Il se tourna ensuite vers Bertram et Tina, et tous trois s'approchèrent avec une immense prudence de la maison.
"N'y allez pas" gémit Clotaire. "On a rien eu l'temps de voir qu'ils étaient morts.."
"Si on revient les mains vides on va se faire allumer. Faut au moins savoir ce qui a eu le Sergent" lui répondit sèchement l'Hurleventois.
Ils n'eurent pas à pénétrer dans la maison. Un pan entier de mur explosa et une gigantesque abomination, assemblage atroce de morceaux de chair en décomposition recousus surgit du trou béant. L'heure n'était plus à la discussion. La flèche de Lim traversa la panse graisseuse de la créature sans causer le moindre dommage, tandis qu'elle avançait d'un pas pesant en direction du groupe.
"Il faut fuir. Si on est rapide, elle ne nous rattrapera pas !" repris le jeune homme le plus assurément possible.
Clotaire était déjà loin, mais Kena attendait docilement qu'on lui dise quoi faire. Tina, Lim et Bertram, eux, savaient à quoi s'en tenir. Ils se mirent à détaler, le plus vite que leurs jambes pouvaient les porter. Alors qu'ils atteignaient le sous-bois, le bruit d'une chaîne rouillée claqua derrière eux, et l'imposant Bertram disparu brusquement de leur champ de vision.
Ils se retournèrent pour constater avec horreur que ce dernier, attiré par la chaîne était à présent empalé sur le crochet du monstre, se vidant de ses entrailles et de son sang, pâlissant à vue d'oeil.
"NON !" la blonde tenta de se ruer à l'aide de son cousin à l'agonie, mais les mains d'Assast et de Lim la retinrent, et la tirèrent dans la forêt alors que la créature se rapprochait encore.
Le retour fut silencieux. Elle s'était fondue dans un mutisme total, et ses trois camarades fatigués tentaient de se montrer attentifs aux menaces qui rôdaient peut-être autour d'eux.
L'arrivée au camp fortifié de la section s'avéra être un réel soulagement et pendant que l'elfe se dévouait pour porter son rapport au lieutenant, Assast raccompagna la jeune femme inconsolable à l'infirmerie. Elle avait grand besoin de repos et il doutait pouvoir lui apporter autre chose que sa présence dans l'immédiat.
Soupirant, il rejoignit finalement le mess, pour s'asseoir dans un coin, épuisé. Ses pensées vagabondaient dans tous les sens. Vladimir lui manquait, et il aurait donné cher pour l'avoir à ses côtés à cette heure. Mais il n'était pas là, ni personne d'autre d'ailleurs.
Une impression glaçante de solitude s'empara de lui, et ce n'est qu'après une bonne dose d'alcool qu'il parvint à trouver le sommeil.
On ne revit jamais le soldat Clotaire.
L'aventure avait laissé place à la guerre et à l'horreur absolue.
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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mer 25 Jan - 17:30

Quelque part en Lordaeron, dix-neuvième jour du dixième mois de l'an 20 :

Le chuchotement du vent bruissait au travers des branches des arbres. La nuit était d'encre et l'absence d'étoiles renforçait l'obscurité pesante qui écrasait littéralement le bivouac.
Au centre, crépitaient les flammes vives d'un foyer autour duquel se réchauffaient une poignée d'hommes et de femmes épuisés.
Leurs yeux, leurs visages, exprimaient, outre la fatigue, la crainte, parfois la colère et tranchaient avec les paroles badines qui fusaient ci et là.
Lui se tenait là, assis sur un rondin de bois sec, observant danser le feu, écoutant d'une oreille absente les conversations de ses compagnons.
Elle se blottissait contre lui, guère plus loquace, cherchant un réconfort vain qu'elle ne saurait trouver ailleurs en ces heures de trouble.
Enfin, au-delà du groupe, une paire d'yeux azurs perçants surveillaient consciencieusement les alentours, arc en bandoulière.
Douze.
C'est tout ce qu'il restait de la section qui avait quitté Stratholme, de nombreux mois auparavant.
Aujourd'hui, la ville n'était plus. La nouvelle du massacre de sa population par le Prince en personne, et de l'éviction des chevaliers de la main d'argent avait fait le tour du Royaume, puis sa course folle vers le Norfendre et enfin, son retour.
Son retour...
"Le roi est mort. Que faire à présent." tonna Blavik, un solide gaillard au tempérament changeant.
"Moi je dis, on sauve nos peaux, on se tire vers le sud," tenta Kena. "De toutes façons on a aucune chance."
"La Main d'Argent rallie tous les hommes et femmes valides pour combattre le prince. Le Seigneur Uther saura protéger les citoyens de Lordaeron, comme il l'a toujours fait," lui répondit un vétéran grisonnant qui aiguisait son épée à l'aide d'une pierre spéciale.
Assast soupira. Ces discussions lui paraissaient stériles et il regrettait à présent de se trouver ici. Lordaeron s'effondrait, et de douloureux souvenirs d'enfance se rappelaient à lui.
Une ombre le recouvrit et la silhouette caractéristique de Lim sortit de l'obscurité derrière lui. Le haut-elfe balaya l'assemblée, et pris la parole.
"C'est le mal que nous affrontons. Mais si nous fuyons, tout sera perdu. Je crois à titre personnel que nous valons mieux que ça. Faire jonction avec le reste des troupes me paraît être la plus sage des solutions. Ceux qui ne sont pas d'accord peuvent partir. Personne ne les retiendra."
Pas un ne bougea. Ni Kena, ni Blavik, ni aucun autre.
Assast considéra son ami, et cette fois, se décida à parler.
"Mais que faire une fois là-bas ? Si le Roi est mort, que le prince a trahi... Où sont tes semblables ? Où sont les troupes de Hurlevent, de Stromgarde, de Kul Tiras, les mages de Dalaran ? Je veux me battre, mais il faut se rendre à l'évidence. Nous sommes seuls."
Un murmure d'approbation parcourut l'assemblée et tous les yeux se tournèrent vers l'archer qui s'empressa de répondre. "Tu m'as dit un jour que Lordaeron était ton royaume de cœur. Il en est de même pour moi. Et je refuse de voir le bien perdre la partie. Nous n'avons peut-être que peu de chance de l'emporter, mais il faut saisir ce qu'il nous reste."
Le jeune homme haussa une épaule, et sourit tristement. D'un geste doux il écarta sa compagne de lui et se redressa.
"D'accord. Je te suivrai."
Il s'éloigna ensuite, laissant derrière lui les discussions animées qui firent suite à sa réplique. Se glissant dans l'herbe froide. La forêt l'entourait, et il goûta un moment au plaisir du silence complet, loin du tumulte des combats ou des discussions stériles.
Quelque chose attira son regard. Une lueur, flammèche dansante au cœur de la nuit.
Poussant sur ses mains il se mit sur pieds et se dirigea en direction de cette singulière apparition. Une désagréable impression de déjà vu se saisit du jeune homme, qui se confirma lorsqu'il atteint son objectif : Une maison de pierre, semblable en tous points à celle qu'il avait vue, deux ans auparavant alors qu'il chassait avec son frère.
Il eut le tournis. La cheminée fumait encore, et la lumière venait de l'intérieur. En reprenant ses esprits, Assast se décida à s'approcher de la porte, et posa une main sur la poignée. Il comprit et malgré ses doutes, il la poussa et il vit.
Une minute passa avant qu'il ne se décide à rebrousser chemin, au pas de course, laissant derrière lui l'étrange apparition.
Hors d'haleine, il atteint finalement le campement désormais endormi, dépassa les sentinelles et se coucha aux côtés de Tina.
Tout était clair à présent.
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Assast
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MessageSujet: Re: Bannière de sang   Mar 31 Jan - 17:56

Sud de Lordaeron, septième jour du second mois de l'an 21 :

Les flammes d'un bûcher funéraire illuminaient la clairière, véritable phare dans la nuit glacée de l'hiver. Une série de corps immobiles achevaient de se consumer, entourés de bandes de tissu épais recouverts d'huile.
Tout autour, une masse compacte de soldats disparates, fantassins, éclaireurs et même chevaliers se recueillaient silencieusement, tandis qu'un prêtre psalmodiait à voix basse une série de prières à l'attention des défunts.
En retrait, deux formes mutiques observaient la scène, visages fermés, clos par le chagrin et la résignation.
L'elfe se tourna lentement vers son compagnon, posant une main qui se voulait rassurante sur l'épaule du jeune homme, et s'exprima doucement, presque dans un murmure.
"Je partage ta peine, mon frère."
Secouant la tête, Assast laissa poindre un soupir de résignation.
"Je sais. Ça ne change rien. Nous avons perdu cette guerre. Nous aurions du partir depuis longtemps. Elle.."
"Ne le souhaitait pas, et c'est pour ça que nous sommes restés" coupa Lim, ferme.
Son interlocuteur haussa les épaules, mais ne trouva rien à répondre.
Il s'éloigna alors d'un pas vif, laissant la cérémonie se dérouler, sans lui. Incapable de décrire ce qu'il ressentait à ce moment, il se sentait vide. Les valeurs qui l'avait poussés à s'engager avaient disparues depuis longtemps, mais cette fois, l'horreur avait atteint son paroxysme et plus aucune motivation ne le poussait à continuer.
Il marcha, un peu, avant de s'étendre contre le tronc d'un arbre.
Une infinie lourdeur pesait sur ses épaules, la peine, d'abord, mais aussi la colère et la culpabilité. Ce cortège de sentiments vrillait son esprit fatigué, le pourchassant sans répit depuis la veille et il était parfaitement incapable de les apaiser.
Les images de la veille lui revinrent progressivement.
Les rires, le lever, d'abord, puis le départ en mission. L'exploration d'un village et l'embuscade des créatures. Les combats et enfin, la mort.
Il n'avait fallu qu'une seconde, un trait, pour que la vie la quitte.
Implacables, les bras de la mort s'étaient emparés d'elle, l'attirant vers un monde d'obscurité.
Il se souvint, ensuite, de ses cris et de la défaite des servants du Fléau. Il se souvint des brancards, et des adieux.
Il se souvint des pleurs.
Alors que l'aube se levait et que les premiers rayons du soleil naissaient dans l'horizon terne, il retourna à sa tente et se coucha. Seul.
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